Sans Capote ni Kalachnikov de Blaise Ndala

La guerre est un sujet qui fait vendre

Mémoire d’encrier publie le deuxième roman de l’écrivain Blaise Ndala : Sans Capote ni Kalachnikov. Né et grandi en République Démocratique du Congo, l’auteur vit désormais à Ottawa. Dans ce récit enlevé et parfois chaotique, Ndala moque les charognards de la misère, tout ceux – petits et grands – qui gravitent autour d’un conflit ressemblant à s’y méprendre à celui qui ensanglante le Kivu depuis de nombreuses années.

C’est la guerre dans la zone du Kapitikisapiang en République Libre et Démocratique de Cocagnie. Afrique, région des grands lacs, un dictateur, des bandes armées qui violent, pillent, tuent. Au milieu de ce chaos meurtrier on rencontre Fourmi Rouge et Petit Che, deux (très) jeunes soldats, Miguel Etcheguaray un médecin catalan voguant de conflits sanglants en conflits sanglants, et Véronique Quesnel. Cinéaste québécoise du genre « indignée chronique du côté des plus faibles », cette femme est venue jusqu’au « cœur des ténèbres » réaliser un documentaire sur les victimes de viols de masse. Leurs trajectoires s’entrelacent dans un récit à la chronologie bousculée et dont la sortie du film est l’étalon principal. C’est d’ailleurs le couronnement aux oscars du long-métrage au titre coup de poing Sona, viols et terreurs au cœur des ténèbres, qui ouvre le roman. Et c’est autour de cette nuit à Los Angeles que va et vient ensuite une intrigue dont on peine parfois à suivre le fil mais qui, dès lors qu’on s’y accroche, amuse et provoque par son impertinence.

Sur le marché de l’empathie

Car ce roman n’est pas un récit de plus sur les enfants soldats et l’horreur de la guerre. « Je crains les Grecs, même quand ils apportent des cadeaux », la citation de Virgile placée en exergue du livre nous alerte : il faut se méfier des bonnes intentions, surtout celles des puissants. La probité de chacun à se faire de l’argent sur le dos de la misère est au cœur du roman. Car après tout c’est la loi du marché qui règne en maître : des diamants tapis dans le sous-sol de l’Afrique, au salaire mirobolant de l’enfant du pays devenu une star de foot internationale, le cash mène la danse et rattrape la plus naïve des consciences. Avec sa galerie de personnages aux intentions plus ou moins louables et aux méthodes presque toujours douteuses, Blaise Ndala raconte les ressors de ce qu’on pourrait appeler le marché de l’empathie. Programmes TV, films, musiciens en panne d’inspiration, personne n’hésite à utiliser des images d’enfants-soldats ou de petites mains des fabriques de vêtements à bas prix pour faire décoller son audience. Sans capote ni Kalachnikov moque cette propension internationale à être plus ému par la souffrance du bout du monde que celle de ses propres voisins.
Si on peut reprocher à l’écrivain de vouloir trop en dire : la dictature, la littérature (avec une intertextualité à la Mabanckou), le rapport entre l’exilé et son pays originel, on ne lui enlèvera pas d’avoir su croquer ses contemporains avec mordant.
On peut ainsi supposer que Blaise Ndala a été inspiré par des exemples tirés de son Canada d’accueil : comme le parcours de son personnage, Sona, ressemblant à celui de la jeune actrice Rachel Mwanza, héroïne du docu Kinshasa Kid, puis du film Rebelle de Kim Nguyen qui a quitté les rues de Kinsasha pour Montréal ; ou encore comme cet enfant soldat dans le roman, dont le prénom Corneille est le même que celui du chanteur rescapé du génocide rwandais qui connu ses premières heures de gloire en chantant qu’il vivrait désormais chaque jour comme le dernier.

La morale de l’histoire de ce roman un peu foutraque mais réjouissant pourrait être la suivante « tout le monde baise et se fait baiser, d’accord? Mais quiconque nique les siens franchit la ligne rouge! », une petite réserve d’éthique dans un monde sans moralité.

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