DOUALA : Fin de la semaine culturelle à la MJC d’Akwa

Théâtre : " La république des femmes " de Théodore Kayesse

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Pour clore en beauté sa semaine culturelle pourtant déjà assez riche d’événements à caractère culturel, la MJC programmait la pièce   » La république des femmes  » de Théodore Kayesse, fondateur de l’atelier théâtre de la MJC.

La première surprise, pour le spectateur, résulte du début de la pièce par le choix du metteur en scène de faire évoluer une partie de ses comédiennes dans la salle, entre les rangées où ceux-ci sont assis ; une préfiguration des tendances théâtrales modernes où la scène se déplaçant dans la salle est en définitive tout autant sur la scène qu’au sein du public. Un théâtre total par cette introduction de tirades dites au sein d’une foule quelque peu ahurie, découvrant la forte présence de ces spectatrices comme eux, devenues subitement porteuses d’un message, de revendications que l’on dirait uniquement féminines si par un effort de réflexion judicieux, on ne mesurait le chemin qui reste à parcourir à l’humanité male autant que féminine pour l’affirmation de soi et le respect de l’autre.
Acquérir le respect du male
Et dans cette pièce à la forte connotation féministe, il s’agirait pour elles (elles sont cinq1 à se partager la scène pendant près de quarante cinq minutes, cinq pour pratiquement un homme, un domestique, Janvier, sur lequel elles peuvent passer leurs nerfs) d’acquérir le respect du male violent, égoïste, roublard, qui s’est bâti un monde à sa mesure, à sa convenance ; il s’agirait donc en un mot, pour elles, meurtries et froissées dans leur dignité par ces hommes qui ne se gênent pas de les transformer en instruments passifs et souvent complices de leur jouissance, et de leur volonté de puissance, de leur opposer, par un juste retour des choses, leur volonté de puissance bien à elles. Et le parti pris de l’auteur de la pièce est d’opposer à la république des hommes, entre guillemet, (celle qui a vu Eve être engendrée d’une côte tirée d’Adam) celle des femmes.
Etre César à la place de César ?
Vaste programme, nous diriez-vous, même si on peut quand même se demander de quelle république ces femmes de ministres, de hautes personnalités de la république, engluées de fait elle-mêmes (tout comme leurs hommes), dans la haute bourgeoisie made in bouillabaisse des tropiques, se réclamerait. Elles pour qui le cellulaire, nouveau symbole de la modernité mondialisante rythme les moindres des activités, (tout au long de la pièce, elles sont tout le temps pendues au téléphone ou au cellulaire), la moindre des flagorneries. Elles pour qui le luxe et ses divers avatars semblent coller à la peau tout comme une seconde nature (champagnes et prélassement dans de fauteuils cossus se disputent aussi la scène sur la scène). S’agirait-il tout simplement, pour elles, d’être César à la place de César où, d’imprimer par l’effet d’une révélation, une nouvelle orientation à la marche de la société africaine ?
La question reste posée. Et ce n’est pas la conférence de presse donnée (dans la pièce) par ce quintet gagnant de femmes vengeresses (au bon sens du terme) qui nous édifiera. Le contenu conceptuel supposé de cette libération des femmes reste attendu. Et il leur faudra remuer certainement maintes inhibitions, pour proposer l’alternative d’un monde plus juste plus égalitaire, mais encore plus satisfaisant que celui tenu, depuis que le monde est monde, par les descendants directs, aux instincts trop fortement virils, d’Adam.
Une suite de cette pièce semble-t-il est déjà annoncée où, nous aurons certainement un approfondissement du sujet.
 » La république des femmes  » de Théodore Kayesse desservie par une bonne mise en scène et des scènes assez cocasses, comiques aura donné au public présent à la MJC ce soir-là, un aperçu des possibilités artistiques des jeunes créateurs camerounais, si des moyens conséquents étaient mis à leur disposition. Et l’art au Cameroun ne s’en porterait que mieux.

Charlotte Ntamack, Corinne Kameny, Irène Ekambi, Tamara Tientcheu, Norma Incha pour les principaux rôles féminins. Bertrand Kowa et Salomon Tchaptchuen pour les principaux rôles masculins. Signalons la parfaite prestation de Charlotte Ntamack qui tenait le principal rôle féminin.///Article N° : 2373

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