Dans les coulisses des femmes

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Elles radotent à longueur des journées. Les hommes s’en moquent. Et pourtant ça ne manque pas d’intérêt , les bonnes histoires de femmes . Comme celles qu’elles se sont racontées jeudi 28 juin dernier à l’espace Mutombo Buitshi . Une rencontre exclusivement féminine à laquelle notre curiosité nous a convié . Qu’on se rassure, on ne s’est pas ennuyé. Pas du tout. Mariam Mayoumbila, initiatrice du bureau tchadien des droits d’auteur, représentante du Conseil francophone de la chanson au Tchad, directrice du ballet national tchadien, a servi de modératrice à la rencontre.
Grâce à une méthodologie simple, elle a amené ses consœurs à faire le point de l’activité théâtrale en Afrique. , question d’envisager l’avenir sur des bases plus solides. Chacune des femmes donne son parcours artistique.
Dans les méandres de la vie, les pesanteurs sociales, les privations, les illusions , mais aussi les moments de bonheur vécus dans le théâtre et dans tous les arts scéniques, comme un refuge. Tout y passe et se déballe dès lors qu’on bannit la langue de bois .Entre femmes , ça passe ou ça casse . Morceaux choisis :

Florisse Adjanohun :
J’envisageais de devenir hôtesse d’accueil, mais mon père ne voulait pas en entendre parler.
De toutes les façons , c’était les illusions d’enfants, car très vite je me suis aperçue que je n’en avais pas la taille.
Mon père constituait tout un obstacle pour ma vocation, jusqu’au jour où j’ai décidé de le braver en tournant dans un spot publicitaire, habillée en maillot de bain au bord de la mer . Papa a suivi le spot à la télé avec ses amis.
Je m’attendais à subir la foudre de sa colère au retour à la maison. Mai , il m’a encouragé en disant que ses amis avaient beaucoup aimé le spot. Ce fut le déclic pour moi…
Cendrine Zobo :
Mes rapports avec la famille élargie ont toujours été tendus. Il s’en est suivi disputes violentes et fugues. C’est pour fuir cet univers là, et prouver surtout à mes parents que je pouvais prendre mon destin en mains que j’ai décidé de faire du théâtre. Le rôle de metteur en scène me convenait bien en tant que femme de caractère. Mais dans ce métier dominé par les hommes, l’intégration n’était pas aussi facile. Plus d’une fois, les hommes ont refusé que je les dirige. M’obligeant par exemple à porter des lourdes charges avant ou après le spectacle. Mais j’ai fini par m’imposer et me faire accepter en travaillant dur… Les hommes ne supportent pas toujours la concurrence féminine.
Rockine Mayebo :
C’est depuis l’âge de 10 ans que je fais du théâtre. Ma famille ne me pose pas trop de problèmes. Cependant certains costumes me gênent franchement, mais je suis obligée de les porter. Comme ceux qu’on porte dans le spectacle « Tiya « , avec la troupe Ngoma Za kongo. On est en cache-sexe, avec toutes les fesses pratiquement dehors . Ce n’est pas facile à supporter …
Elyse Meka (réagissant aux propos de Rockine)
Lorsque tu es sur scène, ton corps ne t’appartient plus . Certes, il, y a des limites à ne pas franchir, mais l’on doit se libérer de certaines pesanteurs culturelles. Le corps est en soi un costume.
J’ai remarqué que les hommes sont très coopératifs en matière de costumes. Ils ne se gênent pas trop de les porter, même lorsque c’est très osé. Pourtant, ils augmentent leurs chances de monter dans la carrière. Du reste dans nos traditions africaines, on a jamais eu honte de nos corps.
Valerie Thfoin.
Tout est question de savoir si le costume  » dénudé  » apporte quelque chose de plus dans la création. Les actrices ne sont pas obligées d’exposer leurs corps, juste pour faire plaisir au metteur en scène.
Astrid Mamina :
Les responsables de l’Ecurie Maloba avaient rigolé lorsque je leur ai demandé de faire du théâtre. Mais très vite , ils m’ont encadrée et m’ont appris le métier. C’est plutôt ma famille qui, jusqu’à présent
accepte difficilement que je fasse du théâtre. Mas parents trouvent que ce n’est pas digne d’une femme.
Ma première tournée au Bénin avec l’Ecurie Maloba, je l’ai faite à l’insu de ma famille. Au retour à Kinshasa, je me suis arrangée d’apporter quelques cadeaux pour les parents, question de gagner leur confiance…
Mariam Mayumbila :
Au Tchad, l’islam pèse quelque part dans nos productions. Lorsqu’on a joué en Lybie, certaines femmes venues assister au spectacle , fermaient carrément les yeux pour peu qu’elles voyaient la moindre partie de notre corps. C’était pas facile à gérer. Mais, je pense que le plus important lorsqu’on participe à un festival , c’est d’y apporter des idées nouvelles. Et non seulement de découvrir le pays qui vous accueille, encore moins d’exposer ses charmes aux participants. A mon niveau , je me bats avec des consœurs pour arriver à asseoir des structures dirigées par des femmes, à l’instar de l’association Talents de Femmes.

Article, paru dans Le Moniteur du FIA n°3, 30 juin 2001///Article N° : 2597

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