Fado

De Kettly Mars

Fatum de la déglingue

Ça commence comme un roman de mœurs : englués dans les routines conjugales, Annaïse et Léo ont fini par divorcer. Ou plutôt, car l’histoire est racontée par Annaïse, Léo l’a quittée, pour une plus jeune et qui a réussi à lui engendrer un fils. Annaïse est conceptrice dans les métiers de l’imprimerie et de la publicité, Léo est banquier, Annaïse est stérile, du moins le croit-elle. Ils habitent dans les hauteurs. Léo a offert une nouvelle voiture à Annaïse, qui a gardé la maison. Les hommes riches ont parfois de ces attentions avec leur(s) ex. Mais immédiatement, comme un doute s’insinue dans cette histoire de l’entre deux, et qui est le spectre d’autres présences. La voix d’Amalia Rodrigues, la chanteuse de fado, cette musique de la nostalgie des morts, de la dépossession du passé, de l’amour inassouvi et de l’amertume que rumine le chagrin, comme trouvant dans ce ressassement la véritable origine de toute passion, s’élève dès les premiers mots. Il faut y prendre garde : le fado, cette forme musicale aux origines afro-brésiliennes porte aussi en lui cette part intraduisible, la saudade, qui est comme cette nostalgie de ce qui va advenir, et que la chimie des sentiments peut à tout moment précipiter. Il est bien ici encore question d’une forme de l’hybridité : le fado, c’est ce révélateur des dissentiments internes qui entraînent jusque dans l’éréthisme. Les dictatures ne supportent pas le délire de l’imagination. Pour mieux en assurer le contrôle, et en atténuer le caractère subversif, le gouvern...

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