Bobo retrouve son FESPACO

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Après un quarantième anniversaire quelque peu chaotique à Ouagadougou, l’équipe du FESPACO s’est offert le plaisir de renouer avec la seconde ville du Burkina Faso, du 12 au 15 mars 2009, grâce au soutien de la région Rhône-Alpes (France). Avec plus de quarante-cinq films programmés, et malgré une mobilisation tardive des spectateurs, la vingt et unième édition du festival s’est terminée en beauté.

À Bobo-Dioulasso, point de fioritures. Finis les feux d’artifice qui ont émerveillé les Ouagalais lors de l’ouverture du FESPACO le 28 février dernier. Terminées les chorégraphies d’Irène Tassembedo et les bousculades des journalistes sur le stade du 4 août. À Bobo-Dioulasso, les moyens étaient réduits.
Initialement dénommé « mini-Fespaco », le retour du festival a dénoué les langues. « Pourquoi « mini » ? Nous avons le droit d’avoir un FESPACO à part entière » rouspètent les uns. « Malgré le fait que nous possédons la Semaine de la Culture (SNC) [qui a lieu les années paires], Ouagadougou nous a complètement oubliés » gémissent les autres. L’équipe du FESPACO, souhaitant faire un retour triomphal dans la seconde ville du pays, décida de rebaptiser ce mini-Fespaco « FESPACO À BOBO ». Tout en maintenant la durée du festival à quatre jours.
C’est donc devant une foule de passants, de vendeurs ambulants et d’officiels que FESPACO A BOBO a ouvert ses portes le 12 mars dernier. Et le seul cinéma de la ville habituellement inactif malgré son bon état – le Ciné Sanyon est généralement loué pour des conférences par la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) qui le gère – a eu l’honneur de cette ouverture. Salia Sanon, maire de la cité de Sya, a profité de l’occasion pour rappeler que cela faisait huit ans que la ville n’avait pas eu son FESPACO. Rebondissant sur la déclaration du maire de Bobo, l’actuel Directeur Général du festival Michel Ouédraogo s’engagea solennellement à mener la 22e édition du FESPACO à Ouagadougou en même temps qu’à Bobo-Dioulasso. Suite à cette annonce qui laissa perplexe les déçus de la 21e édition à Ouaga mais ravit la population bobolaise, les officiels et accrédités furent conviés à la projection de l’étalon d’or de Yennenga : Teza.
Est-ce parce qu’il était 17h un jeudi après-midi ou que les Bobolais boudaient le retour de l’enfant perdu, cette première séance n’eut pas le succès escompté. Celles qui suivirent non plus d’ailleurs. Car ce qui marquait le grand retour du FESPACO à Bobo-Dioulasso, c’était le manque de communication. Bien évidemment la Radio Télédiffusion du Burkina (RTB) diffusait des spots annonçant le festival. Mais dans les rues de la ville, point d’affiches ni de crieurs publics. Aux séances, les spectateurs vérifiaient le titre du film et l’heure de projection. Dans les cabines du CCF, les projectionnistes couraient après les DVD ou réglaient des problèmes de sons sur les copies.
L’intention du FESPACO était bonne mais le public, pas assez averti. Ainsi le Marché du film organisé dans les jardins du Centre culturel Français n’attira que les personnes informées ou les visiteurs du centre culturel. Et des Bobolais interrogés s’étonnèrent que le festival ne dure pas une semaine ou s’exclamèrent en apprenant qu’il avait lieu dans leur ville… Quid de cette mauvaise information ? « Nous avons eu un budget très serré et avons démarré la communication très tard. Pour les copies, il était difficile de les garder plus longtemps » reconnaît un membre du comité d’organisation.
De ce fait, les projections en salle pendant la journée étaient à moitié vides tandis que celles de plein air menées en soirée par l’association Cinomade dans les quartiers périphériques de la ville (Lafiabougou, Bolomakoté, Nieneta et Sarfalao) affichaient un grand succès. Une différence qui se retrouvait dans tous les lieux réquisitionnés pour le festival : population désargentée et populaire dans les quartiers, Bobolais et officiels au Ciné Sanyon, expatriés et habitués au Centre Culturel Français Henri Matisse.
En sus des projections, le FESPACO a fait l’effort d’impliquer les professionnels locaux dans un panel intitulé « Propriété intellectuelle et industrie cinématographique : lutte contre la piraterie ». Organisé à la Chambre de Commerce de Bobo-Dioulasso, cette conférence a permis l’intervention de personnalités telles que le Secrétaire Général du Ministère de la Culture et du Tourisme, la première adjointe au maire de Bobo-Dioulasso, le Directeur Général du Bureau Burkinabè des Droits d’Auteur (BBDA) ainsi que celle d’un juriste et de deux réalisateurs-producteurs. Au-delà d’un exposé sur les droits d’auteur et les actions menées par le BBDA au pays des hommes intègres, cette rencontre a permis des échanges fructueux avec les artistes présents dans la salle. Rapportant le besoin de sensibilisation juridique pour les populations ne maîtrisant pas bien le français, la séance s’est terminée sur un percutant discours du Directeur Régional de la Culture et du Tourisme en dioula (principale langue de Bobo-Dioulasso).
FESPACO À BOBO a pu proposer quarante-cinq films dans les salles du Ciné Sanyon et du Centre culturel français Henri Matisse, les deux lieux phares du festival. Les étalons d’or, d’argent et de bronze (Teza, Nothing but the truth et Mascarades) faisaient eux aussi partie de la programmation. Des célébrités burkinabè comme Abdoulaye Dao, Missa Hébié ou Serge Henri ajoutèrent de la renommée à cet événement. Et le Ciné Sanyon (700 places), lors des séances de 21h du samedi et dimanche soirs, dut même refuser du monde…
Que devons-nous retenir du retour de FESPACO À BOBO ? D’abord le cadre enchanteur de Bobo-Dioulassso, ville boisée et rafraîchissante après la poussière et l’agitation de Ouagadougou. Ensuite la disponibilité relative des organisateurs et leur bonne humeur, loin des vicissitudes et des réclamations des festivaliers internationaux. Il est à noter que peu de journalistes ou professionnels étrangers ont fait le déplacement jusqu’à la cité de Sya. Problèmes d’agenda ou manque d’informations, cette manifestation n’a pas retenu l’attention qu’elle aurait méritée. Pourtant, la magie de FESPACO À BOBO se réalisait du fait même de la projection de films en l’absence de conférences et réunions multiples. Les cinéphiles n’étaient plus détournés des salles et la passion cinéma restait donc entière. Compte tenu de la dynamique culturelle de Bobo-Dioulasso, il est donc à souhaiter que cette manifestation se poursuivra et s’améliorera afin que Bobolais et Ouagalais, dès 2011, partagent ensemble la ferveur du cinéma africain.

///Article N° : 8496

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Les images de l'article
Affiche du Fespaco à Bobo © Claire Diao
Les projectionnistes du CCF tentent de synchroniser le son et l'image © Claire Diao
Ouverture du Fespaco à Bobo © Claire Diao
File d'attente pour Le Fauteuil, film de clotûre du festival © Claire Diao
Ouverture du panel de lutte contre la piraterie à la Chambre de commerce de Bobo-Dioulasso © Claire Diao




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