entretien d’Olivier Barlet avec Melvin van Peebles

Cannes 2000
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Votre film n’est-il pas une poursuite de votre analyse impertinente de l’image du Noir dans nos sociétés ?
Oui, il y a ça mais c’est avant tout un amusement : je mêle les choses que j’aime et qui m’amusent. Je fais du cinéma comme je fais la cuisine. Je n’ai jamais appris le cinéma à l’école. C’est une chance ! Et du coup, je ne m’arrête pas à des codes. J’invente des trucs pour servir l’histoire.
Avec ce film, vous avez utilisé les ficelles du numérique mais aussi avec des trucages d’amateur qui fonctionnent finalement très bien.
Oui, j’ai trafiqué pas mal de scènes : j’ai monté le contraste, baissé les couleurs… Le numérique permet beaucoup de choses. Je suis sûr que la DV a permis de faire mieux qu’avec de la pellicule classique. Tous ces trucages sont impossibles en 35 mm : il faudrait un budget colossal ! Le grand avantage est aussi qu’on peut suivre son travail sans faire des allers-retours entre le laboratoire et le lieu de tournage. Et on peut tout retravailler ensuite, améliorer l’orchestration…
Justement, côté son comme côté image, on est frappé par le côté méticuleux du film, le sens du détail, comme ces boucles d’oreilles qui sonnent plus fort que nature…
Ah, vous avez l’oreille d’un critique ! Le spectateur sent que quelque chose est étonnant mais n’analyse pas forcément quoi. J’ai effectivement poussé le bruit des boucles d’oreille d’Andréa Ferreol quand elle discute avec le maire. Le mixeur voulait m’en empêcher mais j’ai dit que j’aimais bien !

Melvin van Peebles, l’empêcheur de penser en rond
Réalisateur et scénariste, c’est avec « Sweet Sweetback’s Baadasssss Song » que Melvin van Peebles devient célèbre. Oeuvre provocante, chaotique et lyrique du Charlie Parker du cinéma noir-américain, cette course débridée contre les préjugés racistes d’un jeune Noir pourchassé par la police ouvrira la porte d’une prise en main du cinéma par les Noirs américains. Son fils, Mario van Peebles, acteur réputé, a notamment réalisé « New Jack City ». Ensemble, le père au scénario et le fils à la réalisation, ils ont fait « Panther » sur l’histoire des Black Panthers.///Article N° : 1554

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