Des bouts de dits pour l’orfèvre

Les dits du bout de l'île à la Chapelle du Verbe Incarné. Avignon 2016

Jusqu’au 30 juillet, dans la programmation OFF du festival d’Avignon, la Chapelle du Verbe incarné, espace de référence du spectacle vivant des créateurs d’outre-mer, programme Les dits du bout de l’île, une adaptation d’un texte de Nassuf Djailani, par El-Madjid Saindou.

Mayotte, c’est l’oubliée des cartes, des DOM, des TOM, des nouvelles de France. Un “confetti de l’Empire“, comme a dit le Général. Un de ces territoires producteurs d’imaginaire archipélique, de bouts de dits du bout de l’île. Quand La Chapelle du Verbe Incarné programme l’adaptation du texte de Nassuf Djaïlani par le metteur en scène mahorais El-Madjid Saindou dans le cadre de sa saison “Théâtres d’outre-Mer en Avignon”, on en profite.
Les Dits du bout de l’île évite alors le pire : l’occupation mimétique d’une scène inféodée au cri postcolonial des ultra-marins. Un geste autrefois politique tombé dans la redite : plus personne n’écoute. C’est le discours qu’il faut agir. Le cri s’éteint alors pour révéler la question, la suggestion et leurs silences bavards. Une poétique des bouts de dits qui passe en revue la grande Histoire “avec la gourmandise d’un chercheur d’or ” : de la domination des ethnographes à celle des drapeaux tricolores, de l’exil comme habitat à l’espoir otage des retours. Le tout à l’unisson, parce que choralité sur la scène, et choralité dans la dramaturgie, parce qu’auteur et metteur en scène partagent une expérience commune.
Parce que Mayotte est exclue des cartographies mentales, on voudrait pourtant plus. Un ancrage plus précis et volontaire des acteurs sur la scène, plutôt qu’une accumulation de mouvements timides, pas orientés. On y aurait préféré une subtile choréologie, parce qu’après tout ce musicien à l’arrière-scène et la délicieuse mélodie des bouts de dits en Mahorais ont capté toute notre attention. Ces intuitions, il ne reste qu’à les assumer, qu’à les subsumer à travers une scénographie qui se donne la chance de dire ses bouts de dits. Pourquoi aussi ne pas en finir avec cette porte, plantée sur le plateau, cette même porte qui nous dit toujours le même passage, la même fragilité d’un territoire où l’on ne reste pas, au risque que le bout d’île finisse par être avalé par le monde.

Les dits du bout de l’île. Texte de Nassuf Djaïlani
Adaptation El-Madjid Saindou
Mise en scène El-Madjid Saindou
Collaboration Artistique Juliette Steiner
Costumes Solène Faure
Musique/Compositeur Mmadi Djibaba, Tao Ravao

La compagnie Ariart-Théâtre. Avec Dalfine Ahamadi, Mmadi Djibaba, Nassime Alexandre Hazali, Soumette Ahmed, Tao Ravao///Article N° : 13696

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