« Je vois des histoires partout »

Entretien de Sabine Cessou avec Zakes Mda

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Zakes Mda est rentré de son exil américain en 1995. Depuis, il a abandonné l’enseignement de la littérature africaine pour écrire des romans. The heart of redness, le dernier en date, sera traduit en français par les Editions Dapper, qui ont déjà traduit Ways of dying (Le Pleureur, 1995). Ce livre fait par ailleurs l’objet d’une adaptation au cinéma, un projet mené par des producteurs londoniens.

Est-il plus difficile d’écrire depuis la fin de l’apartheid ?
Si vous êtes un écrivain, vous êtes un écrivain ! C’est au contraire beaucoup plus facile pour moi. La fin de l’apartheid a libéré mon imagination. Je vois des histoires partout. De jeunes auteurs arrivent aussi, comme Sello Duiker, que j’admire beaucoup. L’apartheid dominait nos vies, nous ne pouvions pas écrire honnêtement sans en parler. Ce système était tel qu’il suffisait d’aller dans un township pour en tirer une tranche de vie et en faire un merveilleux théâtre de l’absurde. Les écrivains pouvaient alors être des reporters. Maintenant que l’apartheid est mort, ces auteurs sont morts aussi. Je ne les plains pas.
Pour vous, pas d’angoisse de la page blanche ?
Je passe tout mon temps à écrire des romans. J’en ai quatre ou cinq à écrire, à la chaîne. Mon prochain roman, The Madonna of Excelsior, revient dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui à Excelsior, une petite ville de la province de l’Etat libre qui a défrayé la chronique à la fin des années soixante à cause d’un scandale racial et sexuel. Les notables de la ville avaient été surpris, à cause de la naissance de nombreux enfants métis, dans leurs rapports échangistes avec des femmes noires. A l’époque, c’était illégal à cause de la Loi sur l’immoralité, qui interdisait les relations sexuelles entre Blancs et Noirs. L’affaire avait tellement embarrassé le gouvernement de l’époque qu’il avait été obligé d’abandonner le procès. Deux accusés ont tenté de se suicider, l’un avec succès. Aujourd’hui, les enfants sont grands et les femmes se souviennent. Une bonne leçon pour l’Afrique du Sud, du moins en matière de réconciliation…
Avez-vous jamais été inspiré par la Commission vérité et réconciliation (TRC) ?
Non, je veux créer. La TRC ne me permet pas de créer, elle a été au-delà des frontières de l’imagination, là où il n’y a plus de place pour créer quoi que ce soit, mais juste pour constater.
Vous écrivez de temps à autres des articles d’opinion dans la presse sud-africaine. Vous avez notamment dénoncé la corruption des élites au pouvoir… Etes-vous une exception ?
Non, je suis un penseur indépendant. Je pense que le gouvernement fait un travail formidable, qu’il a des politiques progressistes qui vont même parfois à l’encontre des idées de la majorité de la population. J’ai écrit sur la corruption parce qu’elle est inacceptable. Certaines personnes nous ont trahi dans des actes horribles, en ne traitant pas tous les Sud-Africains sur un pied d’égalité.
Ces prises de position vous ont-elles fermé des portes ?
Je me moque de la façon dont mes critiques sont reçues. Ma famille vient d’une longue lignée de combattants anti-apartheid. Pour vivre, je ne dépends de personne.

Lire également l’interview de Zakes Mda à propos de Le Pleureur dans Africultures 24, p. 30.///Article N° : 1877

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