Afripedia : repousser les frontières de la créativité

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« Quand l’Afrique et le monde change, et que les perspectives sont en pleine mutation, l’image de l’Afrique et des Africains doit elle aussi changer« . Voici, en une phrase, la définition du projet Afripedia, collection de documentaires sur la scène créative angolaise, kényane, sud-africaine, ghanéenne, ivoirienne et sénégalaise, produite par la société suédoise Stocktown Films. Rencontre avec Teddy Goitrom, initiateur du projet.

Afripedia n’est pas un Wikipédia africain – WikiAfrica existe déjà – ni la copie du projet Afripédia porté par Wikimédia France, l’Institut Français et l’Agence Universitaire de la Francophonie avec le soutien de Kiwix1. Non. L’accent aiguë en moins, Afripedia est un concept de documentaires autour d’artistes souvent peu connus du grand public comme l’artiste multimédia Nástio Mosquito et la reine transexuelle du Kuduro Titica en Angola; les musiciens Gazelle and DJ Invizable, le groupe de rap Die Getuie, le groupe de métal Reeburth ou encore le mouvement de mode Smarteez en Afrique du Sud; l’animateur 3D Andrew Kaggia, le groupe house-funk-disco Just A Band ou encore l’artiste visuel Cyrus Kabiru du Kenya; la styliste Selly Raby Kane, le photographe de mode Omar Victor Diop et la danseuse Khoudia Roodia du Sénégal; le photographe Paul Sika et la beatmaker Fanny Smith en Côte d’Ivoire; la chanteuse Wiyaala, l’artiste Serge Attukwei Clottey et le spécialiste du BMX Martin Abrokwah au Ghana, ainsi que d’autres à venir du Nigeria.
Produit par la société de production suédoise Stocktown Films, le projet a été diffusé à la télévision suédoise et a entamé une tournée de projections en Afrique, en démarrant par Addis-Abeba (Éthiopie). Teddy Goitrom, son producteur, nous parle d’Afripedia.
Commençons par les présentations… Qui est Teddy Goitrom ?
Mes racines viennent d’Afrique de l’Est, d’Éthiopie et d’Érythrée. Je suis né à Jérusalem et ai été élevé en Suède. Je n’ai jamais étudié le cinéma mais j’ai essentiellement appris avec mon réseau créatif, c’est-à-dire les personnes avec qui j’ai monté Stocktown Films. Une plateforme et un réseau que j’ai créé en 1998 comme un espace culturel pour inspirer et engager les gens de même sensibilité qui veulent valoriser des voix intéressantes auprès d’un public international.
Quel est votre lien avec le continent africain ?
Ce sont mes racines et le fait que mes parents m’aient élevé dans leur culture.

Afripedia Kenya trailer from Stocktown on Vimeo.

Que pensez-vous de l’apport de la diaspora dans la valorisation des voix africaines ? Pensez-vous que la génération d’Européens d’ascendance africaine a un rôle à jouer dans le changement de regard de l’Occident sur l’Afrique ?
Tout le monde a un rôle à jouer, que l’on vive sur ou en-dehors du continent. Le plus important est d’être engagé et curieux pour avoir un impact et partager les perspectives.

Comment a démarré le projet Afripedia ?
L’idée a démarré en Suède avec mes partenaires Senay Berhe et Benjamin Taft. Nous avons commencé à travailler sur le projet avec un titre provisoire « Stocktown x Africa » que nous avons plus tard étendu au titre Afripedia, lorsque nous avons pris conscience que quelques films ne pouvaient pas représenter un seul continent. Nous voulions étendre ce concept à une plateforme visuelle et un guide pour permettre de connecter, programmer et partager davantage d’informations sur la créativité qui existe sur le continent et en dehors. La clé de ce projet, c’est la collaboration : donner accès à chacun à ces informations, avec l’appui de plusieurs programmateurs et experts basés sur le continent ou en-dehors.

Afripedia Angola trailer from Stocktown on Vimeo.

Comment avez-vous choisi les 5 pays où vous avez tourné ?
La sélection était essentiellement basée sur les contacts que nous avons établis durant notre recherche et de l’accès que nous avons eu aux créateurs. Avant de tourner notre documentaire en Afrique du Sud en 2010, nous avons entamé un processus de recherche en 2009 et voyagé en Éthiopie, au Burkina Faso et au Ghana. C’est là que nous nous sommes intéressés à ce qui était en train de se passer sur la scène créative du continent.

Comment avez-vous sélectionné les artistes avec lesquels vous avez travaillé ?
Nous sommes intéressés par les artistes visuels émergents qui sont indépendants et repoussent les frontières de l’expression individuelle et de la créativité dans les domaines de la mode, de la musique, de l’art, du cinéma et de la photographie. Ils sont capables d’en parler à une échelle globale ou locale et les spectateurs, où qu’ils soient, peuvent s’y identifier.

Afripedia Senegal trailer from Stocktown on Vimeo.

Comment avez-vous travaillé avec les pays francophones ? Voyez-vous une différence de mentalité et de promotion des projets, en Afrique, entre pays anglophones et francophones ?

Nous travaillons toujours avec des personnes ressources locales, des guides, des blogueurs, des traducteurs et des personnes qui ont un vaste réseau dans les pays que nous visitons. J’observe un manque d’informations et de promotion culturelles entre les pays francophones et anglophones et j’espère que notre plateforme Afripedia à venir pourra servir de guide et de ressource pour aider à promouvoir ce qui se passe dans chacun de ces pays.

En dehors de l’image d’une Afrique désespérée, pauvre et traumatisée que l’Occident a véhiculée à l’international, que pensez-vous des nouvelles formes esthétiques qui émergent des pays anglophones, inspirées des clips musicaux et des programmes télévisés en terme de rythme, de montage et de musique ?

Il y aura toujours des narrations de contenus et d’esthétique du divertissement qui cible et attire une certain public mais notre focus est de combiner éducation et divertissement dans les documentaires que nous produisons.

Afripedia Ghana trailer from Stocktown on Vimeo.

Jusqu’à présent, où avez-vous projeté ce projet ?
Afripedia a été diffusé à la télévision suédoise en septembre 2014 et sur le satellite en 2015, dans le cadre du programme AfriDocs2, afin d’atteindre plusieurs pays d’Afrique. Nous venons tout juste de signer un contrat avec le vendeur international autrichien Autlook Films pour démarcher les télévisions internationales. Nous planifions également des projections dans plusieurs pays d’Afrique, comme les projections que nous avons fait en février en Éthiopie. Nous espérons également projeter ces films dans les pays où ils ont été tourné.

Quel public souhaitez-vous toucher avec ces films : celui en Afrique ou en dehors ?
Les deux !

Afripedia South Africa trailer from Stocktown on Vimeo.

A travers Afripedia, quel message voulez-vous faire passer ?
Le message est simple, la créativité se trouve partout et nous devons changer pour reconnaître les talents, tout comme nous devons modifier nos perspectives en regardant au-delà des narrations dominantes et nous chercher nous-mêmes.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Claire Diao

Pour avoir plus d’infos sur le projet ou vous inscrire à la newsletter, cliquez ici///Article N° : 12785

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Les images de l'article
Afripedia Creatives © Stocktown Films
Ghana, Wiyaala © Stocktown Films
Sénégal, Selly Raby Kane © Stocktown Films
Angola, Titica © Stocktown Films
Afrique du Sud, Gazelle © Stocktown Films
L'équipe de Stocktown Films en action : Ravijojla Novakovic et Heather Ferrigan. © Stocktown Films
Teddy Goitom © Marguerite Seger




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