Égypte négro-africaine : vérité historique ou récupération afrocentriste ?

Contrant les préjugés eurocentristes véhiculés par des générations de chercheurs, des thèses « afrocentristes » furent forgées pour glorifier un certain passé des civilisations négro-africaines. Si certaines d’entre elles ont pu prendre, selon Tidiane N’Diaye, « quelques aises » avec la réalité historique, cela n’exclut pas l’indéniable apport de l’Afrique au patrimoine historique de l’humanité.

En des temps aujourd’hui révolus, les vainqueurs de l’histoire refusaient aux peuples dominés, tout apport significatif à l’évolution du genre humain. Ceci dans le but d’alimenter l’illusion de la supériorité culturelle européenne, afin de libérer l’histoire de sa civilisation, de tout apport venant de civilisations du Sud et souvent beaucoup plus anciennes. Dès qu’un monument d’une certaine importance était trouvé en Afrique par exemple, on l’attribuait systématiquement à quelques « Blancs » ou « Sémites » égarés dans ce « monde de sauvages. » Ainsi dans la région du Sud du continent noir, entre l’actuel État du Zimbabwe, l’est du Botswana et le Sud-Est du Mozambique, les vestiges du Grand Zimbabwe (de Dzimba Zemabwé) furent au centre de bien des polémiques. Cette civilisation fut autrefois le siège d’un empire, qui couvrait les territoires du Mozambique et de l’actuelle république du Zimbabwe qui en prit le nom. Le Grand Zimbabwe est la deuxième grande civilisation africaine, après celle des Égyptiens, notamment en terme d’architecture. De nombreux chercheurs européens refusaient de croire, qu’une civilisation aussi avancée, pouvait être l’œuvre de populations négro-africaines. Toutes les spéculations sur ses origines, finiront par être balayées, par les premiers archéologues – guidés uniquement par une démarche scientifique -, qui fouillèrent le site. Il est établi depuis et reconnu par tous, que cette civilisation aux constructions pharaoniques, fut bâtie par un peuple africain. Il s’agit des Shona qui s’y implantèrent vers 400 avant notre ère. Ces vestiges témoignent visiblement, qu’il existait au sein de ce peuple noir, l’équivalent d’astronomes avertis – l’édifice jouit d’une orientation astronomique précise -, d’architectes doués, d’ingénieurs en construction en pierre et en génie civil, de mathématiciens, de maçons et d’urbanistes. Pour autant, les extravagances outrancières de Hegel, qui voulaient que les peuples d’Afrique noire, aient assisté en spectateurs à la marche de l’histoire, résisteront à l’épreuve du temps. Le continent africain sous domination coloniale, restera longtemps encore marginalisé au regard du patrimoine universel, victime des préjugés eurocentristes, qui étaient le lot de plusieurs générations de chercheurs.
Aussi, rien d’étonnant qu’a contrario, des thèses inverses – et dites afrocentristes -, furent forgées pour glorifier volontairement ou non, un certain passé des civilisations négro-africaines, quitte parfois, à prendre quelques « aises » avec la réalité historique. C’est ainsi que la plus ancienne civilisation s’étant développée sur le continent africain, allait à son tour, se trouver au centre d’une polémique non encore close. Tout en ne possédant pas d’historiens qui puissent être comparés à ceux des Grecs et des Romain, les Égyptiens n’en ont pas moins inventé un mode élaboré d’écriture, pour graver leur fabuleuse histoire, partout où il fut possible dans la pierre et reproduite sur les papyrus. Toutefois, le Papyrus de Turin, les Listes royales, La liste de Karnak, la Table de Abidos et la Table de Saqqarah, sont des supports qui pendant longtemps, ne livraient d’autres secrets que les noms de souverains avec leur durée de règne, sans nul autre détail. Ce « vide historique » constituait une « brèche providentielle » que certains chercheurs n’ont pas manqué d’exploiter. Comme pour les bâtisseurs du Grand Zimbabwe, une polémique soutenue devait longtemps opposer bien des égyptologues occidentaux, aux chercheurs africains Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga, qui soutenaient des thèses opposées. Les