« Ce sont les jeunes qui nous ont poussés »

Entretien de Samy Nja Kwa avec Ba Cissoko

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Fils et neveux de M’bady Kouyaté, fondateur de l’ensemble instrumental des ballets africains, illustre joueur de kora guinéen, le trio Ba Cissoko assure la relève en enregistrant un nouvel album, Adouna. Sur la scène du festival Fiesta Latina, il enchante le public qui se laisse bercer par les notes des koras. Découverte.

Vous tournez déjà dans les plus grands festivals en France alors que vous êtes peu connu…
J’ai commencé à me produire en France en 1995 grâce à l’association Nuits Métisses qui organise des créations et des rencontres avec d’autres musiciens. Ma première création fut avec le Tamalalou en Guinée, qui signifie le voyageur. C’est un groupe que j’ai formé avec un Français, je jouais de la kora et lui de la trompette. Nous avons enregistré un cd. Ensuite, j’ai formé le trio Ba Cissoko avec mes frères et cousins. Nous avons joué pour la première fois à Bamako il y a 3 ans, et depuis lors, nous commençons à nous faire connaître en Afrique et en Europe.
C’est un trio formé de jeunes artistes, qui perpétue la tradition mandingue tout en l’ouvrant vers de nouvelles sonorités.
Tout à fait. Sékou Kouyaté a 17 ans, Kourou en a 26, moi j’en ai 33. Mon vrai maître fut mon oncle, Mbady Kouyaté, grand maître de la kora, qui m’a tout appris. Sékou est son fils. Je joue de la kora de façon traditionnelle et essaye d’apporter une pointe de modernité en introduisant une basse électrique. Il y a aussi des bolons, une sorte de basse traditionnelle. Sékou a fait des recherches pour moderniser un peu notre musique, il a trouvé une pédale de guitare wa-wa qu’il a introduit dans la kora et ça nous a plu. Aujourd’hui, nous faisons une musique qui correspond mieux à notre univers.
Mais parfois vous succombez à l’univers électronique.
Nous avons fait une rencontre avec IvY Slam, un DJ marseillais par le biais de l’association Nuits Métisses. Il fait de la musique électronique. Il a été à Bamako, il y a fait des créations avec des Maliens. Ces derniers devaient venir à Marseille pour y jouer avec lui, mais n’ont pas pu à cause des problèmes de visa, et comme nous étions sur place, on nous a demandé si ça nous intéressait. Nous avons écouté la musique, puis nous avons travaillé ensemble. Nous avons fait un cd avec l’aide de différentes associations, qui nous permet de tourner en Europe.
Vous n’avez pas peur qu’on vous assimile à ceux qui profitent de l’émergence de la musique électronique ?
Non, parce qu’il faut savoir faire des mélanges. Les gens apprécient notre musique. Sékou Kouyaté, le plus jeune, joue de différents instruments. Il fait beaucoup d’effets avec sa kora, la rencontre avec la musique électronique lui est bénéfique. Nous apprenons beaucoup et le résultat sur scène est fabuleux. Tout se passe bien.
Vous chantez et les autres musiciens répondent. Quels sont les thèmes que vous développez ?
Il y a par exemple un chanson qui s’intitule « Taouya », c’est mon quartier à Conakry. Je chante pour les jeunes de ce quartier, qui nous ont beaucoup soutenus à nos débuts. A l’époque, nous jouions dans un petit « maquis », ils nous ont poussé. Il y en a qui sont plus traditionnels, j’ai repris une morceau de Sory Kandia Kouyaté qui s’appelle « Lina », que j’aime beaucoup aussi. Il y a aussi « Maïmouna », une chanson que j’ai composée en l’honneur d’une fille qui est venue en Guinée pour la première fois, une Séramou née à Dakar. A son départ, toute la famille pleurait et ça m’a donné l’idée de lui écrire une chanson.
Votre nouvel album a été enregistré à la fonderie d’Aix-en-Provence, pourquoi ce lieu ?
Tout d’abord parce qu’à l’époque nous étions à Marseille. Ensuite parce qu’à la fonderie, tout le monde aime notre travail. Nous avons essayé de respecter les traditions dans cet album. Nous n’avons pratiquement pas utilisé d’instrument moderne. A part la guitare basse, il y a le balafon, les deux koras, le bolon, le tamani, le djembé, le kring (un bois creusé qui vient de la forêt). C’est un album qui nous est vraiment cher, car tout le monde l’attend avec impatience partout où nous avons joué.

///Article N° : 2622

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