Jaime Bunda

De Pepetela

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Prix Camoes en 1997, l’auteur angolais Artur Carlos Maurício Pestana dos Santos, dit Pepetela, se frotte au polar. Jaime Popotin, anti-héros à mi-chemin entre un « James Bond sous-développé » et un inspecteur Clouzeau made in Angola, nous plonge dans les tréfonds de Luanda.

« Bunda » en angolais, c’est le postérieur. Jaime en a un volumineux, qui lui vaut depuis l’école le sobriquet de « Popotin ». Loin d’être gêné par cette anatomie hors normes, et encore moins par les moqueries de ses collègues, Popotin entretient cette singularité, à grands coups de fourchette ! Funje d’antilope, muamba et autres jinguiga, tout y passe. Seuls les micates, beignets sucrés, échappent à ses crocs : crainte qu’ils ne soient frits dans de l’huile pour voiture.
Imposé au Bunker – siège des services secrets angolais – comme stagiaire par un oncle bien placé, Jaime Popotin coule des jours paisibles. Sinécure bientôt bouleversée par une affaire de meurtre sur mineure. Popotin est chargé de sa première enquête. Elle va réveiller le muata, le chef, qui sommeille en lui. Guidé par des témoignages rares et approximatifs, Popotin démarre son enquête, convaincu de la culpabilité d’un Monsieur T., à la « gueule de pagre« , laid, amateur de femmes et craint, pour une mystérieuse raison, de sa hiérarchie. Une rencontre inquiétante et cocasse qui va le mettre sur la trace de deux autres suspects, Malika, danseuse du ventre algérienne, et son compagnon libanais, Saïd Benchérif. Popotin appartient à cette famille d’anti-héros auxquels on s’attache immanquablement. Présomptueux, idiot, paresseux et doté d’une anatomie difficile, on adore l’apprenti agent secret. Particulièrement quand une furie lui arrache à coups d’ongles et de savates des larmes de crocodile ou lorsqu’il fait pipi sur lui, au premier coup de feu ; devant son admiration sans bornes pour les héros de polars américains comme Perry Mason ou encore quand il invoque la parole de « Jean-Paul, pas II, mais Belmondo » et de Zarathoustra pour légitimer des propos vides de sens.
Pepetela livre ici un tableau sans nuance de son pays. Au gré de l’enquête de Bunda, il nous plonge dans le quotidien angolais avec ironie, dénonçant les trafics et les autorités corrompues de Luanda. Dépeignant le triste tableau d’un pays encore traumatisé par la lutte pour l’indépendance et le conflit inter-ethnique consécutif. Un pays tiraillé entre modernité et archaïsme où la sorcellerie aide à résoudre les problèmes des nantis et les enquêtes policières… Si le genre littéraire et son héros semblent n’être que des prétextes, Pepetela a néanmoins réussi à créer un personnage susceptible d’éclipser son homologue privé ougandais, Precious Ramotswe, imaginée par Alexander McCall Smith. Affaire à suivre donc…

Jaime Bunda, Pepetela, trad. (excellente, ciselée) de Béatrice de Chavagnac / Buchet Chastel. 18 € ///Article N° : 4246

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