premiers défendant le rattachement de la civilisation pharaonique à celles du Proche-Orient antique. Et les deux camps s’accusant réciproquement, de manquer d’objectivité ou de révisionnisme. Pendant longtemps, il ne se trouvait pas un Égyptologue faisant autorité, pour reconnaître l’origine négro-africaine de la civilisation de l’Égypte pharaonique. Alors que pour les scientifiques africains, cette réalité ne laisse aucun doute. A l’appui de leur thèse, ils avançaient comme preuves, les représentations des pharaons Narmer, Djeser, Khéops, Thoutmosis III, de la reine Tiyi et de son époux Aménophis III ainsi que de leur fils Akhenaton, qui tous étaient selon eux, des Noirs. Comment pouvaient-ils en arriver à une telle conclusion ? Ils tenaient également pour fait établi, que les ethnies Malinké et Soninké étaient originaires de la vallée du Nil. Les plus anciennes divinités de l’Égypte antique (l’Ibis, l’Oryx, le Faucon, le dieu Bès et le Sphinx) sont toujours célébrées en Afrique de l’ouest, notamment dans l’actuelle République du Mali où il existe des masques et des statuettes les représentant. Quant à l’étude linguistique comparative réalisée par le pr. Cheikh Anta Diop, elle révèle selon l’auteur, une parenté incontestable entre l’ancienne langue égyptienne, du moins ce qu’en révèlent les hiéroglyphes et certaines langues actuelles négro-africaines, comme le Wolof du Sénégal ou encore le Peul (usé par un peuple nomade africain), entre autres. Une telle parenté culturelle affirme le chercheur africain, se retrouve aussi bien dans la langue que dans l’art des Dogons et des Bozos du Mali, des Baoulés de la Côte d’Ivoire et des Mendés de la Sierra Léone, de même que dans les pratiques religieuses des Yoroubas et des Saras. Usant de méthodes scientifiques modernes, le Pr. Cheikh Anta Diop a procédé à l’analyse d’échantillons de peau de momies égyptiennes. Grâce aux rayons ultraviolets, il affirme avoir pu déterminer leur teneur en mélanine (élément de pigmentation) : toutes, selon lui, « se sont révélées noires de l’espèce de tous les Noirs que nous connaissons aujourd’hui. » Un colloque initié par l’UNESCO et intitulé « Le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique » concluait à la fin de ses travaux, que pendant des millénaires, l’Égypte n’était pas habitée par un peuple sémitique et méditerranéen, comme c’est le cas de nos jours. Son peuplement était négro-africain. Lors de ce colloque, il fut également reconnu, que pour la langue et sur le plan culturel en général, l’Égypte pharaonique appartenait à l’univers négro-africain.
L’Afrique noire rehabilitée ?
La thèse centrale de Cheikh Anta Diop a été accueillie par les afrocentristes, comme la correction académique, de la falsification d’une histoire ancienne de l’Afrique. Elle suscita le plus grand enthousiasme dans ces milieux, qui continuent encore son exploitation, comme une mine intarissable et fabuleusement glorifiante de l’apport des peuples noirs au patrimoine universel. Le débat n’est cependant pas clos et reste dans l’impasse. La polémique continue de faire rage. Le sujet est devenu objet de récupération par les uns ou de cynisme négrophobique par les autres. Nous reconnaissons aussi, avoir été troublé par l’activisme intellectuel des tenants de cette thèse. Celui-ci ressemblait en fait, à une de ces démarches engagées et « victimisantes » dans le style : « l’Afrique merveilleuse, mère de l’Égypte noire, ancêtre de toutes les civilisations, mais dont l’héritage aurait été volé par les Blancs… Alors que l’Égypte étant réputée avoir civilisé la Grèce, donc les Noirs ont civilisé le Nord, l’Europe et ses Blancs arrogants. » Nous avions choisi dans un premier temps, d’afficher une certaine distance, vis-à-vis de ces débats souvent peu académiques. Redoutant que sur cette question épineuse, la recherche scientifique ne s’érode, en se politisant, face à un afrocentrisme militant. Puis nous sommes nous demandé, si dans l’élaboration de la thèse de Cheikh Anta Diop, les règles les plus élémentaires de la rigueur méthodologique avaient réellement été respectées.
