Limoges 99 : sous le signe du voyage

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Errances, le spectacle béninois et sa descente avec Patrice Lumumba dans le monde de l’au-delà, Exils et le train  » transfrancophonien  » des Québécois qui nous a fait traverser le Canada,  » Agar, La partance  » le personnage du texte du Marocain Brahim Hanaï, monté par Serge Tranvouez, la gare désaffectée de Williams Sassine dans Les Indépendan-tristes…. et jusqu’au drôle de vaisseau intergalactique de l’affiche, cette 16e édition du Festival International des Francophonies était sous le signe du voyage et du départ, celui aussi de Monique Blin qui a choisi de passer le relais et de s’embarquer pour d’autres aventures aux termes d’une Odyssée limougeaude riche en rencontres et en découvertes.
Même s’il n’y a pas eu cette année de spectacle théâtral africain phare pour illuminer le festival qui allait dire adieu à sa créatrice et marraine, la programmation a eu l’immense mérite d’apporter la preuve qu’il existe dans la création africaine contemporaine de grands chorégraphes, de vrais metteurs en scène, des comédiens de talent, et bien sûr des auteurs étonnants, mais Limoges le démontre depuis déjà onze ans avec sa maison des auteurs qui a vu passer nombre de dramaturges d’Afrique et d’ailleurs.
C’est ainsi que la belle et plantureuse chorégraphe Irène Tassembédo qui présentait Kobendè au Grand Théâtre a trouvé enfin un espace à la mesure de son travail. Cette pièce chorégraphique au souffle épique était restée confinée lors de sa création à Rennes dans le petit théâtre de la Parcheminerie, mais elle a pu ici donner toute son ampleur.(Voir Africultures n°14) Le spectacle a transporté le public de Limoges : entièrement sous le charme des images contrastées où s’affrontent les deux versants d’une humanité souffrante, mais finalement jamais vraiment résignée même dans les moments de détresse et de doute intense, les spectateurs firent une ovation à la chorégraphe burkinabè.
Très constructif aussi le projet conçu autour d’Errances. Il a donné l’occasion au metteur en scène béninois Alougbine Dine qui avait monté avec l’Atelier Nomade La Ligne de l’Américain Israël Horovitz présentée au MASA 99 (Voir Africultures n°18), de s’emparer cette fois du texte de l’auteure contemporaine belge Anita Van Belle et de renverser l’ordonnancement habituel des rapports de forces artistiques entre Afrique et Occident. Quant à l’adaptation à la scène des Travaux d’Ariane, la nouvelle de Caya Makhélé, par Gérard Navas, elle a offert à Anne-Marie Bere un monologue d’une grande force émotive qui a révélé ses qualités de comédienne. Et n’oublions pas Les Indépendan-tristes montée par Jean-Claude Idée, un projet symbolique auquel tenait beaucoup Monique Blin, qui non seulement permit de saluer le regretté William Sassine et de lui rendre hommage, mais a aussi mis sous les projecteurs les jeunes espoirs du théâtre sénégalais que représentent les comédiens des 7 Koûss.
La programmation n’avait pas non plus oublié le jeune public, emportant les spectateurs de Limoges dans des voyages exaltants au coeur du monde merveilleux des légendes d’Afrique avec Atakoun, un conte théâtralisé par l’équipe toujours aussi drôle et dynamique du Théâtre Wassangari ou  » Minkana et Milan  » un spectacle à une voix de Binda N’gazolo qui vous faisait entrer dans l’univers mythologique du Mvett. (cf. le dossier)
Croisière intersidérale dans le monde des lettres aussi, grâce à l’éditeur Emile Lansman et ses  » cinq à sept  » sous le chapiteau, grâce aux tables rondes toujours très pétillantes, notamment celle animée par Bruno Tillette de la Revue Noire et qui nous a permis de faire connaissance avec les auteurs en résidence, jeunes étoiles de la littérature africaine qui pour certaines brillent déjà de tous leurs feux, comme le romancier et éditeur malien Moussa Konaté ou le philosophe congolais Auguste Makaya, tandis que d’autres commencent à peine à scintiller dans le firmament des lettres, comme Ludovic Obiang du Gabon, Louis Camara du Sénégal ou Mumbere Mujomba de la République Démocratique du Congo. On a pu aussi, à l’occasion des lectures scéniques, organisées au Théâtre Expression Sept, entendre les textes inédits du Béninois José Plya (Le masque de Sika) ainsi que du Congolais Maxime N’Debeka, et s’émouvoir du poignant témoignage du burundais Joseph Kirahagazwe auquel le festival avait accordé un espace de parole sous le chapiteau.
Voyage musical enfin, et envolées lyriques aux rythmes de l’accordéon de Régis Gizavo, lauréat Découverte RFI, des concerts du groupe réunionnais Faham et surtout ceux de la célèbre griotte Fantani Touré venue du pays Mandingue et qui le soir du 26 octobre, à l’occasion d’une fête en l’honneur de Monique Blin rendit hommage en chanson au nom de tous les artistes d’Afrique à la grande dame de Limoges qui a tant fait pour la création contemporaine africaine.

///Article N° : 1087

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Les images de l'article
Agar des cimetières de Brahim Hanaï © DR
Fantani Toure (Mali) © DR




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