« Le métissage fait partie de notre culture »

Entretien de Samy Nja Kwa avec Henri Dikongué

D’où vient Henri Dikongué ?
Je suis natif du Cameroun, de la région du Littoral où j’ai grandi jusqu’à l’âge de 15 ans. Au niveau musical mes influences viennent de toutes les musiques de mon pays, mais surtout Eboa Lotin, Françis Bebey, Manu Dibango, Jean Bikoko, Oncle Medjo Messong Jacob, Anne-Marie N’zié. En fait lorsqu’on observe l’évolution de la musique camerounaise, ce sont ces gens qui nous ont marqués. En Afrique, il y a aussi Myriam Makeba, Rochereau, Tabou Ley, Franklyn Boukanka, Pierre Akendengué.
Tu proposes un album assez ouvert…
Au fur et à mesure que j’évolue dans ma carrière, j’essaie de faire des expériences. Du premier au troisième album, j’ai fait des rencontres, j’ai voyagé. Tout artiste doit ouvrir sa musique à d’autres. J’ai toujours pensé que le métissage faisait partie de notre culture. Je chante en français, en lingala, en douala, en zoulou, et la prochaine fois, je chanterai peut-être en espagnol. La musique est aussi bonne avec différents ingrédients à partir du moment où elle reste écoutable. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier ses origines. Nous avons tous baigné dans le jazz, la musique brésilienne, le reggae, la salsa, nous profitons aussi de ces rencontres. Par conséquent, pour évoluer, il faut s’ouvrir à de nouvelles sensibilités. Ce qui est vrai en politique est aussi valable en musique.
Tu as évolué, certes, mais ton acolyte Emmanuel Wandji ne fait plus partie de l’équipe.
On en revient toujours là. Mais les gens ne comprennent pas : la musique est comme une entreprise. Depuis que je joue avec lui, il y a eu des histoires de tribalisme autour de nous ; je n’entrerais pas dans ce jeu. Emmanuel et moi avons aujourd’hui chacun nos activités. Il ne figure pas dans l’album mais ça ne veut pas dire qu’il y a brouille. Etienne Mbappé, qui est là depuis le début, apporte autre chose, ça prouve tout simplement la diversité de la musique camerounaise.
Tu développes des thèmes d’exil, le racisme, quel message veux-tu faire passer auprès du public ?
Cet album est le reflet de mon côté revendicatif. A mes débuts, je parlais aussi de l’intolérance, des différentes formes d’amour. Faire cet album n’a pas été facile pour moi, car il s’agissait surtout de ne pas être répétitif. Il faut faire attention au public, qu’il ne se lasse pas de la musique ou des textes. Je fais toujours l’effort de traduire mes textes en anglais et en français.
Manu Dibango figure aussi sur ton album.
Je me suis toujours intéressé à ce qu’il faisait, et lui, de son côté, observe mon parcours. Lorsqu’il fait un concert, j’essaie d’y être, je le tiens au courant de mes activités. Pour en venir à cet album, il se trouve que durant son enregistrement, on devait finir une chanson, celle qui parle de l’exil (N’oublie jamais). Nous avons donc pensé qu’elle serait bien pour lui : je l’ai appelé et le lendemain, il était là.
C’est aussi simple que cela ?
Beaucoup de gens n’ont pas compris Manu Dibango. Lorsqu’on a un but il faut oser prendre des risques avant de tendre la main et réclamer de l’aide. On a tendance à dire que Manu n’a rien fait pour qui que ce soit. Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas parce qu’il s’agit de Manu qu’on va aller vers lui et lui demander n’importe quoi. Il a représenté l’Afrique partout dans le monde : n’oublions pas que s’il n’avait pas été là, nous n’aurions jamais eu les portes ouvertes. Nous en profitons tous aujourd’hui. Et je profite de l’occasion pour rendre hommage à Francis Bebey !
Henri Dikongué compose t-il pour d’autres artistes ?
Je l’ai déjà fait pour des musiciens sénégalais. Je repars aux Etats-Unis parce que je travaille avec un groupe portoricain que j’ai rencontré en France. J’ai des demandes mais j’aime prendre mon temps, je suis méticuleux.

///Article N° : 1583

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