L’Afrique, berceau de l’humanité, est une réalité paléontologiqueet anthropologique aujourd’hui reconnue. Également dès les premiers millénaires de l’histoire de l’humanité – notamment au cours des périodes paléolithique et néolithique, le rôle tenu par l’Afrique fut de tout premier ordre. De nombreux peuples du continent noir – bien qu’usant de l’antique média de l’oralité -, ont mis sur pied des ensembles politiques, économiques et culturels des plus élaborés. L’Afrique a vu naître et s’épanouir des civilisations aussi prestigieuses que celles du Grand Zimbabwe, de la Nubie, de l’Éthiopie, de Ghana, du Mali, de Nok, d’Ikbo Ukwo, d’Ifé – au nord du Nigeria actuel – et qui ont livré pendant plus d’un millénaire, des chefs-d’œuvre parmi les plus exceptionnels et surprenants connus à ce jour, meublant les plus grands musées et que recherchent encore les plus avertis des collectionneurs du monde entier. C’est de cet apport inestimable au patrimoine historique de la grande famille humaine, que doivent s’enorgueillir les jeunes générations négro-africaines. Ce, pour mieux regarder devant, vers une véritable Renaissance dans un monde d’interdépendance culturelle des peuples. Aussi, peut-on se demander, quel besoin pour des intellectuels noirs, de revendiquer des cultures ou une civilisation qui ne serait pas véritablement « nègre » ? Selon Cheikh Anta Diop les Égyptiens se qualifiaient eux-mêmes de Khem (Noirs) et appelaient leur pays « Khémit. » Ces qualificatifs furent-ils adoptés à cause du limon noir du Nil ou à cause de la population égyptienne qui était noire ? Une interrogation davantage légitimée par certains documents établis par des préhistoriens et qui parlent de l’existence, dans la région du Nil, d’une population se rattachant au groupe chamitique proche des Berbères, des Somalis et des Gallas. Ces écrits évoquent aussi l’arrivée en Égypte d’étrangers d’origine sémitique qui se seraient mêlés à cette population. Cette vague d’immigration serait venue (via la mer Rouge) de la péninsule arabique, selon certaines hypothèses ou encore de la Syrie via le désert palestino-sinaïtique, selon d’autres. La fusion de ces deux groupes ethniques, selon les tenants de cette thèse, serait à l’origine de la formation du peuple égyptien qui ne serait donc pas négro-africain. Aussi, nous examinâmes bien des archives concernant l’histoire de ce pays. Nous avons aussi consulté nombre de textes rédigés par les historiens et philosophes les plus cités – à défaut d’être les plus crédibles -, de l’Antiquité, tels qu’Aristote, Hérodote, le géographe gréco-romain Strabon (Voyage en Égypte) et Diodore de Sicile. L’un des plus célèbres voyageurs et sans doute ancêtre des historiens, Hérodote, ce Grec d’Halicarnasse en Asie mineure, visita l’Égypte vers 450 avant notre ère et lui consacra un ouvrage entier. Grâce à cet érudit, nous connaissons bon nombre de traits concernant la vie et les mœurs des Égyptiens. Il rapporte notamment ceci : « On dit que les Colchidiens sont des Égyptiens. Je le crois bien volontiers, pour deux motifs. Le premier c’est qu’ils sont noirs et qu’ils ont les cheveux crépus. Le second et le principal, c’est que les Colchidiens, les Égyptiens et les Éthiopiens sont les seuls hommes qui se fassent circoncire de temps immémorial, les Juifs et les Syriens l’ayant appris d’eux. » Diodore de Sicile d’ajouter : « Les Éthiopiens disent que les Égyptiens sont l’une de leurs colonies qui fut menée en Égypte par Osiris. Ils prétendent même, que ce pays n’était au commencement du monde qu’une mer, mais que le Nil, entraînant dans ses crues beaucoup de limon d’Éthiopie, l’avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent. Ils ajoutent que les Égyptiens tiennent d’eux, comme de leurs auteurs et de leurs ancêtres, la plus grande partie de leurs lois ; c’est d’eux qu’ils ont appris à honorer les rois comme des dieux et à ensevelir leurs morts avec tant de pompe ; la sculpture et l’écriture ont pris naissance chez les Éthiopiens (Histoire universelle, Livre 3.) Quant à Aristote, dont le ton semblait méprisant, notait que : « Ceux qui sont excessivement noirs sont couards, ceci s’applique aux Égyptiens et aux Éthiopiens. » Et pour conclure avec Maspero, sans doute poussé par une démarche identique à la nôtre, qui résuma l’opinion de tous les écrivains de l’antiquité sur la « race égyptienne » en ces termes : « Au témoignage presque unanime des historiens anciens, ils appartiennent à une race africaine, entendez : nègre, qui d’abord établie en Éthiopie, sur le Nil moyen, serait descendue graduellement