Barly Baruti’s Back !

Ou le retour du peintre

Entretien de Christophe Cassiau-Haurie avec Barly Baruti
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Depuis son dernier album publié en 2007 (le dernier tome de la série Mandrill chez Glénat), Barly Baruti ne faisait plus guère parler de lui en Europe. Il revient en cette année 2013 avec une exposition de peintures qui se tient à la maison africaine flamande de Bruxelles, [Kuumba], du 26 février au 18 mars.
Entretien avec un artiste polyvalent.

On vous connaissait pour vos talents d’auteurs de BD et de musicien, mais pas de peintre, vous peignez depuis longtemps ?
À chaque occasion qui m’est donnée, c’est toujours un plaisir de révéler au public qu’avant d’être auteur de BD ou musicien, j’ai d’abord été peintre. Naturellement. Baignant dans un milieu où mon père et mes frères peignaient, je ne pouvais qu’embrasser ce mode d’art… Mais j’avoue que juste après, la « rage » de la BD l’a emporté ! Cela étant, ça fait bien longtemps que je ne m’étais placé face à un chevalet…
Comment s’est présentée cette occasion d’exposition ?
Depuis un certain temps, des envies de m’évader autrement que par la BD ou la musique me taraudaient. Je commençais à faire des « pauses » entre deux planches de BD, en faisant des aquarelles. Un vieil ami en visite chez moi un jour, me surprit dans mes errances graphiques. Il m’encouragea à reprendre la peinture carrément, mais je n’avais ni le temps, ni le courage… Quelques mois plus tard, il m’invita au vernissage de son exposition à Charleroi. Cela me permit de me décider. Je parle d’Albert Tshiswaka alias Tshitshi, lui-même excellent auteur de BD.
Vous étiez resté en contact avec Albert Tshiswaka durant toutes ces années ?
Albert Tshiswaka dit Tshitshi est un artiste que j’apprécie beaucoup et je garde avec lui des relations profondes. C’est un bosseur. Quand j’étais encore à Kinshasa en permanence, il ne manquait pas de passer me voir à l’Espace « à Suivre… ». Pour le moment nous sommes en train de travailler sur une nouvelle histoire en BD, lui au dessin et moi au scénario.
Quelle est la thématique de l’exposition ?
De manière globale, il n’y en a pas. Ce sont des bribes de faits, vécus ou observés, accumulés au fil des années. Des choses qui me parlent. J’espère communiquer cela au public… Des thèmes tels que la Femme, actuelle ou celle du passé, dans tous ses états ; la force tranquille de la nature ; Kinshasa dans ses contradictions ; la douleur et la détermination à vivre au Kivu ou encore le « Zèbre Piano » qui donne une petite touche impressionniste à l’ensemble… Ce sont là quelques-uns des thèmes qu’on retrouve dans mon exposition…
Vous avez des techniques particulières ?
J’utilise des techniques simples et classiques en restant essentiellement dans la peinture acrylique. L’observateur avisé ne manquera pas de constater une « touche BD » dans certains tableaux…
Est ce un changement dans votre carrière ? les prémisses à un arrêt de la BD ou de la musique ?
Ce serait du pur suicide tout simplement. Sur ma carte de visite, il a toujours été inscrit nettement « BD, Peinture, Musique », bien que les activités liées à la peinture étaient restées en veilleuse. Par cette exposition, je viens de réveiller cette autre composante de ma personnalité. Après une période des « vacances sabbatiques… forcées », Barly Baruti’s Back! C’est d’ailleurs le titre de mon exposition actuelle.
Quelle est votre actualité à venir ?
Justement, je suis en pleine réalisation d’une nouvelle BD à paraître chez Glénat, en collaboration avec des deux scénaristes talentueux ! Cela se passe dans la période tumultueuse de la première guerre mondiale… en Afrique, autour du Lac Tanganyika. Précisément à Albertville (actuelle ville de Kalemié au Congo). Je n’irai pas plus loin au risque d’étaler toute l’histoire. Une chose est sûre, c’est palpitant ! À part la BD, je travaille avec des amis sur un projet musical d’envergure sur la « Rumba congolaise », incluant une exposition, une comédie musicale, des conférences et des publications sur ce phénomène qui occupe nos esprits et nos sens, consciemment ou non, depuis des lustres. Rumba Maliba (c’est son intitulé) veut laisser voir qu’au-delà de la musique et de la danse, la Rumba congolaise, c’est toute une culture. On en parlera au moment opportun.
Avez-vous d’autres projets en matière de peinture ?
Désormais, je n’arrête plus avec la peinture. En renouant avec ce plaisir de peindre, j’ai retrouvé certaines sensations que je pourrais apparenter à de la pure relaxation… Une espèce d’évasion, en quelque sorte. Entre deux activités ou même entre deux planches de BD, je vais reprendre l’habitude de « peinturer »!
Les œuvres exposées lors de cette exposition Bruxelloise sont au nombre de combien et datent de quelle époque ?
Kuumba, lieu culturel qui accueille mon exposition, n’a pu contenir qu’une partie de mes toiles, environ une petite vingtaine. Toutes ces œuvres ont été réalisées au tout début de l’année 2012 jusqu’à ce jour. Cela coïncide avec mon retour en Belgique après 7 ans d’absence. D’où le titre de mon exposition : Barly Baruti’s Back!
Vous venez d’une famille de peintres, non ?
Mon père est parti de ce monde alors que je n’avais que 13 ans à peine. Tout ce que j’ai connu de lui reste dans un cadre globalement affectif. J’avais l’impression que j’étais son enfant préféré. Il collectionnait tout ce que je faisais et qui ressemblait à un dessin, une véritable source de documents inédits. Hélas, après sa mort, un de mes frères a tout brûlé pour me décourager à l’art et me « concentrer » sur mes études (!) Comme si cela était incompatible ! Bien des années plus tard, voilà le résultat : l’artiste BBB ! Mes deux frères aînés ainsi que mes deux frères cadets sont peintres aussi, d’ailleurs (y compris celui qui voulait me l’empêcher !) Chacun d’entre eux excelle son art à son niveau et à son rythme. Un héritage familial, en somme.
Vous vivez maintenant à Bruxelles, pensez vous revenir un jour en RDC ?
Je suis en contact permanent avec le Congo. Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, l’ACRIA asbl continue à fonctionner sur place à Kinshasa et s’est dynamisé en créant un relais en Belgique. Je reste actif dans le domaine associatif en encourageant des initiatives qui rejoignent mes convictions. À titre d’exemple, je peux citer ce qui se fait à l’est du pays, malgré la situation difficile, en ayant des informations de Justin Kasereka, Thierry Croco à Goma, Séraphin Kajibwami à Bukavu ou Fidèle Lowatilakose à Kisangani… pour ne citer que ceux-là. Revenir en RDC serait un pléonasme car je ne l’ai pas vraiment quitté.
Ne trouvez-vous pas dommage que la BD de RDC devienne de plus en plus une BD d’exilés ?
Effectivement, c’est bien dommage. Nul doute que cela est fortement lié à la situation politique du pays. Comme on dit toujours : « à toute chose malheur est bon ». On a parfois besoin de partir pour mieux revenir !

Strasbourg – Bruxelles.
Le 15 mars 2013///Article N° : 11392

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