Fiche Groupe
Musique
Desert Rebel
France, Mauritanie

Français

« Desert rebel » est une rencontre entre des musiciens du « Nord » et d’autres du « Sud », une aventure musicale hors du commun qui lance le concept de culture équitable.
Farid Merabet et François Bergeron sont à l’initiative de ce projet. Ils sont partis du constat qu’il y a finalement énormément de richesses liées à la culture sur la planète, mais que cet argent se retrouvait quasiment toujours au même endroit, c’est-à-dire dans les pays du Nord. Leur idée a été d’adapter l’équitable à la culture, d’établir une charte de fonctionnement et de faire en sorte qu’il y ait un retour financier pour tous les acteurs du projet.
De nombreux musiciens ont participé à ce travail collectif, parmi lesquels Guizmo du groupe Tryo, Daniel Jamet, ex-guitariste de la Mano Negra actuellement avec Mano Solo, Amazigh Kateb de Gnawa Diffusion, Abdallah Ag Oumbadougou, guitariste de la rébellion touareg, et Imhotep d’IAM.
Ce qui a poussé Guizmo à participer à l’aventure ? « J’ai rencontré Farid et François au Festival d’été de Québec en 2004. J’ai voulu y participer en tant qu’artiste parce que ce genre de choses, comme l’idée de la taxe Tobin par exemple, me touche beaucoup. Et puis, l’idée de prendre l’avion avec tous ces musiciens, évidemment j’ai dit oui tout de suite ! »
Un sentiment partagé par Daniel Jamet: « On voulait montrer qu’on peut faire de la musique collectivement et qu’on peut la vendre dans un contexte de culture équitable complètement transparent dans lequel tout le monde y trouve son compte. Parce qu’il faudrait peut-être que les gens gardent un minimum le sens des réalités, et qu’ils arrêtent de s’imaginer qu’un artiste ça vit d’amour et d’eau fraîche. Les artistes ça a besoin de s’organiser, ça a besoin de manger, de se loger, de s’habiller comme tout le monde. Ils ont aussi besoin de matos, de carburant pour le camion. Et encore, pour nous qui sommes des artistes un petit peu connus en Europe, c’est une chose, mais pour des musiciens d’un pays comme le Niger, c’est des problèmes quotidiens ! Ils ont donc encore plus besoin que nous de gens qui s’intéressent à ce qu’ils font. En plus de ça, les touaregs, c’est une civilisation qui est quand même menacée d’extinction, qu’il faut aider à se défendre. C’est tout ça qui nous a intéressés. »
Les organisateurs du projet ont tenu à ce que tous ceux qui ont participé au projet, qu’ils aient donné un peu ou beaucoup de leur temps, soient justement rétribués. « Il n’y a pas de sons qui ont été pillés, chaque personne qui a « mis du son » sur l’album a été payée correctement », explique Guizmo, « les droits d’auteurs et les droits d’exploitation des disques ont été établis de manière claire et nette et il n’y a pas eu de spoliation d’artistes. Des gens comme Abdallah par exemple se font pirater régulièrement. Mais nous, on a fait très attention à ça. Par exemple, on est allé enregistrer des chants dans le désert avec des dames qui jouaient du violon à une corde touareg. Imhotep est en train de mixer ces sons-là et de les intégrer à l’album, le tout de façon commercialement équitable. »
Après quinze jours passés dans le désert, les musiciens se sont retrouvés en Bretagne, dans le studio d’enregistrement de Babylon Bypass, une structure de production montée par Guizmo et ses amis. « On fait de la coproduction, on fait des avances de studio, des choses comme ça, pour des projets qui nous tiennent à cour. On a donc passé un mois ici en studio pour finaliser le travail qui avait été commencé au Niger, et pour produire, au-delà du DVD, un disque. »
« Le DVD c’est le film qui raconte cette aventure », explique Farid. « Il y aura donc évidemment de la musique, des extraits de concert, des clips, mais aussi des interviews de gens là-bas, qui s’intéressent au développement ».

L’un des fondements du projet, c’est la transparence. « N’importe qui pourra consulter les comptes quotidiennement, sur un site Web. On a pris des contacts avec la FNAC, et ils sont d’accord pour jouer le jeu de l’équitable. Le consommateur qui va acheter le disque saura donc à toutes les étapes qui fait quoi et qui gagne quoi. Sur tout ce qui sera vendu il y aura 6%, c’est la norme du commerce équitable, qui seront réinjectés directement aux écoles de musique qu’Abdallah a montées à Agadez. »
Les bâtiments des écoles ont été construits, mais les fonds manquent pour les faire tourner à l’année. Il faut de l’argent pour scolariser les enfants, créer des cantines, équiper les écoles, etc. Le bénéfice des ventes du DVD et du disque pourront également servir à envoyer sur place des musiciens, des techniciens, des ingénieurs du son par exemple, qui enseigneront leur métier aux élèves.
Mais le projet ne s’arrête pas là, car ses participants voudraient bien faire école. Le film devrait donc partir en tournée dans les villes, dans les campus universitaires.
Farid : « On voudrait que l’aventure Desert Rebel fasse débat avec le public, avec des gens des associations, et notamment celles qui s’occupent du commerce équitable. Bien sûr, ces rencontres finiraient en grand concert avec un petit prix d’entrée ! »
Les concerts justement, les « Desert Rebel » en ont déjà plusieurs à leur actif. Le premier a eu lieu au Festival d’Eté de Québec.
Guizmo : « Québec, ça a été le premier jet sur scène, ça a ouvert des perspectives de travail, et ça nous a permis de progresser. » Les deux concerts suivants ont eu lieu à Roubaix et à l’île Saint-Denis, au début du mois d’octobre.
Mais comme le raconte Guizmo, Desert Rebel, c’est aussi des rencontres exceptionnelles : « Les touaregs c’est une culture très particulière, ils sont hyper croyants, mais ils ne correspondent pas à l’image que certains se font de l’Islam ces temps-ci. Ils ont un rapport à la terre, à la nature, et ils ont une forte culture musicale. Il y a des gamins là-bas dans les écoles qui jouent avec des instruments pourris et pourtant on a envie de se cacher tellement ils jouent bien ! Donc on a découvert tout un univers musical, mais aussi une langue qu’on a utilisée pour des chansons. Quant à la rencontre avec Abdallah, ça a été extraordinaire. Il s’est vraiment créé quelque chose entre nous. Abdallah, c’est un peu le croisement entre la culture touareg et le blues qu’il a dû rencontrer pendant son exil. Il a introduit une nouvelle musique dans son pays, avec la guitare, il y a de ça vingt ans à peu près. Ce projet est très important pour nous parce qu’il faut que le monde change, il faut que les mentalités évoluent, mais pour ça, il faut qu’il y ait des gens qui prennent les devants. Si Desert Rebel peut remuer la merde dans notre propre système, si on peut ouvrir une brèche dans le commerce de la culture, et bien tant mieux ! »