vers la mer en suivant le cours du fleuve. » Voilà quelques-uns des témoignages sans doute dignes de foi. Force est donc – Au vu de ce qui précède -, de reconnaître que la thèse de Cheikh Anta Diop n’est nullement une construction hasardeuse ou basée sur des conjectures. Comme nombre de chercheurs africains ou de la diaspora, nous avions aussi fièrement campé et même longtemps diffusé cette thèse, que nous prenions en toute bonne foi – comme l’auteur pour tous ceux qui connaissaient l’honnêteté intellectuelle de ce grand pionnier -, pour certitudes scientifiques. Cependant, l’histoire et l’anthropologie n’étant pas statiques, d’autres pistes de recherches – du fait de découvertes plus ou moins récentes, négligées ou insuffisamment exploitées -, nous incitèrent à élargir encore plus, notre champ d’investigations en remontant le temps, vers une des périodes les plus nébuleuses de l’histoire de l’Égypte. Car comment expliquer l’essor fulgurant de sa civilisation, qui passe d’une période pré dynastique peu (ou pas) inventive, à un des développements culturels et scientifiques des plus fabuleux de l’histoire de l’humanité. Ce phénomène était-il exclusivement d’origine locale ? Autrement dit, dans l’approche de la civilisation égyptienne nombre de chercheurs – et particulièrement les tenants de la thèse de l’Égypte négro-africaine -, n’ont-ils pas négligé ou volontairement ignoré des apports – beaucoup plus importants ceux-là -, de peuples non africains ? Aussi, nous décidâmes à nouveau, de réexaminer la question, sous un angle affranchi certes des préjugés coloniaux du passé, mais aussi de toute forme de récupération afrocentriste. En fait au cours de la période pré dynastique, on ne trouve aucune trace de réalisations, prouvant un développement progressif de cette civilisation. Alors qu’elle connut un essor grandiose au début de sa période dynastique ou pharaonique, qui ne date en fait que de 3000 avant notre ère – avec l’unification du pays par le fondateur de la première dynastie (Narmer) -, sans doute grâce à un catalyseur longtemps non identifié ou négligé. Le tout était donc de savoir, quel a été ce catalyseur ?
Il est un fait établi, que ce pays fut plusieurs fois envahi, notamment par les Hyksos, peuplade « barbare » d’origine sémitique ou asiatique surgie du Proche et Moyen Orient ou d’ailleurs. Également en 525 avant notre ère, les Perses conquièrent l’Égypte avec Cambyse, puis avec Ataxerxés (343 avant notre ère.) Alexandre de Macédoine quant à lui, y fera une entrée triomphale en 332 avant notre ère, chassant les Perses avant d’y être couronné. À la mort du conquérant grec, l’un de ses généraux, Lagos, gouvernera l’Égypte. Ptolémée, fils bâtard de Philippe de Macédoine, y fonda la dynastie du même nom, établissant sa capitale à Alexandrie, avant les invasions suivantes notamment romaine.
La piste sumérienne
Cependant, une importante piste de recherches qui semble avoir été négligée, est celle d’une invasion de ce pays, beaucoup plus ancienne et qui remonterait vers la fin de la période pré dynastique. De sérieuses raisons incitent à penser que bien avant les Hyksos, Nubiens, Grecs ou Romains, d’autres envahisseurs seraient arrivés en Égypte, apportant avec eux un savoir technologique beaucoup plus avancé et qui serait le catalyseur de la civilisation primitive égyptienne et de son évolution future. Il est vrai que lors de sa période pré dynastique, il n’existait pas de récits tels que nous les connaissons de nos jours. L’écriture n’en était qu’à ses balbutiements. Mais si l’on se réfère à la religion et à l’iconographie royale des premiers monarques égyptiens, celles-ci révèlent que leurs Dieux et des rois légendaires, sont nés à l’est et venus d’un lieu appelé Île de l’embrasement ou de la flore. Or, vers l’est de l’Égypte et au-delà de la péninsule arabique, il y avait le royaume de Sumer situé le long des rives du Tigre et de l’Euphrate dans l’actuel Sud irakien. Dans le temple d’Osiris à Abidos, le dieu faucon « visiteur », est transporté sur un bateau par le roi égyptien lui-même. Ce dieu faucon Horus – dont le nom tire ses origines de Mésopotamie -, fils de Osiris, est l’un des mythes fondateurs de la civilisation pharaonique. Tous les premiers souverains de ce pays porteront son nom : Horus Narmer, Horus Hara dit le combattant ou Horus Jet (le serpent). Certains égyptologues se sont étonnés aussi, que dans l’armement des premiers Égyptiens, une massue révolutionnaire inventée en Mésopotamie, ait rapidement remplacé la massue discoïdale, devenant même le symbole de