entretien d’Olivier Barlet avec Joseph Bitamba

Bujumbura, mars 1998
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Comment avez-vous pu réaliser le Métis ?
Le Métis a été coproduit par la Radio-télévision nationale du Burundi et Lorelei avec un financement Coopération française et ACCT.
Comment a-t-il été reçu quand il a été diffusé à la télévision burundaise ?
La nouveauté du sujet a été appréciée. Alors qu’on parle toujours d’antagonisme entre les deux ethnies, le film montrait à travers le personnage d’Eric qu’elles peuvent avoir un avenir commun. Les changements politiques ont ouvert un processus de paix et de dialogue dans la société qui rendent ce message recevable.
Les deux groupes sont-ils toujours considérés comme des ethnies ?
Absolument. On essaye d’insister sur notre ressemblance mais, à la faveur des massacres, les gens se sont confinés dans leurs ethnies : on a assisté à une balkanisation des quartiers, à des déplacements de populations obligées de fuir. Chacun se reconnaissait dans un groupe et la folie dominait. Aujourd’hui, le discours de reconstruction commune domine. Nous voudrions que les générations futures ne connaissent pas ce que nous avons vécu.
Les artistes sont-il nombreux à promouvoir la tolérance ?
Oui. Les chansons par exemple parlent de paix et d’amour. C’est l’addition de ces messages qui ont permis à la société de résister et de ne pas s’écrouler. A force de les entendre à la télé, on recommence à croire à la paix.
Qu’est-ce qui a pu fonder la différence ?
Pour moi, il n’y a aucune différence. Elle n’a été encouragée que pour accéder au pouvoir. En l’absence de programme de développement, on attribuait les malheurs à l’autre groupe. Les intellectuels ont une grande part de responsabilité. Ce n’est pas des paysans que sont venus les antagonismes. Ils ont été planifiés.
Comment en êtes-vous arrivé à obtenir un tel naturel de vos personnages du Métis ?
Cela fait une dizaine d’années que je suis proche des enfants des rues. Je les invite parfois à la télé pour intervenir dans des émissions. Nous avons de très bons rapports. Ils sont devenus trop nombreux aujourd’hui mais je connais encore bien le groupe de départ.
Pourquoi avoir choisi de les faire dialoguer avec un ancien premier ministre ?
Parce qu’il a eu des problèmes lui-même car il est aussi métis. On lui demandait de choisir son camp, ce qu’il a refusé. A ce moment-là, le fait d’être métis l’a empêché de gouverner.
Arrive-t-on encore à produire de l’audiovisuel ?
Au Burundi, on a un matériel acceptable et une dizaine de réalisateurs qui tournent. Au Rwanda, c’est le redémarrage. De l’époque du génocide, il ne reste que deux réalisateurs. Ce qui est symbolique, c’est qu’ils habitaient ensemble et que l’un est Hutu et l’autre Tutsi. Ils n’ont pas fui, sont restés dans leur maison et ne savent comment ils ont survécu !

///Article N° : 339

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