« Je crois en ce que je crée »

Entretien de Christine Avignon avec Baloji

Paris, juin 2008
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Ancien membre du groupe de rap belge « Starflam », le chanteur congolais Baloji a sorti début 2007 son premier album solo, « Hôtel Impala », dédié à sa mère. Il y évoque sa jeunesse en Belgique, le Congo, le racisme, les relations amoureuses… Dès sa sortie, « Hôtel Impala » a connu un succès retentissant. Baloji est actuellement en tournée dans toute l’Europe. Rencontre lors de son passage au Zénith pour le festival « Paris Hip-Hop ».

Déjà quelques mois depuis la sortie de votre premier album en solo, « Hôtel Impala ». Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Non, absolument pas. Il s’agit d’un disque assez personnel, que j’ai enregistré avant tout pour me faire plaisir, égoïstement, et aussi pour ma mère. Je voulais qu’elle le trouve agréable à entendre, sans connaître ce genre de musique, sans être familière du rap et de ce qu’il véhicule. Oui, vraiment, j’avais juste ça en tête, je désirais qu’elle puisse l’écouter, d’ailleurs l’album lui est dédié.
Vous lui avez donc apporté le CD au Congo ?
Oui, c’est cela, c’était important pour moi de le lui faire découvrir avant qu’il ne sorte, ou avant que l’on n’en parle dans les médias. J’avais envie qu’elle le « valide », d’une certaine manière. Je ne l’avais pas revue depuis vingt-cinq ans. Nos retrouvailles ont été un peu maladroites, mais au final très intenses. Il faut que l’on se donne du temps, tout ne va pas se faire comme ça du jour au lendemain…
Peut-on voir vos clips sur des chaînes de télévision congolaises ?
Au Congo c’est assez compliqué avec les chaînes de télé, il faut payer pour être diffusé, or moi je n’ai pas envie de rentrer dans ce jeu-là, et puis de toute façon je n’ai pas le budget pour le faire. En fait ils passent les clips gratuitement les deux premières semaines, et après ils demandent de l’argent aux artistes pour continuer à les diffuser. À la radio par contre on peut entendre mes chansons, et là on ne me demande pas de contrepartie financière ! Donc je suis content malgré tout, parce que c’est bien aussi de passer à la radio, c’est important. Mon CD n’est pas sorti au Congo, j’en avais juste laissé un maximum d’exemplaires un peu partout quand j’y suis allé, et aussi des cassettes, parce que là-bas beaucoup de gens ont encore plutôt des magnétophones que des lecteurs CDs.
Le succès de votre premier album solo vous a-t-il permis de rencontrer d’autres artistes congolais et de monter des projets avec eux ?
Oui, tout à fait, je vais retourner au Congo pour réenregistrer certains titres de l’album « Hôtel Impala », ainsi que des inédits, et ensuite on sortira une nouvelle version, une sorte de « CD bis ». On va aussi enregistrer du matériel pour un deuxième album avec des artistes que j’ai rencontrés là-bas, par exemple Konono n°1, Kasai Allstars, et des groupes de rap locaux. Il y a une grosse scène à Kinshasa, une vraie émulation, un vrai mouvement. C’est un peu la débrouillardise, mais ça marche. C’est aussi ça le côté intéressant du projet que j’ai au Congo, il aura un côté « brut », beaucoup moins arrangé que ce que j’ai fait pour le moment.
Votre album s’intitule « Hôtel Impala – Volume un ». Aujourd’hui vos fans attendent le volume deux. Avez-vous déjà une date prévue pour sa sortie ? Pourquoi avoir choisi d’enregistrer deux volumes ?
Je suis en train de faire exister le volume deux tout doucement dans ma tête d’abord, puis j’espère pouvoir aller très vite en studio et avoir la matière pour faire aboutir le projet. En fait j’ai choisi de faire deux volumes, tout simplement parce que j’avais plein de trucs à raconter ! Le volume un correspondait plus à ma vision des choses, alors que le volume deux sera la vision des autres.
