Editorial

Corrigez-nous !

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Hala halele hala
Mwambwa hale kashindana
Ushindano mndru wa mroni
Badi yeudjonongoza
Celui à qui on dit un conte ne doit jamais le discuter
S’il le discute, il ira en enfer
Sauf si c’est pour me corriger
Formule d’introduction aux contes comoriens
(Contes comoriens de Ngazidja, de Mohamed Ahmed-Chamanga et Ahmed Ali Mroimana, L’Harmattan 1999)

Attention danger : le rapport France-Comores a longtemps respiré la Françafrique, sentant mauvais l’interventionnisme et les barbouzes. Quatre îles dans l’archipel. L’une, Mayotte, fut achetée par la France au sultan Adriansouli en 1841 (contre une rente de 1000 piastres et la prise en charge de l’éducation de ses deux enfants à l’île Bourbon, l’actuelle Réunion !). Elle fut érigée immédiatement en colonie tandis que les trois autres devinrent françaises sous forme de protectorat un demi-siècle plus tard. Mayotte choisit de rester française lors du scrutin d’autodétermination de 1974, contrairement aux trois autres îles, et reste ainsi une épine dans le pied des Comores qui ne ratent aucun discours officiel pour le rappeler. Collectivité territoriale, donc ni un département ni un territoire d’outre-mer, elle dispose d’un conseil général et d’un préfet mais aussi d’un sénateur qui proposait en 1998 de considérer l’île « comme le relais naturel et l’un des pôles de la politique française de coopération dans la sous-région« .
Voilà donc une île stratégiquement chargée mais aussi financièrement mieux lotie que ses voisines. Durant la crise politique de l’été 1997, l’île d’Anjouan tente de se séparer du pouvoir central de Moroni dans l’espoir de profiter du même statut. Ce geste, des femmes d’Anjouan le rejouent régulièrement, en allant accoucher à Mayotte pour que leur enfant soit français. Mais on dénombre aussi chaque mois de 10 à 15 morts entre les deux îles : des Anjouanais qui tentent la traversée…
De la Grande Comore surtout, à 95 %, beaucoup sont venus en France, notamment pour gagner l’argent nécessaire au « grand mariage » qui leur permettra de s’installer, gonflant les importantes communautés comoriennes de Marseille et Paris. Très liées en associations qui organisent des bals où l’on cotise pour soutenir des actions de développement villageois ou de solidarité, elles représentent une véritable manne pour le pays : le total des transferts d’argent égalerait le budget des Comores lui-même !
Ainsi donc, la France et les Comores partagent une histoire imbriquée et complexe, avec du bon et du mauvais. Globalement financé comme les autres dossiers consacrés à un pays par un « fonds d’action culturelle » français, ce dossier en est par la force des choses un petit prolongement à verser, souhaitons-le, du bon côté ! Une brise nouvelle souffle aux Comores : nous voulions l’accompagner, d’autant plus que l’information est rare sur les expressions culturelles de cet archipel pourtant si présent en France. Nous avons, ici encore, conservé la liberté de dire pour contribuer au débat : le forum, les courriers et articles des lecteurs de www.africultures.com sont à votre disposition pour, comme y invitent les contes comoriens, nous corriger !
En 1998, le procès des colleurs d’affiche du Front national montrait leur implication dans l’assassinat en 1995 d’Ibrahim Ali, jeune Marseillais d’origine comorienne. Nous voudrions, sans grand discours mais avec la charge symbolique actuelle, lui dédier ainsi qu’à sa famille ce numéro 51 d’Africultures.

Lire : Les Comoriens de France, dossier d’Hommes et Migrations n°1215, sept.-oct. 1998. ///Article N° : 2522

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