« Je n’ai jamais reçu de proposition de rôle venant de réalisateurs africains »

Entretien d'Edwidge H. avec Djimon Hounsou

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Djimon Hounsou, connu pour son interprétation du rôle principal dans « Amistad » de Steven Spielberg, était à Dakar dans le cadre de Biotop, grand défilé de mode sur les rives du lac rose (avec le soutien du fond mondial pour la nature), organisé par Dasha, une styliste béninoise installée à Dakar. Participaient aussi à l’événement : Katoucha, les Touré kunda, et de nombreux créateurs africains. Edwidge H. l’a rencontré : entretien.

Djimon Hounsou, vous êtes le premier et le seul africain évoluant à Hollywood, comment s’est faite votre intégration dans ce milieu ?
Comme vous vous en doutez, cela n’a pas été facile pour la simple et bonne raison que je suis noir d’abord et africain ensuite. Je fais donc partie d’une double minorité ethnique. Ce qui m’a motivé, c’est mon rêve de faire du cinéma, du grand cinéma. Cela m’a pris 10 années de  » socializing » pendant lesquelles j’ai perfectionné mon anglais, j’ai posé pour des photographes, car je suis d’abord mannequin, j’ai participé à des clips, à des films publicitaires. Et lorsque je me suis senti prêt, je me suis inscrit dans des agences d’acteurs.
Le grand public vous a découvert dans Amistad. Quels sont les films dans lesquels vous avez joué avant Amistad ?
J’ai été figurant dans plusieurs films. Mais mon premier vrai rôle a été dans Stargate où je jouais le rôle d’un soldat égyptien. Je suis à mon douzième film maintenant.
Votre plus grand succès demeure Amistad. Comment s’est fait votre rencontre avec Steven Spielberg ?
J’ai participé à un casting et j’ai été choisi parmi une centaine d’acteurs qui postulaient pour ce rôle.
Quels rapports entretenez-vous avec tous ces grands noms du cinéma que vous côtoyez ?
Nous avons des rapports cordiaux et amicaux. La seule différence est que je viens d’un monde qui ne leur ai pas familier. Mon combat en tant qu’Africain est de montrer ma capacité d’intégration dans ce milieu. Ils ont beaucoup de préjugés sur l’Afrique et les Africains et je dois prouver parce que je fais qu’un Africain est un être humain que rien ne différencie des autres.
Et pourtant dans vos films vous incarnez toujours l’Africain, tel qu’il est vu dans l' »inconscient occidental ». Vous étiez le combattant brut dans Gladiator, esclave dans Amistad, guerrier massai dans Tomb Raider, soldat soudanais dans Frères du désert.
C’est parce que je suis africain donc plus à même de jouer le rôle d’un Africain
Ne serait-ce pas parce que l’on vous voit commeAafricain avant de vous voir acteur. Vous êtes plus Africain-acteur qu’ acteur ou encore acteur-Africain.
Vous savez, dans la vie, il faut savoir commencer. Ce sont des rôles qui m’ont été proposés et que j’ai acceptés. Ce sont ces rôles qui m’ont permis de me révéler au grand public et qui me permettent de m’imposer en tant qu’ acteur. Aujourd’hui, je joue d’autres rôles. Dans mon prochain film par exemple, un film de science-fiction, je joue un personnage futuriste.
En tant qu’acteur africain, quel regard portez-vous sur le cinéma africain ?
Pour être franc, je dois dire que je ne connais pas le cinéma africain. Je suis parti très tôt du continent et maintenant, je suis tellement consumé par le cinéma d’Hollywood. Et puis, les films africains n’arrivent pas jusqu’à Los Angeles.
Selon vous, que faut-il faire pour donner plus de visibilité à ce cinéma ?
Pour que le cinéma africain soit vu dans les pays développés, il est nécessaire d’amorcer une profonde réflexion quant à son avenir. Pour convaincre les autres à s’intéresser à ce qui se fait comme cinéma sur le continent, il est important que les producteurs sachent ce que veulent les autres, leurs manières de percevoir la vie et faire la combinaison de tout cela avec les réalités africaines. C’est ainsi que l’on pourra captiver leur attention. C’est seulement dans ces conditions-là qu’il sera possible d’exporter notre cinéma et montrer les potentialités qui existent dans le domaine du septième art en Afrique.
Seriez-vous prêt à jouer avec un réalisateur africain ?
Oui. À condition que le rôle montre une certaine intégrité morale de l’homme africain.
Vous n’êtes pas très connu dans le milieu du cinéma africain, ni même en Afrique. À quoi cela est dû ?
Je crois qu’il y a le problème de salle de cinéma. J’ai appris qu’il n’y a qu’une seule salle de cinéma ici (ndlr Dakar) Sur la douzaine de films dans lesquels j’ai joué, vous n’avez vu que deux. Et pourtant j’ai une très grande carrière aux États-Unis. J’ai été nominé aux Oscar pour le meilleur second rôle avec In América et j’ai été classé 7ème meilleur acteur noir. Je fais de mon mieux pour montrer une autre image de l’africain à Hollywood. Si on ne me voit pas dans le milieu du cinéma américain, ce n’est parce que ça ne m’intéresse pas mais je ne n’ai jamais été invité, je n’ai jamais reçu de proposition de rôle venant de réalisateurs africains.
Vous intéresseriez-vous à la réalisation ?
Non, la réalisation ne m’intéresse pas. J’aimerais par contre produire des films, des films qui montreront le côté positif de l’Afrique.

///Article N° : 3863

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