En chevauchant les nuages

De la Cie Yun Chane (La Réunion)

Chorégraphie : Yun Chane
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Une terre qui habille les hommes
Pièce étonnante que cette cinquième création de la Compagnie réunionnaise que dirige la danseuse et chorégraphe Yun Chane. Celle-ci insuffle dans son travail une esthétique de la créolité qui puise au coeur des expressions contemporaines et interroge  » l’entre-dit « , la déchirure, la fente… cet infini entre l’être et l’identité qu’on cherche à endosser, cet habit unique qui ne peut vêtir la pluralité.
Un immense kimono qui se dresse au-dessus du plateau comme un totem, figure anthropomorphique du divin, d’une force tutélaire couleur de terre et de nuage, couleur de rêve, mais aussi figure vide à habiter, habit déserté à investir… et trois corps quasi nus, à peine couverts d’un costume couleur chair, moulant comme un bas.
C’est là que se joue toute la tension dramaturgique de la chorégraphie de Yun Chane : un habit démesuré et trois petits corps rampants à ses pieds, un seul vêtement pour trois corps, trois corps larvaires qui ondulent comme rivés au sol, puis dans un deuxième mouvement, s’arrachent peu à peu à l’attraction terrestre dans une espèce de mouvement d’attraction des corps qui se soulèvent les uns les autres. C’est alors que naissent des individualités dont les visages se redressent pour s’élancer dans les hauteurs du théâtre en escaladant l’habit totémique, en explorant tous ses replis, toutes ses coutures. Puis, dans un mouvement qui achève le spectacle, les danseuses chaussent de hautes socques de bois chinoises, avant de déployer leurs membres et toute l’énergie tellurique qui les traverse, bien campées sur leurs jambes, juchées sur leurs espèces de cothurnes, qu’elles secouent comme des castagnettes et qu’elles font retentir sur le sol comme des sabots, faisant entendre une  » bourrée flamenco à la mode orientale  » : danse de l’entre-deux qui oscille entre la danse harmonieuse d’un terroir pluriculturel et l’expression explosive d’une danse guerrière annonciatrice de violences.
Trouver l’équilibre qui préserve de la  » chute identitaire  » : un engagement pour Yun Chane aussi esthétique que politique.

Musique : E. Siddha-Chetty, Rodolphe, Henry et Johane
Partition percussive : Jean Amemoutou
Scénographie et costumes : Florence Drachster
Lumières : Patrick Prie et Olivier Boulesteix
avec Yun Chane, Emilie Martinez et Emmanuelle Gouiard///Article N° : 1493

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