Ballads & Blasphemy

De Kuku

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Après son Soldier of Peace (2012), Kuku entonne son histoire à nouveau, sous la métaphore d’un gospel blasphématoire. Ballads & Blasphemy ou The areligious gospel of Adebola Kuku est une ballade résonnant tel un hymne à la spiritualité sans dogmes.

Ne cherchez pas la teinte d’un pur gospel dans Ballads & Blasphemy. Le timbre profond de Kuku en a l’empreinte, son chant clair l’invoque à chaque note, mais la couleur générale de l’album s’en dégage. Par gospel, entendons des références, celle d’une jeunesse en pension catholique, de chants à la gloire de Jésus. Entendons des digressions de soul & blues raccrochées aux ballades de Kuku, douces et yoruba. Cette langue d’enfance, Kuku ne la parlait quasiment pas avec ses parents au Nigéria. L’anglais, c’était la langue de la réussite, le yoruba, la langue du peuple. Pourtant, le garçon a déjà la conscience rebelle, et décide de l’apprendre avec sa grand-mère, puis dans la rue.
Son père est imam, il a contribué à la propagation de l’Islam au Nigéria. À Lagos, la religion et ses rites imprègnent ainsi le quotidien de Kuku, tout comme la musique, omniprésente. Afrobeat, soul, breakdance et musique yoruba s’arriment à ses oreilles, alors qu’il se prépare à partir étudier aux États-Unis. Une american life bien rangée se profile alors pour le jeune nigérien, qui s’engage dans l’armée pour financer son cursus avant de devenir graphiste. En 2002, il s’achète une guitare et laisse la musique prendre toute sa dimension dans sa vie. Descendant des Baloguns, généraux de l’armée royale du Nigéria, soldat américain un temps, meurtri par l’actualité sombre du Nigéria, Kuku prêche l’apaisement.
Sa voix en a la vertu, ses textes le scandent. Chanté comme une ode à la libre pensée, Ballads & Blasphemy dénonce les dogmes religieux qui auraient pu façonner Kuku. Sur la batterie de Cyril Attef « Open your eyes when youp pray » rappelle que les terres des convertis en Afrique ont souvent été spoliées par les prêcheurs blancs. Owo, avec Tonton Tony Allen à la rythmique, s’attaque à l’argent, Dieu le plus insidieusement universel. Soul et afrobeat se croisent tout au long de l’album, guitare au jeu caribéen. Des ballades suaves comme « Eko » enrobent l’album de douceur. Le refrain de « La dernière fois », scandé gravement, sur un rythme brut et lancinant, avec des chœurs yoruba en renfort, rappelle que l’artiste habite aussi la capitale française depuis plusieurs années.

Ballads & Blasphemy, de Kuku, Buda Musique, 2015.///Article N° : 13203

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