Je ne veux pas être mort pour rien

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Säb, Nëggus, Apkass, Edgar Sekloka et Gaël Faye, ont tôt fait le choix des arts, le choix des mots, comme armes miraculeuses pour dire, décrire l’indicible. Ensemble ils forment le collectif de slam Chant d’Encre, à la suite de leur communion dans une pièce de théâtre montée pour commémorer les dix ans du génocide des Tutsi au Rwanda, L’Eclipse des 100 jours : « il est des voix pour qui parler au nom des autres est un devoir », tonnait Nëggus. Leurs voix rebelles résonnent, elles appellent à la mémoire en partage, invitant au dialogue des langues, des imaginaires et des peuples, et au refus de l’indifférence. Alors il s’agira toujours d’écrire et dire, contre l’oubli, écrire encore et toujours. Et dire aussi. En souvenir du futur. Écrire pour entretenir la flamme de nos âmes, accorder son chant à l’espoir qui se rêvait déjà au-dessus des champs de canne et de coton. L’espoir qui s’élevait, au-dessus des camps de béton. L’espoir qui se rêve et s’élève encore. Et toujours. Là-haut, près du soleil. Des indépendances. Ibuka.

je veux une chanson-mémorial
cicatriser la plaie morale
je veux que le futur se souvienne
comment les colons se soutiennent
comment Paris comment Bruxelles
comment la vérité se muselle
je veux qu’on rie de leur silence
comme l’humour d’Atome sur les planches
je veux qu’on soulage les rescapés
par des sculptures escarpées
témoignages moulures
d’un printemps de souillures
certains se reprochent d’être en vie
suscitent leur suicide
je veux qu’ils tuent le mortifère
dans des galeries-photos de colère
chorale d’ossements qui s’empilent
gospel d’avril des mille collines
je veux qu’on joue les opéras
d’une centaine de jours d’omerta
on ne sauve que la peau du Blanc
turquoise, la couleur de mon sang
peintures sutures de nos stigmates
je veux des toiles de Bruce Clarke
chorégraphe de chefs d’œuvre
je veux que tu te mettes à l’épreuve
entre mouvements et positions
compose la danse d’une rémission
je ne veux pas être mort pour rien
je veux qu’on exorcise le Rwanda
n’oublie jamais
un cri ne s’écrit pas ailleurs que dans l’art

///Article N° : 12140

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