Barbès Café : l’immigration maghrébine à travers ses chansons

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Créé en 2011 et après une tournée en France et en Algérie, Barbès Café est de retour sur la scène du Cabaret Sauvage en ce mois de mars 2013 avec une version actualisée. Un spectacle en chanson sur l’histoire de l’immigration maghrébine en France.

Samedi 23 février 2013, 21 h 00, la salle du Cabaret Sauvage à Paris est transformée pour la première du spectacle musical Barbès Café. Le public, installé en demi-cercle autour d’un décor de café et d’une scène de musiciens, s’apprête à voir un spectacle un peu particulier, mêlant brèves de comptoir, musiques et images d’archives. Derrière le bar, Lucette, la patronne, sert les clients et se souvient de ses belles années. À l’image de nombreux autres, son bar était un lieu de rencontre pour les immigrés maghrébins, « ouvriers la semaine et rois des guinguettes le soir ». C’est dans ces cafés, tenus par des Français, qu’est né tout un répertoire de la chanson maghrébine qui constitue aujourd’hui une sorte de mémoire collective. À travers ses anecdotes et ses souvenirs des événements historiques, la tenancière de ce café de Barbès fait le lien entre les différentes chansons et saynètes qui retracent l’histoire de l’immigration nord africaine en France depuis les années 1930.
« Il me parlait du bled souvent, des étoiles plein les yeux », dit Lucette à propos de son bien-aimé, Mouloud. S’ensuit une chanson de Slimane Azem, interprétée par les musiciens de la troupe de Barbès Café. Arrivé en France en 1937, Slimane Azem est considéré comme un des pères de la chanson kabyle de l’exil. Dans un autre registre, il écrit Affagh aya jrad (Sauterelles quittez mon pays !) au moment de la guerre d’Algérie. « Les événements », comme on les nommait à l’époque, sont abordés dans Barbès Café, non seulement en chansons mais également au travers d’images d’archives : coupures de presse ou caricatures projetées sur deux écrans à gauche et à droite de la scène. Des extraits du film Élise ou la vraie vie évoquent les rafles dont ont été victimes les Algériens. Il est également question du réseau Jeanson, ces « porteurs de valises » français engagés aux côtés du Front de libération nationale (FLN).
L’indépendance de l’Algérie, les mobilisations syndicales des années 1970, « les bidonvilles où les gamins grandissent les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles », les crimes racistes, la marche pour l’Égalité dans les années 1980, etc. Le spectacle nous emmène jusqu’à aujourd’hui et dans sa version actualisée revient, grâce à un montage d’images de journaux télévisés, sur la reconnaissance par François Hollande du 17 octobre 1961 ou encore sur la Une de l’hebdomadaire Le Point qui titrait fin 2012 « Cet islam sans gêne ».
Dans la salle, le public ne reste jamais de marbre et n’hésite pas à danser sur les chansons de Rimitti, El Hasnaoui ou encore Salim Halali. Car Barbès Café, spectacle historique, se veut également festif. « Nous avons opté pour des chansons populaires dont tous les Maghrébins peuvent tous vous chanter le refrain, nous les avons réarrangées de façon à réunir les plus jeunes et à les faire danser ensemble », explique Nasredine Dalil, directeur musical du spectacle. Et de poursuivre : « La musique permet de tout dire et de parler d’une histoire douloureuse mais sans animosité ».

C’est Naïma Yahi, fondatrice de Pangée Network et co-auteure du spectacle aux côtés de Méziane Azaïche le directeur du Cabaret Sauvage, qui a apporté son expertise historique. Ainsi, Barbès Café est un spectacle populaire qui permet de rendre accessible tout un pan de l’histoire française. On regrette un peu que les événements d’actualités soient présentés avec moins de finesse et de sensibilité, simplement au travers d’images de journaux télévisés. Si le montage dynamique est efficace et fait sourire, il ne permet pas de prendre de la hauteur par rapport aux faits. Il n’empêche que le message du spectacle, qui finit sur cette note, est fort : « La France multiculturelle sera toujours la plus belle ».

Pour plus d’informations :
[www.cabaretsauvage.com]
[www.facebook.com/barbescafe]

///Article N° : 11390

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Les images de l'article
Le public de Barbès Café danse devant la scène © Julien Borel
Annie Papin dans le rôle de Lucette © Julien Borel




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