Croisée des chemins

Mosaïques musicales à l'honneur à Canal 93

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Moyen d’expression aux valeurs incontournables, la musique invite aussi au voyage et à la rencontre de mondes, de cultures, de langues et d’expériences divers. [Djazia satour],  [Lana Reina] et  [Mai Lan], trois artistes talentueuses aux univers bien distincts, étaient présentes samedi 12 mai 2012 à [Canal 93] pour le plus grand plaisir d’un public attentif. L’occasion pour Africultures de vous faire découvrir les différentes destinations choisies par le célèbre rappeur français Oxmo Puccino dans le cadre d’une Carte Blanche (1), occasion pour l’artiste de nous concocter une programmation digne de ce nom. Attention, décollage…

Djazia Satour
« J’ai toujours été attirée par l’idée d’un brassage de plusieurs couleurs musicales, explique Djazia Satour en toute simplicité. Je ne suis pas la seule à le faire et je pense que dans le contexte de mondialisation actuel, de plus en plus d’artistes sont portés par ce genre de courants musicaux. Mon bagage culturel influence beaucoup mes choix artistiques et ma démarche a toujours été de mélanger des couleurs et des sons que l’on n’a pas l’habitude d’entendre ensemble, dans le but de créer quelque chose de particulier. » L’étreinte de ces couleurs, de ces langues (arabe et anglais), de ces mondes aux saveurs chaudes a donné naissance à l’univers transcendant et mystérieux de Djazia Satour.
Arrivée en France à l’âge de neuf ans, l’artiste algérienne est très vite entrée dans la sphère musicale, en intégrant des groupes tels que le traditionnel Gnawa Diffusion ou encore le groupe MIG, qui lui fera découvrir plusieurs artistes blues dont [Skip James] à qui elle fait hommage en reprenant le fameux Illinois Blues. « Le mélange de ces mondes est un challenge pour moi. Je reste tout de même un format classique et peu expérimental mais je donne libre cours à instincts et mes envies. La création évolue tout le temps, on n’est jamais vraiment figé, sinon ce ne serait pas productif. Les influences viennent de partout mais il faut une certaine cohérence et j’essaie de m’y tenir. »
Pari gagné pour cette lauréate du  [Fair] en 2011. De Voodoo Nigh à Klami en passant par Dhikrayat ou Black Moon, Djazia offre une palette aux teintes variées qu’elles soient soul, blues ou orientales.

Pas étonnant donc qu’Oxmo Puccino l’ait invitée à participer aux Cartes Blanches du Louvre et de Canal 93. « Au départ, nous avons été indirectement présentés par des professionnels car je devais faire sa première partie à l’Olympien. Du coup, il a écouté des maquettes et il a gentiment accepté. Par la suite, nous nous sommes recroisés à l’événement  [Tedx] où je donnais une petite représentation avec un orchestre de cordes pour chanter M’sira. C’était la deuxième rencontre et je jouais quelque chose de totalement différent.

Visiblement ça lui a plu et je suis vraiment touchée qu’il m’ait invitée et qu’il ait apprécié ma musique. D’autant plus que c’était une bonne occasion pour nous de tester autre chose. Nous avons donc fait un ciné concert et c’est un tout autre exercice qui n’aurait pas eu lieu sans ça. »
Lorsqu’on lui demande ce que nous pouvons lui souhaiter pour l’année 2012, Djazia Satour sourit : « Je suis en train d’enregistrer l’album, j’espère que tout se passera bien. C’est un métier qui n’est pas facile mais des coups de pouce de la part d’artistes curieux, intéressants qui veulent faire découvrir des choses nouvelles à leur public, ça fait toujours plaisir. Ca m’a permis d’agrémenter cette année de concerts supplémentaires, maintenant le reste ne dépend plus que de moi. »
Lana Reina
Avec des titres tels que Beau gosse ou Je m’adore comment passer inaperçue ?

