Exhibit B : un spectacle à critiquer

Editorial

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Alors que ce spectacle fait polémique et provoque des manifestations de réprobation et des demandes d’interdiction, la position d’Africultures.

Depuis 17 ans, Africultures documente et propose des éclairages critiques sur les expressions culturelles africaines contemporaines, avec pour but premier de contribuer à la reconnaissance de leur apport au monde et au respect de la dignité des peuples qui les engendre, et partant de tout être humain. Dans leur immense majorité et dès qu’elles ont pu se faire entendre, ces expressions artistiques ont eu pour revendication leur appartenance au monde et leur droit au métissage, sur un pied d’égalité, sans rancune mais clairement engagées contre toute forme de discrimination.
Voici que la programmation d’Exhibit B dans un centre national d’art dramatique et les réactions épidermiques qu’entraîne sa volonté de représenter le racisme pour mieux l’éradiquer repose la question de la race dans le débat public, alors même que l’enjeu de notre combat est de sortir de l’inégalité que sous-tend ce concept dont on connaît l’inexistence scientifique.
Il nous importe donc de documenter ce débat pour en poser les termes, ce que fait dans son article Claire Diao (cf. article n°12563). Et cela en gardant en vue que nous défendons avant tout l’art et la création comme réponse, comme espace de dépassement et non de cristallisation des dualités, oppositions et hiérarchies.
Certes, les réactions en chaîne, gonflées par l’exacerbation du mépris et des discriminations dans l’espace public, sont symptomatiques d’un ras-le-bol légitime, celui d’une invisibilité, d’une mise de côté, d’une absence de prise en compte de la richesse de la diversité. Sans cette reconnaissance, pas d’égalité, pas de dignité. Certains termes employés manquent dès lors de recul, et risquent d’être interprétés comme un repli sur soi quand ils signifient en fait cette exigence d’existence au grand jour. Il est clair que la race ne saurait être un argument d’authenticité : ces deux termes réducteurs et discriminants forment un couple bien trop rigide !
Mais au-delà des fixations identitaires, un enjeu critique nous paraît essentiel : la revendication d’égalité ne passe pas par l’étalage victimaire des maux subis ou par leur mauvaise conscience, mais par l’éclat de la vitalité à l’œuvre dans toutes les formes de résistance et de sublimation. Il n’y a rien à nier, mais il y a tout à célébrer, car c’est ainsi que se construit l’espoir. C’est cette célébration joyeuse, en pleine conscience de la tragicomédie permanente que se jouent nos sociétés dans le traitement de leur diversité, que nous défendons dans nos analyses. Nous ne pouvons dès lors soutenir un dispositif artistique qui fait de la douleur un spectacle, fusse-t-il accusateur. L’ambiguïté rejaillit, qui génère l’indignation et la blessure chez les personnes concernées, et la stérile auto-flagellation chez les autres. Nous comprenons l’intention, mais ne pouvons adhérer à cette mise en œuvre.
Il ne s’agit pas pour autant d’interdire un tel spectacle, mais, dans le respect de l’intelligence du spectateur, de le critiquer, et ainsi de lui opposer les expressions artistiques qui illuminent le monde.

Lire la critique du spectacle par Sylvie Chalaye : (critique n°12596)///Article N° : 12593

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