Fespaco 99 : quelle nouvelle voie ?

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Qu’on le veuille ou non, un palmarès est un message. Il exprime les compromis qu’opère un jury de sensibilités diverses mais pour le grand prix, celui-ci doit trancher. Le Fespaco 99 a couronné un film adulé du public africain, et pour la première fois de son histoire, une comédie: « Pièces d’identité ».  » Peut-être que ce jury a voulu donner une nouvelle direction au cinéma africain, ou en tout cas élargir le champ « , déclare le réalisateur du film primé, Ngangura Mweze. Une nouvelle voie ? La volonté d’un cinéma populaire de qualité. Deux mots antinomiques ?
Un film apportait une évidente réponse : La Petite vendeuse de soleil du regretté Djibril Diop Mambéty, et c’est pourquoi nous l’avons mis spécialement en exergue. Par l’émotion qu’il procure à tout public, il nous prouve que le cinéma est, comme tout art, affaire de créateurs libres et que c’est ainsi qu’il trouvera son public. Laissons donc de côté les oppositions stériles entre culture et rentabilité. Le public est partout plus intelligent qu’on ne le croit et sait réserver des surprises.
A Paris, Atria ferme ses portes, le retrait des subventions lui coupant l’herbe sous les pieds : un lieu s’éteint, qui fut durant 20 ans le principal soutien des réalisateurs africains. Justement un lieu en quête de liberté, cette indépendance essentielle pour laquelle s’est battue Andrée Davanture :  » Peut-être ne sommes-nous pas assez libres dans nos têtes pour percevoir dans les balbutiements de ces naissances difficiles les aspirations à une réelle liberté « .
A Ouaga, le directeur du CNC français brillait par son absence. Le troisième millénaire verra probablement se tarir la perfusion dont bénéficiaient les cinémas d’Afrique, que la manne européenne ne pourra remplacer. Reconquérir son public est une réponse urgente. Et si cette reconquête ne se situait pas dans une opposition culture/rentabilité mais plutôt dans un couple indépendance/créativité ?
Des films vus au Fespaco nous le confirment : de nouvelles voies s’essayent dans des écritures indépendantes, tant financièrement que formellement, dans une liberté de ton, sorte de nouvelle vague proche du quotidien où la caméra joue la spontanéité pour capter l’intimité de l’humain. A Waalo Fendo, Silmandé et La Vie sur terre dans les longs métrages répondent en écho des courts métrages novateurs et des recherches documentaires engagées (cf. article).
Cela n’empêche pas les cinémas d’Afrique d’apporter magistralement, comme dans La Genèse, L’Arche du désert et Fools, leur Parole pour le monde. Ne cherchons pas dans cette dualité une opposition mais une complémentarité, car ces voies se rejoignent manifestement dans l’indépendance et la créativité.

Ce dossier, qui aborde tous les films de la compétition, ne revient cependant pas en détails sur ceux dont la critique a déjà été publiée  :
Fools, de Ramadan Suleman : n°1 (avec interview du réalisateur) ;
L’Arche du Désert, de Mohamed Chouikh : n°4.
La Montagne de Baya, d’Azzedine Meddour : n°4 (avec interview du réalisateur).
La Vie sur terre, d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie) : n°10 (avec une interview du réalisateur) ;
Silmandé (Tourbillon), de Pierre Yameogo : n°13 (avec interview du réalisateur).///Article N° : 830

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