Africa 05, un an de festivités africaines à Londres

Print Friendly, PDF & Email

En février 2005 s’ouvrait à Londres l’exposition Africa Remix et avec elle Africa 05, la saison africaine. Dix ans après africa95′, elle permet de faire le point sur les développements de la scène artistique africaine en Angleterre.

Si africa95′ était un festival d’automne, Africa 05 s’étend sur toute l’année avec, au programme, arts visuels, musique, théâtre, danse, cinéma et littérature en plus des conférences et de résidences.
Derrière cet événement, un homme : Dr Augustus Casely-Hayford, fils de Victor Casely-Hayford, un avocat de Kwame Nkrumah. Historien de l’art influent, il a collaboré avec la BBC et ITV pour lesquelles il a écrit et présenté des programmes sur l’art africain. Il est aussi consultant pour Sotheby’s et pour le gouvernement britannique sur un projet de musée d’art africain.
Plusieurs institutions connues pour leur soutien de l’expression culturelle africaine participent à l’évènement. De juin à septembre, Africa At The Pictures présente une série de films réalisés par Ousmane Sembène, Souleymane Cissé, Idrissa Ouedraogo et William Kentridge, pour ne citer qu’eux. Après la rencontre, en mars 2005, autour du Triangle Arts Trust (organisateur de résidences notamment en Afrique de l’Est et australe), les Studios Gasworks organisent un forum sur les arts visuels et la régénération urbaine à Johannesburg. Et comme toujours, l’October Gallery s’impose avec quatre expositions : El Anatsui (en février), Rachid Koraïchi (jusqu’au 25 juin), Sandile Zulu (de juin à juillet) et Romuald Hazoumé (de septembre à octobre).
Les galeries généralistes jouent aussi de concert avec Depth of Field, le collectif de photographes nigérians (South London Gallery, jusqu’au 8 mai), Back to Black, rappel historique sur le Black Art en Amérique, en Grande-Bretagne et en Jamaïque dans les années 1960 et 1970 (Whitechapel Art Gallery, de juin à fin août) et Guy Tillim (Photographer’s Gallery, d’août à septembre).
Mais ce qui fait l’importance de l’événement, c’est l’engagement des institutions majeures. Le British Museum a montré l’exemple en accueillant la conférence de février « In and out of Africa : Art and identities ». Ont été très appréciées les interventions de Tracey Rose, Ingrid Mwangi, Zineb Sedira, Akinbode Akinbiyi, Moataz Nasr, Hassan Musa et Barthélémy Toguo. Ceux-ci ont exprimé clairement leur position sur l’identité africaine, question dont ils ont discuté la pertinence.
En plus des artistes d’Africa Remix, Atta Kwami, Tapfuma Gutsa, Toyin Sokefun, Ibrahim El Salahi, Sokari Douglas Camp et Magdalene Odundo ont été conviés à parler de leur travail. Ce fut un moment propice à de fructueux échanges. La conférence coïncidait aussi avec une nouvelle politique d’acquisition qui devrait voir s’accroître le nombre d’œuvres contemporaines africaines dans les galeries Sainsbury.
À la Tate Modern se tiendra le 14 juin une conférence sur la pratique curatoriale. Organisée et modérée par David A. Bailey, artiste, commissaire et auteur, elle verra s’exprimer Simon Njami, Okwui Enwezor et Thelma Golden, du Studio Museum de Harlem, New York. À la fin de la saison, un dernier colloque abordera la question du financement de l’art avec, entre autres sponsors et mécènes, le Arts Council of England.
Entre doutes et enthousiasme
Africa 05 est reçu à Londres avec grand enthousiasme. Mais comme tout événement de cette ampleur, il connaît aussi ses détracteurs. Dans Art Monthly de mars 2005, Eddie Chambers, artiste, commissaire et critique, un des pionniers du Black Art en Angleterre, soulève à juste titre la question de périodicité et par conséquent le caractère éphémère de ce genre d’initiatives. Selon lui, un festival tous les dix ans n’aura pour effet que de marginaliser davantage l’art africain, en admettant que celui-ci ait à faire valoir sa place au sein de l’arène contemporaine.
En effet, Chambers rappelle qu’en 1969, le Camden Arts Centre exposait déjà de l’art contemporain africain, qu’en 1991, l’Institute of Contemporary Arts (ICA) présentait Chéri Samba. Il cite les nombreuses biennales qui seraient incomplètes si elles ne figuraient des artistes africains.
Dr Augustus Casely-Hayford serait le premier à convenir de cela. Mais ce qu’il ambitionne avec Africa 05 est une présence africaine soutenue dans les programmes artistiques en tout genre. Ce qui fait écho à la politique de diversité culturelle menée par le Arts Council of England et à la pratique d’opportunités égales qui garantissent une non-discrimination à l’emploi de professionnels de la culture d’origine africaine.
Car le véritable enjeu est là. Derrière les artistes africains, il s’agit aussi d’impliquer des opérateurs africains. Africa 05, et c’est la différence avec africa95′, donne sa chance à la communauté, tant au sein des groupes ethniques que dans la société britannique. Dernier exemple en date, la nomination d’Ekow Eshun à la direction du ICA. Alors africa95’/Africa 05, un an de festivités pour dix ans de famine ? Pour l’instant, à Londres, l’Afrique annonce une bonne récolte.

Pour plus d’informations, consulter : www.bbc.co.uk/africa05///Article N° : 3839

  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article
Rachid Koraichi, Bronze Finial, 2004. Courtesy October Gallery.
El Anatsui, A Flag for a New World Power, 2004. Courtesy October Gallery.





Laisser un commentaire