Censure, sensure, autocensure

Il y a cette histoire que raconte Boubacar Boris Diop sur Jean Collin, homme de pouvoir, qui eut l’intelligence, au Sénégal, de ne pas interdire Le dernier de l’Empire, l’une des oeuvres les plus chargées d’Ousmane Sembène. Le romancier y parle de la succession du chef de l’État. On y reconnaît Senghor (alias Léon Mignane), son successeur, Abdou Diouf (Daouda) et son vieil opposant, Mamadou Dia (Ahmet Ndour), dans la galerie des portraits esquissés. Il y évoque L’Authonegraficanitus de Mignane _ une critique à peine déguisée de la négritude. À l’époque, le crime de lèse-majesté pouvait générer son lot de polémiques et de tensions. Nous étions en 1981, et Collin n’était pas un tendre. Mais comme il le confie à un journaliste : « On l’a bien eu votre copain Sembène. Il voulait qu’on interdise son roman. Eh bien non, on l’a laissé en librairie et il y est mort de sa belle mort car personne ne l’a lu !« . Néantiser une œuvre est un art en soi. L’empêcher d’exister ne nécessite pas forcément d’user du fouet dans l’espace public. L’ignorer est une bien meilleure stratégie, dans ce cas précis. Reste à savoir si l’on se pose vraiment la question de comment procède la censure en Afrique, en dehors des situations d’urgence permanentes, où l’ordre établi s’autorise l’inconcevable, comme à l’époque des partis uniques. À ce jour, il n’existe aucune encyclopédie relatant les moments de censure explicite dans l’histoire des arts et des lettres sur le Continent. À peine si les m&eacut...

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Les images de l'article
Ris'ezi, performance de l'activiste Cheikh à Moroni
© Soeuf Elbadawi / Fonds W.I
Stèle érigée contre un crime d'État, sur la Place de France, à Moroni
© Soeuf Elbadawi / Fonds W.I
Pose de pierres dans le Jardin de la Mémoire en hommage aux disparus du génocide, par des membres de l'association "Enfants chef de Ménage", Kigali, Rwanda 2009
© Bruce Clarke
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