puissance des pharaons. On doit sans aucun doute cet apport aux nouveaux venus, que les Égyptiens appelaient les suivants d’Horus. Sans oublier l’architecture avec des constructions identiques et qui n’ont pu être inventées en même temps, à la même époque et à deux lieux distants de milliers de kilomètres. D’autres témoignages existent aussi, comme le couteau d’apparat découvert dans le Sud de l’Égypte, représentant d’un côté un personnage central portant un long caftan et un turban comme les dieux sumériens. On trouve ce même roi prêtre, exposé au musée de Bagdad. L’autre coté du couteau immortalise une bataille, opposant la flotte égyptienne à des envahisseurs venus à bord d’embarcations à haute proue au cours de la période pré dynastique. Dans l’Antiquité ces embarcations à haute proue étaient plus adaptées que les autres, pour la navigation en haute mer. Des tombes pré dynastiques égyptiennes contiennent énormément d’objets tous caractéristiques de la culture mésopotamienne archaïque héritée des Sumériens. La plupart de ces objets découverts en Égypte, l’ont été sur les sites de Nagada et surtout de Hierakopolis en Haute Égypte face à la mer Rouge. Et c’est en Haute Égypte que s’est développée la civilisation égyptienne, face à cette mer Rouge, par laquelle sont venus des peuples sumériens, en contournant probablement, par cabotage, la Péninsule arabique. Il existe un courant qui descend de l’Inde en période de mousson. Ils en ont certainement profité, à des moments de l’année où les vents tournent en mer Rouge, pour naviguer du Sud vers le Nord. Tous ces éléments témoignent de contacts indiscutables entre les peuples égyptiens et sumériens, probablement vers la fin de la période pré dynastique. Ces Sumériens avaient déjà bâti une civilisation beaucoup plus avancée que celle de l’Égypte pré dynastique. En fait, au Moyen-Orient, au bout de quelques milliers d’années, les pluies se faisant plus rares, les populations d’agriculteurs se concentrèrent dans une région en forme de croissant et qui prit le nom de « Croissant fertile. » Ceci parce que, de grands fleuves – le Nil, qui traverse l’Égypte, le Jourdain, qui baigne la Palestine et surtout le Tigre et l’Euphrate dont le bassin forme la Mésopotamie -, y favorisent l’irrigation des champs et compensent la raréfaction des pluies. Et c’est là que les premiers signes de civilisation humaine sont apparus chez des peuples localisés dans ce Croissant Fertile. Tout a changé vers 12.500 ans avant notre ère, au cours de ce que les préhistoriens qualifient de « révolution néolithique. » L’abondance de la nourriture ayant pérennisé la sédentarisation de nombreux peuples en ces lieux, suivra un véritable choc culturel avec la banalisation de l’agriculture, l’apparition de l’élevage et le développement d’une civilisation urbaine. Tous ces éléments ont été à la base de la formidable évolution des Sumériens, qui furent les vrais premiers fondateurs des civilisations humaines, 10 siècles avant Babylone et les Assyriens. Des deux millénaires qui s’écoulent entre 9500 et 7500 avant notre ère, il reste encore des vestiges remarquables comme celui du site de Mureybet, au bord de l’Euphrate (l’Irak actuel). Les Sumériens sont à l’origine d’une écriture cunéiforme et avaient bâti les premières cités – États monumentales comme URUK. Ils avaient déjà couché leur histoire sur des tablettes d’argile il y a environ 6000 ans. Leurs récits décrivaient aussi une histoire de la création qui ressemble étrangement à celle de la genèse.
Cependant si l’on peut émettre des doutes sur l’histoire – un brin fantaisiste -, de leurs « ancêtres extraterrestres » venus sur la terre c’est-à-dire les Annunakis, force est de reconnaître que leur civilisation était la plus avancée de l’époque. Bien avant les constructions monumentales égyptiennes, se dressait déjà en Mésopotamie, une pyramide dite « cimetière royal d’UR. » Elle fut bâtie à étages, comme le furent par la suite, les premières pyramides construites dans la Vallée du Nil. C’était aussi une pyramide de conservation des corps, bâtie il y a plus de 4 600 ans, c’est-à-dire entre -2650 et -2600, selon les identifications des deux rois d’UR : Meskaladung et Akalamdung. Ces rois sumériens furent tous enterrés avec leurs richesses personnelles : bijoux, or, argent, mobilier, vaisselles et pièces d’art à la manière des pharaons égyptiens. Notons que vers cette même époque sumérienne, se mettaient au point en Égypte, les merveilles architecturales de Imhotep, bâtisseur – sur ordre du pharaon Djeser de la IIIème dynastie -, du domaine