Votre album est très abouti, on sent qu’il y a un long chemin de création derrière. Comment s’est passée la genèse ?
Comme je le disais précédemment, je souhaitais me faire plaisir avec cet album. Quand j’ai signé le contrat, j’avais déjà en tête l’idée de la pochette, la chanson de clôture avec Amp Fiddler, un peu toute la trame du disque. Pareil pour les textes, je les ai tous écrits spécialement pour l’album. Je voulais que ce soit à la fois un truc qui me ressemble, et un bel objet, pour ma mère. Je sais que je me répète, mais c’est vraiment ce qui comptait pour moi. Il y a le site aussi, les personnes qui ont travaillé dessus ont réalisé un super boulot. Et puis ma page Myspace, dont je m’occupe personnellement. Enfin j’ai préparé un livre, l’idée c’était qu’il sorte en même temps que l’album, malheureusement on n’a pas trouvé de partenaire.
Comment se passe votre tournée, avez-vous beaucoup de dates ?
Oui, on n’arrête pas. On est passé en Belgique, en France, un peu en Hollande, un peu en Allemagne. On a fait également une date à Vienne, pour le festival « Diversidad », les rencontres des cultures urbaines européennes. C’était très agréable, j’y ai croisé des artistes comme Abd Al Malik, Akhenaton, Looptroop Rockers, Noora Noor,… Je suis vraiment content d’avoir été invité à participer à ce projet.
Sinon l’avantage de vivre en Belgique, c’est que l’on touche à la fois le public francophone et le public néerlandophone, d’ailleurs on a joué autant en Wallonie qu’en Flandres. Par contre les retours sont différents, les francophones sont plus sensibles aux textes, alors que ce qui intéresse les néerlandophones ou les autres, c’est la musique. En France par exemple, où existe la culture du texte, on nous demande de mettre la voix en avant, dans les autres pays en revanche ce qu’attend le public c’est la « vibe », l’esprit, l’énergie. En fait, dans ce cas-là, la voix est plus un instrument parmi les autres. C’est chouette, j’aime bien passer d’un public à l’autre comme ça.
Est-ce difficile aujourd’hui d’exister en tant que musicien, que ce soit en Afrique ou ailleurs ?
C’est difficile dans le sens où il faut trouver sa place dans un marché où il y a déjà énormément de gens. De plus, en ce qui concerne « Hôtel Impala », c’est un album que je qualifierais d’assez « éclectique », du coup je pense que certaines personnes s’y perdent un peu, notamment à la radio. Elles ne savent pas trop dans quel genre le classer. Ce n’est pas un album suffisamment « rap » pour être dans les médias « rap », ce n’est pas suffisamment « chanson » pour être sur le réseau « France Inter ». À notre époque où tout doit être conforme à une norme, classé dans des cases bien définies, j’arrive avec un objet hybride qui en déconcerte plus d’un, mais c’est aussi ça qui m’intéresse.
Quel est votre rapport aux médias ? N’en avez-vous pas parfois assez de toujours répéter les mêmes choses ?
Non, pas du tout, ça fait partie du jeu, sinon il faut faire un autre métier ! Quand on sort un disque, on l’assume jusqu’au bout, y compris la promo, enfin en ce qui me concerne c’est comme ça que je vois les choses. Je crois en ce que je crée ça me paraît normal de rencontrer les journalistes pour leur présenter mon album. Le musicien est le meilleur ambassadeur de sa musique. Je n’aime pas trop les artistes qui se la jouent blasés et qui refusent les interviews. Après bon, voilà, on est tous différents.

Site de l’artiste :
Page Myspace de l’artiste : www.myspace.com/baloji
Page Myspace du projet « Diversidad » : www.myspace.com/diversidadexperience
* Prochains concerts :
27 / 09 : KVS (Bruxelles)///Article N° : 8055

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© Christine Avignon




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