Errances ou Le voyage intérieur de Patrice Lumumba

De Anita Van Belle (Communauté Wallonie-Bruxelles)

Mise en scène : Alougbine Dine (Bénin)
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Une fanfare infernale
Ils portent tous des salopettes couleur prune avec un petit badge jaune au côté. C’est le costume du gardien de supermarché qui comme Jacob s’endort pour faire un rêve initiatique et dont Alougbine Dine a démultiplié la figure de passeur à la Orphée avec son mvett en guise de lyre à dos de tortue, en une figure plus chorale. Son oreiller n’est pas une pierre, mais un sac d’herbes magiques, il ne voit ni anges, ni échelle céleste, mais descend à la rive d’un fleuve où il rencontre l’âme errante de Patrice Lumumba. Commence alors un long voyage de retour où les méandres de l’existence du révolutionnaire idéaliste se mêlent aux flots de l’histoire africaine et de ses rencontres intempestives avec l’Occident. Voyage dans le monde de l’au-delà pour remonter le fleuve et retrouver la paix d’une sépulture, cette descente aux enfers où Lumumba revit étape par étape les grandes rencontres de sa vie aurait pu être une tragédie, voire une épopée, mais Alougbine Dine a choisi de la traiter sous un autre angle, non pas celui du tragique, mais celui du burlesque, non pas celui du lyrisme, mais celui de la dérision. Patrice Lumumba n’est ni un héros ni un martyr, ni l’Agamemnon sacrifié de la tragédie grecque, ni le Roland libérateur de notre épopée nationale.
Pour figurer la rencontre entre l’Afrique et l’Occident, le metteur en scène fait se rencontrer dans un curieux dialogue acoustique des univers musicaux diamétralement opposés : le mvett et ces trois calebasses orphiques face à une batterie sur roulettes avec sa grosse caisse et ses cymbales, des feux de position et un gyrophare qui arrive comme une voiture de pompiers clinquante et tonitruante, poussée par un personnage en chéchia et burnous fort comme un turc, image du génie d’Aladin, espèce de suiveur qui joue du trombone à coulisse. La fanfare couvre les accents de la lyre d’Orphée. La mise en scène se fait ainsi souvent très corrosive, et le grinçant remplace le pathétique. Manifestement Alougbine Dine a choisi de ne pas gratter les plaies encore purulentes de l’Afrique, mais d’y saupoudrer le sel qui picote et qui réveille. Africains et Européens, tout le monde en prend pour son grade.

L’Atelier Nomade (Bénin)
avec Nicolas Allwright (France), Théodore Béhanzin (Bénin), Fidèle Gbegnon (Bénin), Ange-Marie Badou (Bénin), Erick Hounpke (Bénin), Mékonougbé Alexandre Houssa-Gansi (Bénin), Yves M’Bah (Gabon)
Griotte : Mama Diabaté (Guinée-Conakry),
Joueuse de mvett :Yvonne N’Doumbe Matella (Cameroun)
Saxophoniste : Mayena Malakani Paul (Congo)
Guitariste : Yves M’Bah (Gabon)///Article N° : 1091

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