funéraire de Saqqarah et sa pyramide à degrés. Avec ce que nous savons des connaissances des Sumériens, celles-ci ont sans nul doute bénéficié aux bâtisseurs des pyramides d’Égypte. L’édification des monuments du plateau de Gizeh par exemple, n’est pas le fait du hasard. D’une précision étonnante, ces pyramides sont bâties à cheval sur le 30ème parallèle et bien alignées sur les quatre points cardinaux. Cette merveille architecturale incorpore mystérieusement la valeur transcendantale du nombre Pie (3,141 592 653 589 793 238), qui représente le rapport constant du diamètre d’une sphère à sa circonférence. Les architectes de ces merveilles connaissaient parfaitement la forme et les dimensions de la terre. En fait sur une des tablettes d’argile découvertes chez les Sumériens, notre système solaire est décrit avec une impressionnante précision. On y voit le soleil, la terre avec toutes les planètes autour c’est-à-dire ce que nous savons seulement depuis trois siècles. Ils connaissaient aussi, il y a 6000 ans déjà, l’existence de Pluton que nos astronomes n’ont découvert qu’en 1930. Ainsi, des millénaires avant Copernic et Galilée, les Sumériens savaient que nous n’étions pas le centre de l’univers. Cependant, leur civilisation très avancée n’avait pas de défenses naturelles, de montagnes ou de déserts. Elle fut bâtie sur une immense plaine bien irriguée installée au milieu des grands flux migratoires qu’ont traversés tous les peuples de l’Antiquité. Une région aussi fertile était forcément attirante. La plupart des conquérants venus d’Asie ou d’Europe y ont donc pris pieds. Des monarques ou une partie de ses populations a dû chercher ailleurs un havre de paix sous des cieux plus cléments comme le Nord de l’Afrique. Ils se seraient greffés aux populations locales, apportant une contribution inestimable à la civilisation égyptienne. Certes les récits d’historiens comme Hérodote ou Diodore de Sicile, apportent des éléments, pouvant faire penser que le fabuleux patrimoine historique de la civilisation égyptienne, pouvait trouver sa source en’Afrique noire. Mais il n’existe aucune preuve sérieuse, attestant que les Égyptiens étaient tous des Négro-africains, au moment où ils édifièrent leur prestigieuse civilisation. En fait, ce pays qui est un carrefour entre les peuples de la Méditerranée, de l’Afrique et du Proche-Orient, était habité à l’origine par des populations immigrant du Sahara, pour s’installer dans la vallée du Nil. À l’époque du Sahara verdoyant et fertile, vivaient dans la région d’abord des populations paléolithiques de type Cro-Magnon du Nord de l »Afrique. De récentes découvertes – notamment celles de Paul Sereno, professeur à l’Université de Chicago et explorateur pour le National Geographic -, faites dans un cimetière préhistorique, nous apprennent un peu plus sur le peuplement ancien de la région nord de l’Afrique. Entre 7 et 5 mille ans avant la construction des pyramides, les peuples de chasseurs-cueilleurs les plus anciennement installés en ces lieux – plus massivement au centre du Sahara -, furent les Kiffians et les Ténéréens. Puis à « l’ère sapiens », le Sahara connut un peuplement assez complexe avec un premier groupe formé de populations dites à « Têtes rondes », qui deviendront des Bovidiens mélanodermes, c’est-à-dire des Nègres purs parlant une langue dite nilo-saharienne. A cela on pourrait aussi ajouter les ancêtres des Peuls, Négro-africains déjà métissés et parlant le niger-kordofanien. Le groupe le plus important semble être celui des Protoberbères, proches des Sémites actuels et dont la langue afro-asiatique, appartient – comme celle des Sémites -, au groupe de langues longtemps qualifié de chamito-sémitique. Puis d’autres populations assez nombreuses, beaucoup plus avancées – et encore plus proches de l’ethnie assimilée « blanche » des Protoberbères, que des négro-africains -, arrivèrent dans la région. Ces nouveaux venus qui avaient domestiqué le cheval et mis au point un type de char, étaient probablement originaires déjà, du Croissant Fertile. C’est lorsque le climat devint plus aride, que la plus grande partie de ces « Tassiliens » immigrèrent dans la vallée du Nil copieusement irriguée. Elles constitueront le premier véritable peuplement de l’Égypte. Dans cet ensemble figuraient certes depuis toujours, des Nègres « mélanodermes » et les ancêtres des Peuls, mais devenus très minoritaires au fil du temps. Une partie de ces populations négro-africaines ayant rejoint la vallée du Nil, s’est aussi assimilée et fondue dans ce creuset initial, notamment au Sud.
