Les raisons de la prépondérance de la musique congolaise en Afrique Centrale.

Koffi Olomidé, Papa Wemba, Wérasson, tout comme avant eux Franco, Pépé Kallé ou, encore le Seigneur Tabuley, font danser les masses africaines depuis des décennies. Et ce, malgré une bataille pour le leadership engagé depuis de longues années tant par les camerounais du Makossa que les Ivoiriens du Mapouka. Quelles peuvent être les raisons de cette mainmise constante de la musique congolaise sur le public continental, pour ne parler que de lui ?

Les musiques traditionnelles de l’Afrique Centrale de tout temps, ont eu pour base la prolifération du rythme sur des instruments prédisposant naturellement à leur épanouissement. Que ce soit donc la Cithare, le Balafon, la Sanza ou le Tam-tam de manière plus tranchée, il aurait été étonnant de voir ses instruments sortir des sons larmoyants plutôt que des sons à la tonalité nette, impérieuse et rythmé. Des instruments qui s’alliaient du coup au tempérament assez  » immédiat  » de leurs servants, de par le déterminisme propre à chaque environnement naturel et climatique donné.
Mais pour que l’envoûtement magique supposé par cet environnement harmonique auditif se fasse, il fallait en plus intégrer un autre élément sans lequel le premier serait déséquilibré, orphelin : l’élément visuel, la danse (pour plus de clarté).
A part donc certaines diatribes épiques (le Mvett pour les Panhouins, l’histoire de Jecky La Njambe par exemple pour les Sawa) où, le jeu de ou des instruments de musique ne servait qu’à scander les moments forts et poignants de l’oralité, l’on ne pouvait penser une musique, un chant sans y adjoindre une danse correspondante ou une danse tout court. Ce qui supposait une forte adéquation entre l’articulation de la chose chantée et la chorégraphie développée, toute libre qu’elle soit en l’esprit. L’adhésion du public pour ce qui était sensée symboliser des réjouissances, des funérailles, des sacrifices annuels, des récoltes espérées, des naissances attendues se faisait à ce prix là.
Le public africain développait donc une vision totalitaire (en ce sens que l’un n’allait pas sans l’autre) de la manifestation artistique musicale. On peut même se demander de ces éléments (chant, danse et instrumentation) lequel occupait en définitive, la première place dans le cœur des foules.
Avec l’avènement de la modernité et des différentes mutations y afférentes, celles-ci dues notamment aux influences culturelles contingentes, cette conception dualiste de la représentation artistique sonore, s’est considérablement émoussée. La bipolarité originelle s’est distendue pour donner naissance à des formes hybrides, bâtardes, confuses, qui ont du mal à se décider à fonctionner selon la définition occidentale ou africaine de la chose. Définition occidentale qui a tendance à dissocier le chant et l’accompagnement musical de la danse et qui plus encore, fait de plus en plus le pari de l’écoute au détriment du visuel. En un mot, la production de musiques qui sont plus pensées pour être écouter que danser.
Le désarroi du public est donc fort compréhensible, face à ces mutations qui ne proviennent pas d’une évolution de considérations inhérentes au groupe mais de modèles, de préférences, d’exigences développées au sein d’autres espaces naturels et culturels. Il est donc tout à fait normal que le public se trouvant en présence de quelques manifestations de leurs choix originels (tout inconscients qu’ils soient devenus pour la plupart d’entre eux) l’adhésion se fasse de manière automatique.
Et de fait, toute la magie de la musique congolaise (bien qu’elle ne soit pas souvent exempte de naïveté) provient de la symbiose extraordinairement réussie entre la magie des sons, celles des mélodies et celle de la danse. Et c’est en cela que Koffi Olomidé et ses amazones, Werasson, et tous ces groupes de chanteurs-danseurs du Congo Démocratique perpétue un lien avec un monde où le regard de l’Africain (peut-être de manière inconsciente) reste au centre de leur préoccupation. En eux, on retrouve une vitalité conceptuelle africaine qui s’oppose au désir presque exclusif d’écoute, Occidentale, lorsque la musique ne sert pas seulement que de faire-valoir à la danse (la danse classique).
Mais pour combien de temps encore ?

///Article N° : 2374

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