Maniant l’humour d’une main de maître, Lana Reina apporte une touche particulière à ses rythmes pop : « Ce n’est pas volontaire, mais je réalise que ma musique est soit très sombre soit très drôle et très légère. Dans le cas de la chanson « Je m’adore », c’est assez particulier, c’est une sorte d’égotrip. Je me suis dit pourquoi les rappeurs le font et pas moi ? Il existe tout de même une petite différence : ils se prennent souvent au sérieux. Ce genre d’humour pourrait être ma marque de fabrique : ça me plaît, ça me correspond, je suis un peu comme ça dans la vie. »
Mélange de soul et de musique pop, le monde de Lana est le fruit d’une enfance bercée dans l’univers musical de son père musicien, Zackman, avec qui elle se produit sur scène. « Ma passion pour la musique, mon amour pour la soul, notamment pour Stevie Wonder, cela vient de mes parents. D’ailleurs, paradoxalement, mon père était un peu réticent au départ. Mais ce qui fait notre style et ce qui fait que je n’arrive pas à le définir d’ailleurs c’est ce mélange de nos différentes influences. Mon père est plutôt porté sur la pop seventies, Motown et musique orientale par exemple. Travailler avec lui est un bonheur. »
Après avoir fait la première partie de Benjamin Siksou, Irma, la chanteuse de 22 ans voit plus loin : « Nous sommes en préparation d’un deuxième EP. Nous sommes sur le site participatif [Ulule], à deux doigts d’atteindre la somme qui nous permettra d’enregistrer. Mon souhait c’est d’entrer en maison de disque et d’enregistrer un album. Je suis consciente des difficultés qui m’attendent, des filles de mon âge qui chantent et qui en veulent, il y en a pas mal mais j’y crois. »
Mai Lan
Difficile d’oublier la chanson Gentiment je t’immole écrite pour le film Sheitan.

Aussi originale que dérangeante, cette création d’une violente douceur a propulsé Mai Lan Chapiron au-devant de la scène. « Je viens d’une famille plutôt créative donc j’ai toujours aimé l’art sous toutes ses formes, mais avant Gentiment, je t’immole je ne me voyais pas faire carrière dans la musique. Tout m’est tombé dessus dès la sortie de ce titre. Au départ, c’était une sorte de blague. L’originale de cette reprise provenait d’un groupe de rap fictif, « Les Bâtards de Barbares », créé spécialement pour le film. »
Plusieurs collaborations s’en sont suivies, notamment avec Hi-tekk et Nikkfurie, rappeurs du groupe La Caution ou encore Donovans. Mais ne nous méprenons pas pour autant, si Mai Lan prend plaisir à interpréter des titres rap et hip-hop en reprenant par exemple l’excellent  [Born to B.R.E.E.D] produit par Prince et interprété par Monie Love dans les années quatre-vingt-dix, elle ne compte pas évoluer dans ce milieu. « Je n’essaie pas de me poser dans un style défini. Je sais que normalement, lorsque tu abordes un projet quel qu’il soit, tu réfléchis beaucoup à ce genre de chose mais chez moi, tout est assez instinctif. Je surfe sur différentes vagues parce que j’ai différentes facettes. Mes influences sont vastes et d’une certaine manière, cela se répercute sur ma musique. En découle ce qui en découle, rien n’est prémédité. J’écoute du classique, du punk, du jazz, de la bossa… Je suis une artiste moderne. » Avec un album aux accents divers (folk, pop, rap), prévu pour le mois d’août, Mai Lan compte bien faire parler d’elle. À surveiller de près.

1. Les Cartes Blanches du Canal 93 offrent une programmations spécialement choisie par les artistes eux-mêmes, l’occasion pour leur public de découvrir de nouveaux talents.
[www.canal93.net]
Alerte Découverte : Une soirée (Bobigny, terre hip-hop], consacrée aux nouveaux
talents du rap français, aura lieu à Canal 93 le 9 juin 2012.
///Article N° : 10788

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Les images de l'article
Mai Lan © DR
Djazia Satour © DR




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