Une étude minutieuse de certains crânes pré-dynastiques découverts dans le sud égyptien, à Abidos et à Hou, dévoile leur origine typiquement négroïde. D’autres découvertes d’effigies égyptiennes semblent confirmer aussi la présence de Noirs, dans ce pays. Toutefois, au cours d’une époque où sa population devint plus homogène, les Égyptiens figuraient les Noirs nubiens – pourtant voisins négro-africains les plus proches d’eux -, dans de nombreuses représentations, en « étrangers » différents. Ce qui n’est pas le cas pour les Libyens comme sur les Plaques de faïence de la tombe de Ramsès III. D’où la simplification abusive d’égyptologues européens, qui classaient systématiquement les anciens Égyptiens dans la « race blanche », parce que vivant au nord du Tropique du Cancer et dans la « race noire », les Nubiens localisés au-delà du Tropique. Enfin, dix-neuf siècles avant notre ère, une stèle fut érigée par Sésostris III et portait cette inscription : Frontière sud, stèle élevée en l’an VIII, sous le règne de Sésostris III, roi de Haute et de Basse-Égypte, qui vit depuis toujours et pour l’éternité. La traversée de cette frontière par terre ou par eau, en barque ou avec des troupeaux est interdite à tout noir, à la seule exception de ceux qui désirent la franchir pour vendre ou acheter dans quelque comptoir. Ces derniers seront traités de façon hospitalière, mais il est à jamais interdit à tout noir, dans tous les cas, de descendre le fleuve en barque au-delà de Heh. Tous ces éléments incitent logiquement, à penser qu’une population noire, n’a jamais été majoritaire en Égypte. Autrement comment expliquer que des 74 Millions d’Égyptiens actuels, on ne recense qu’une très infime minorité de Noirs, souvent qualifiés de « Abd » ou « Zenjis » (esclaves), par leurs compatriotes, parce que généralement descendants de concubines noires qui meublaient les harems des sultans au cours de la traite négrière arabo-musulmane. Il est vrai qu’à l’inverse de leurs compatriotes caucasiens, certains Égyptiens – comme beaucoup de Nord-Africains -, affichent des traits dits « négroïdes. » Des études génétiques sur les populations maghrébines, révèlent aussi des traces « négroïdes » persistantes dans le patrimoine génétique des Maghrébins. Ceci dans un déséquilibre entre les lignées matrilinéaires sub-sahariennes qui représentent 25 % d’une part et d’autre part, des lignées patrilinéaires nord-africaines avec des pics a 40 %, notamment pour les Sahraouis et les Mauritaniens. Les lignées patrilinéaires sub-sahariennes (ou négroïdes) quant à elles, ne représentent qu’un infime pourcentage, voire inexistantes. Ce déséquilibre s’explique par un afflux massif de femmes sub-sahariennes (des harems), car les hommes nègres eux, étaient écartés de la reproduction du fait de castration massive, d’infanticide ou d’abstinence pour les rares « virils » généralement combattants. » Enfin, la quasi-disparition des Noirs en Égypte, ne saurait s’expliquer par exode massif, fuite volontaire ou même par ce génocide que fut la castration généralisée des Noirs au cours de la traite arabo-musulmane. Ces bouleversements catastrophiques des peuples, n’ont au demeurant, jamais réussi dans l’histoire de l’humanité, à rayer totalement de la carte ethnique d’un pays, sa composante « autochtone » et originellement majoritaire. Les rescapés amérindiens et aborigènes en sont un témoignage vivant.
La 25ème dynastie d’Egypte, seule marque négro-africaine prouvée de la civilisation pharaonique
Du point de vue strictement historique et anthropologique, en dépit d’une présence avérée de populations noires dans l’Égypte antique – et beaucoup plus récemment en période d’esclavage -, la seule réalité qui demeure – quant à sa marque culturelle, économique ou politique -, est l’unanimité sur les origines ethniques des pharaons de la XXVème dynastie dite aussi « éthiopienne. » La Négritude de ces monarques ayant régné dans ce pays est attestée par l’histoire. Parce que ces quatre souverains non égyptiens, étaient originaires du bassin de Dongola, dans le nord de l’actuel Soudan. Ces pharaons noirs de la dynastie couchite ont conservé à tort, jusqu’à une période récente, le nom de rois éthiopiens, qui leur avait été donné dans l’Antiquité, du mot grec aethiops qui signifie « face brûlée. » Alors que la XXVème dynastie était bien Nubienne. C’est le roi Piyé Menkheperret (747-715), surnommé « le Vivant », fils du roi napatéen Kashta, qui fut à l’origine de cet exploit. Il avait organisé une expédition militaire le long du Nil pour défendre ses États, alors sous tutelle des souverains de l’Égypte du sud, la coalition des forces de l’Égypte du Nord avec les Libyens se précisant. Les Nubiens finiront par battre Tefnakht, pharaon de la XXIVème dynastie, et son fils Bocchoris. C’est l’issue de cette guerre qui conduira les Couchites nubiens à s’emparer du trône d’Égypte. Piyé, inaugura ainsi une lignée de pharaons noirs, qui sera celle de la XXVème dynastie, symbole de la seule véritable marque de pouvoir négro-africain dans l’histoire de ce pays. Dans cette région du continent noir, il y eut sans aucun doute cohabitation entre Négro africains et Protoberbères depuis les origines du peuplement du Sahara, comme le note la préhistorienne algérienne Malika Hachid (Le Tassili des Ajjers, préface de Théodore Monod.) Par la suite des interactions très étendues entre les peuples du Nord du continent et ceux de la partie subsaharienne et dans les deux sens, ont laissé des traces indélébiles. Et c’est probablement au cours de mouvements de populations, que les ancêtres des Peuls, éleveurs itinérants et nomades depuis presque toujours, ont diffusé au sein de nombreuses sociétés négro-africaines, des fragments de cultures et des croyances, qui se retrouvent aujourd’hui à la fois en Égypte et dans l’Afrique noire.
