Découvertes tunisiennes et musiques du monde à El Jem (Tunisie)

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Visite à un festival simplement ancré dans la vie d’une ville tunisienne et propre aux découvertes.

El Jem : une voie principale bordée de villas puis la place principale où les hommes se sont donnés rendez-vous. Des commerces longent une rue très animée menant vers le lieu du festival. Des motocyclettes zigzaguent entre les piétons, au rythme des musiques locales diffusées par haut-parleurs. Pendant que les hommes discutent sur la terrasse d’un café tout en sirotant un thé, les bambins courent dans tous les sens. Les femmes sont invisibles. A quelques mètres, une famille célèbre un mariage. Au bout de la rue, illuminé par un croissant de lune, l’amphithéâtre d’El Jem domine. A sa droite, la mosquée.
D’une capacité de 45 000 spectateurs, l’amphithéâtre fut construit sous le règne de Gordien (proconsul de la province d’Afrique) vers 230-238 après J-C. Sous domination romaine, la ville s’appelait Thysdrus. Cet amphithéâtre est l’un des plus grands de l’empire. S’y déroulaient autrefois des combats de gladiateurs et d’esclaves avec des fauves. Il est aujourd’hui le lieu de passage et de visite de nombreux touristes italiens, qui viennent pour la journée. C’est aussi le lieu de rencontre de toutes les musiques : des symphonies aux musiques traditionnelles. Le festival Découvertes Tunisie 21 en est à sa 4ème édition. Il est organisé par l’association Arts et Jeunesse El Jem. Son initiateur : Yann Crespel, un jeune français amoureux des musiques du monde.
Vendredi 30 août. Le festival s’ouvre sur les roulements du Djembé de Roger Raspail. Le Guadeloupéen est accompagné de jeunes Maliens descendants de griots et va à la rencontre des jeunes Tunisiens. Ensemble, ils marient les rythmes et donnent le ton. Installés à l’entrée de l’amphithéâtre, les musiciens sont intimidés. Encouragés par d’autres jeunes, de 5 à 20 ans, qui crient et dansent au son des percussions, ils finissent par se lâcher et embrasent la ville pendant une heure. La population accourt et forme un cercle autour des musiciens. La fête se poursuit dans l’amphithéâtre.
C’est au tour de l’ensemble musical Music Errouth de prendre le relais. Ce groupe, qui n’existe que depuis 2 ans, est composé de huit instrumentistes, étudiants à l’Institut Supérieur de musique de Sousse. Une découverte pour le public qui l’écoute religieusement. Leur musique est d’inspiration arabe et occidentale, il sied à l’espace. L’entracte est aussi le moment de découvrir « Musicabrass », une fanfare atypique et fantaisiste qui a la particularité de jouer dans le public et de l’intégrer à son spectacle. Leur musique, improvisée, et leur jeu, ont suggéré le mot « improvis’acteurs ». Tout le monde s’amuse.
Mariem Laâbidi est la deuxième découverte de la soirée. Jeune Tunisienne d’à peine 19 ans, elle représente le rêve de toute une génération. Poussée par un père médecin et journaliste, elle entre dans le chanson à petits pas, mais sûrement. Accompagnée d’une guitare classique, d’un violon et d’un piano, elle aborde d’une voix enivrante et aérée des poèmes en arabe. Les journalistes lui prédisent un bel avenir, le jury lui décerne le prix de la meilleure interprétation.
Suivent les frères Mraihi, Amine au luth et Hamza au Kanoun. D’une grande dextérité, et d’une assurance déconcertante. Les deux frères âgés respectivement de 15 et 16 ans, se complètent à merveille. Ils font preuve d’une grande maturité en offrant un spectacle digne du lieu.
A « Dupain » revient l’honneur de conclure cette soirée. Une musique plurielle : rumba catalane, chouf maghrébin ou encore flamenco andalou à la sauce occitane. Derrière l’humour de ces Marseillais se cachent des textes engagés qui donnent à réfléchir. « Le prisonnier politique », « l’usine »… Calmement, escorté par la police présente durant tout le spectacle, le public s’enfonce dans le noir à la fin du concert.
Le lendemain, dès 19 heures, Musicabrass envahit les rues d’El Jem et s’invite à toutes les fêtes. Un mariage, un baptême, le band est suivit par la foule, il épouse l’ambiance de la ville, joyeuse et chaleureuse. Un heure plus tard, c’est au groupe tunisien Mezj de prendre place sur la scène de l’amphithéâtre. Encore du nouveau son. Les musiciens, influencés par le jazz, créent une musique métisse en s’inspirant des musiques arabes populaires et des rythmes traditionnels. Une danseuse espagnole, parée de voiles multicolores surprend en apparaissant sur scène. Elle donne du rythme à la musique. Le jury accorde à ce groupe le prix du meilleur spectacle.
Par le son jazzy du Free Fly Quartet, l’Italie est un invité naturel. Le groupe, de qualité moyenne, est trahi par la technique. Les jeunes ont hâte de retrouver Karim Ziad, batteur inventif, qui a trouvé sa voie dans le chaâbi et la musique gnaoua. Le public entre en transe dès les premières notes du gembri, soutenu par le piano, la basse, la batterie et le derbouka. Le devant de la scène se transforme en piste de danse, jusqu’à une heure du matin.
Le dimanche est jour de rencontres. Le flûtiste Amar et Mariem Laâbidi rencontrent Dupain sur la scène de l’espace culturel Sidi Ben Aïssaou où se tient une exposition photographique de jeunes Tunisiens encadrés par la photographe Olivia Moura. Le festival se termine sur une prestation du groupe méditerrannéen Taranta Power de Eugenio Bennato (voir chronique) suivie d’une tombola.

///Article N° : 2541

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