entretien de Samy Nja Kwa avec Bertrand De Laporte

Directeur du festival Musiques sur l'île à Nantes

Les 11, 12 et 13 juillet 2002 s’est tenue la 4e édition du festival Musiques sur l’île de Nantes. Trois jours animés par Lulendo, la création Manu Dibango / Ray Lema, le groupe malgache Njava et en clôture le groupe de reggae Mister Gang. Rencontre avec son directeur.

Vous semblez tout faire dans ce festival, quelle est exactement votre fonction ?
Je suis responsable de la mise en œuvre du festival sur le plan artistique et je fais le lien entre la logistique et l’artistique. Je crois qu’un festival est un tout : même si je n’ai pas à m’occuper de la technique, je dois être décideur en dernière instance. Je ne suis pas qu’un programmateur, je considère que mon rôle va largement au-delà du simple choix artistique.
Il y a quelques années, le festival avait lieu au château, en plein centre-ville de Nantes. Qu’est ce qui a motivé ce changement d’emplacement ?
C’est tout simplement parce que ce n’était plus possible de la faire au château. Donc on a cherché différents endroits, et le site où nous sommes était un des seuls qui laisse assez de place et qui a un sens dans l’histoire de la ville : c’est un ancien chantier naval et c’est un futur centre de Nantes.
Sachant qu’à travers la France, il y a de plus en plus de festivals de musiques du monde, est-il facile de gagner de l’argent et de vivre ?
De toutes les façons, les musiques du monde n’ont jamais rapporté d’argent. Et puis aucun festival ne rapporte de l’argent. Si le festival nétait pas subventionné, il serait mort depuis longtemps. Ou alors, il serait organisé et financé autrement. Peut-être avec plus de sponsors privés. Et puis notez que très peu d’artistes gagnent leur vie de manière correcte en faisant des musiques du monde.
Comme se finance votre festival ?
Ce festival est financé pour 70% par des subventions et les 30% représentent un financement propre (billetterie, bar, restauration…)
Pour un budget de… 
Cette année 3,2 millions de francs.
Comment se fait la programmation ?
C’est une alchimie entre ses préférences, ses envies, ses moyens financiers, la capacité à l’artiste à tourner ou pas. Manu Dibango et Ray Lema, ça aurait bien pu ne pas se faire si les deux « papy » avaient décidé de ne pas bosser. On ne peut pas vraiment mettre cette alchimie en équation, c’est quelque chose que parfois moi-même je ne comprends pas. Il y a des moments où il y a du feeling, de l’émotion qui passe, en général, je fonctionne au coup de cœur.
Dans le cas de Manu Dibango et Ray Lema, c’est une création, de surcroît africaine, qui est une première dans un festival de musiques du monde. Est-ce quelque chose que vous comptez développer pour les prochaines éditions ?
Si Dieu et la ville de Nantes me prêtent vie, c’est une chose que j’aimerais développer, je ne peux pas tout révéler pour l’instant, mais j’y pense.
Considérez-vous ce festival comme la vitrine de la ville de Nantes ?
C’est la question qui se pose actuellement. C’est à la ville de mettre ou pas tout ça dans son cahier des charges et ensuite de me donner les moyens d’être une belle vitrine, mais ce n’est pas trop ma préoccupation, qui est plutôt de faire en sorte qu’il y ait un public nombreux et conséquent, de permettre aux artistes de jouer, de montrer ce qu’ils savent faire. Je suis du côté des artistes, même si parfois je me bats contre eux (je négocie etc), mais je suis de leur côté.
Cette année, le festival est passé de 5 à 3 jours : pourquoi ?
Suite aux difficultés financières de l’année dernière, on a été obligé de réduire le nombre de jours…
Le festival a-t-il trouvé sa vitesse de croisière ?
Non, on la cherche. On a eu des éditions fantastiques, d’autres qui n’ont pas marché et je ne sais pas pourquoi. Il n’y a pas de recette.

///Article N° : 2520

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