C’est à partir de ces éléments que spéculent certains chercheurs afrocentristes, qui se perdent en conjectures en cherchant à rattacher exclusivement la civilisation égyptienne à l’Afrique noire. Alors que les Égyptiens, comme la plupart des peuples du Nord de l’Afrique donnant sur la Méditerranée, échangèrent pendant longtemps – et probablement en priorité -, leurs connaissances et leurs expériences avec des peuples et des cultures du Moyen – Orient, de l’Europe et de l’Asie. Ce qui a ainsi logiquement engendré un développement culturel multicentré dans l’ancienne Méditerranée orientale. Il serait tout simplement illusoire, de chercher à « négrifier » cette civilisation, en éliminant ses apports sémitiques ou indo-européens, comme son héritage culturel. Elle eut des « marques » africaines, mais aussi d’autres plus importantes et venant de peuples non originaires du continent noir. Car si l’apport des civilisations négro-africaines – dans de nombreux domaines -, au patrimoine universel est aujourd’hui indiscutable, l’Afrique noire fut l’une des rares parties du monde ; longtemps restées hors de cette forme d’enrichissement « diffusable » et favorisé par l’écriture. Pendant que celle-ci bénéficiait aux peuples du Croissant Fertile, à ceux d’Europe et d’Asie, la plupart de ses sociétés sont restées et restent pour l’essentiel orales. Ceci explique, qu’elles n’aient pas véritablement profité à temps, des foisonnements scientifiques qui se jouaient chez les bâtisseurs de « Mésopotamie sumérienne », d’Égypte, de Grèce ou de Rome. Ce pourquoi sans doute, on ne trouve pas traces en Afrique subsaharienne – excepté le Grand Zimbabwe -, d’équivalents des vestiges de URUK, des monuments de Gizeh, de Abou Sembel ou même beaucoup plus proches de nous, de Venise ou de Constantinople. Parce que pour bâtir des civilisations comme celles de l’Égypte pharaonique, de Venise ou de Constantinople, on a besoin d’autres choses que de griots ou de marabouts. Aussi, l’Afrique noire ne saurait être historiquement, la source unique et culturelle de la civilisation égyptienne. Persister à vouloir démontrer le contraire, serait une de ces démarches peu scientifiques et que l’on pourrait assimiler à ce que Nietzsche appelait : « une tentative de se donner, comme a posteriori, un passé dont on voudrait être issu par opposition à celui dont on est vraiment issu » ? Au commencement du miracle égyptien, bien avant les invasions des Hyksos, Nubiens, Grecs et autres Romains, des peuples venus du Sud de l’Irak actuel, seraient arrivés en Égypte apportant avec eux un savoir technologique beaucoup plus avancé et qui servit de ressort au décollage de la civilisation primitive égyptienne et de son évolution future. Ces hommes furent réellement les premiers colonisateurs et probables initiateurs des temps dynastiques. Sans doute de la même manière que les apports des premiers immigrants Étrusques ont servi de catalyseurs à la civilisation romaine. On sait aussi qu’une part considérable de ce que nous attribuons à la civilisation grecque ancienne, avait eu des antécédents clairement identifiables dans des cultures voisines établies de longue date. Pour ce qui est de l’Égypte, l’historien juif du Ier siècle, Flavius Joseph, parlait déjà d’une immigration préhistorique de peuples mésopotamiens dans ce pays. Ces « immigrants bâtisseurs », le Livre de la Genèse les qualifient de « Fils de Cham » l’un des trois enfants de Noé, maudit par son père et que l’on aurait abusivement désigné, comme l’ancêtre des peuples noirs. La confusion avec une « Égypte négro-africaine » viendrait probablement de cette interprétation. Mais légende biblique ou vérité historique, ceci comme dirait Kipling, est une autre histoire…

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