C’est la vie

D'Henri Dikongué

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Le monde des afro-parisiens est en ébullition. Le dernier Dikongué est enfin dans les bacs, mais il est à écouter avec modération car son groove acoustique risque de faire mal dans les esprits.

On l’attendait de pied ferme. Comment allait se présenter son nouvel opus ? Allait-il ressembler au feeling néo-folk du premier album ? Allait-il annoncer un virage à 180° par rapport à ses premiers amours ? Certains artistes afro-parisiens de sa génération avaient choisi, après leur premier succès, de ratisser large et de dénaturer leur son pour vendre plus de disques. Ne risquait-il pas de tomber dans le même piège ?
La réponse est non. Le deuxième album, avec ses onze titre bien frappés en compagnie d’une bande de potes talentueux (Wandji, Mbongo, M’bappé, Renoir…), est éclatant de bonheur. Eclatant de vie. Eclatant d’amour. Aussi généreux que son habile instigateur. Mélodies sereines et soignées, harmonies pures et légères, retour sans forcer à des rythmiques plus ensorcelantes… L’artiste donne certes l’impression d’entamer un numéro de funambule, puisqu’il s’adresse à la fois au public intimiste ou africanisant des débuts et aux hordes éventuelles de fans qui s’arrachent la signature d’un artiste à la fin de chaque concert. Mais cela ne l’empêche pas de garder la même insouciance (avec un groove plus entraînant) dans sa manière d’aligner les mélodies comme de purs instants de magie. Il est vrai que l’accompagnement n’a plus ce côté minimaliste qu’on lui enviait tant il y a deux ans. Mais personne ne regrettera l’apparition heureuse du violon de Nasser Beghdad ou encore du piano d’Alain Jean-Marie. On peut critiquer mais soyons honnêtes : Dikongué ne donne jamais l’impression de se vendre ou de brader son âme musicale.
Sa voix est toujours aussi tendre, douce et mélancolique. Très souple, elle surfe avec autant de naturel qu’avant sur les genres. Elle joue le métissage à merveille, cherche à faire danser les plus récalcitrants mais n’oublie pas ces ballades discrètes du désir qui apaisent les coeurs des premiers fans. Qu’il s’agisse d’un conseil donné aux plus jeunes, des galères rencontrées avec Françoise ou de l’amant indigné sur le titre Ndol’asu, le propos est celui d’un être qui aime la vie et qui aime partager ce plaisir. C’est peut-être pour cette raison que la dédicace que porte cet album (C’est la vie !*) à son enfant nouveau-né transpire la sincérité à fleur de mots, bien qu’avec une certaine fragilité par moments. Certains lui reprocheront certainement ce morceau écrit en français. On l’accusera de vouloir caresser les quotas de diffusion de chanson française dans le sens du poil… à l’instar d’autres artistes afro-parisiens qui exhibent sur chaque album leur petite chanson façon façon. Mais il s’y cache tellement d’émotions… Certes, cet album, malgré son côté Wa*, développe un aspect trop tubesque qui gêne les mélomanes avertis qui préfèrent les morceaux qui donnent l’impression de défier le temps. Or les tubes ont la particularité d’être éphémères…
Installé à Paris depuis 89, Dikongué, petit prodige d’une génération qui revendique son ouverture au monde et dont le chef de file pressenti serait – semble-t-il – Lokua Kanza, a appris la musique sous l’influence directe des grands frères (des guitaristes de légende !) de la scène camerounaise (son pays d’origine). Avec cet album, il leur rend doublement hommage. D’abord, en continuant à jouer la guitare avec un air de sanza entre les doigts, d’où ce son personnel et inimitable. Ensuite, en reprenant le grand Eboa Lotin dans ses envolées (le deuxième titre, encore un tube en puissance). Une manière comme une autre de ne pas oublier ses racines. De s’ancrer dans une culture qui lui a fait découvrir son instrument, bien avant son passage dans un cours de guitare classique en France. Une manière aussi de rendre hommage à ses proches d’hier et de toujours. A ses parents. A sa grand-mère douala qui l’amenait pousser ses premières vocalises à l’église protestante de la  » Briqueterie  » (quartier de Yaoundé). A cet oncle surtout qui lui a fait surgir ses premières notes d’amour sur une guitare acoustique. Avant qu’il découvre la tradition, Makossa en tête, et avant qu’il ne découvre le monde depuis cette jungle parisienne d’où s’échappe son cri de poète en exil.

*C’est la vie est disponible chez Buda Musique (Paris), ainsi que. Wa, son album précédent.///Article N° : 212

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