Jusqu’où peut-on faire briller sa lumière ? / 1

Entretien de Marian Nur Goni avec Nii Obodai, juin 2009, Paris

Première partie
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Première partie d’un entretien fleuve avec Nii Obodai, photographe ghanéen dont le travail, Who knows tomorrow, a été exposé en juin 2009 dans le cadre du projet « Invitations africaines » au Centre Atlantique de la Photographie de Brest.

Prélude : Nii Obodai ouvre l’entretien avec une citation de Marcus Garvey sur la façon de se conduire avant d’entamer une conversation en public…
Vous démarrez cet entretien avec des mots de Marcus Garvey… Vous considérez-vous comme panafricain ?
Certainement, je viens d’une famille panafricaine… L’Afrique ! Automatiquement, cela me rend panafricain, je pense. Il y a deux ou trois ans, une amie, Makeba Boateng, organisait des « discussions-fêtes » (1) : nous nous retrouvions ensemble, en groupe d’amis, nous partagions un petit repas convivial et nous avions un sujet à débattre dont nous parlions toute la nuit. Des personnes peuvent penser que c’est ennuyeux mais, en réalité, c’était des soirées vraiment agréables ! Notre premier sujet de conversation fut : « Êtes-vous panafricain, si vous ne vivez pas en Afrique ? » La réponse à cette question, fut, pour la plupart d’entre nous de dire : « peu importe où vous vivez, le Panafricanisme est un état de conscience, c’est la façon dont vous vous pensez ».
Que pensez-vous du projet politique que des personnes telles que Kwame Nkrumah désiraient pour l’Afrique ?
Ce rêve, nous devons le concrétiser. Le rêve de Nkrumah était si puissant que les gens qui observaient l’Afrique entrèrent dans un état de choc et réagirent violemment à cette idée de personnalité africaine – et je ne parle pas spécifiquement de Nkrumah, mais de vous et de moi-même, qui sommes capables de naviguer et de négocier avec le reste du monde. Nkrumah a cru que nous étions (et nous sommes) des gens forts et puissants. Je crois que tout ce que nous devons faire est de nous réveiller à cet état de fait. Et c’est vrai ! Je pense qu’une fois que vous êtes conscients de votre force intérieure, il n’y a pas de retour en arrière possible. Il est très difficile de revenir au passé et dire : « Je veux être cette personne-là… ». De nouvelles portes s’ouvrent toujours pour vous, pour vous exprimer. Je me demande constamment : « Qui suis-je ? » Pas en termes de contexte « racial », mais en termes d’humanité. C’est important, pour quelqu’un qui s’appelle panafricaniste, de se voir dans le contexte du reste de l’humanité. J’ai un tee-shirt avec Fela Kuti et Thomas Sankara – l’image a été prise dans le bureau de Sankara -, et le titre dit : « Le Panafricanisme est un Internationalisme ». C’est si approprié ! Cela nous donne le pouvoir, en tant que panafricains, de nous voir comme part de ceux qui contribuent de façon bénéfique à l’humanité. Je pense qu’il serait destructeur de nous voir seulement en tant qu’Africains. Ça, c’est ma vue, ouverte, de l’Afrique. Le vrai pouvoir vient quand vous êtes capables d’absorber le reste en vous et de marcher et discuter et faire briller votre lumière. Cela est vraiment important. C’est pourquoi je suis ici.
Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre famille ? Je sais que votre père avait une relation forte avec Kwame Nkrumah. Qu’avez-vous appris de cette histoire ?
J’ai grandi loin de mon père. Nous sommes parvenus à nous connaître intimement au cours des dernières années de sa vie, ce qui a été une grand-chose pour nous deux. Il est mort en 2007. J’aime dire qu’il est parti rejoindre l’espace des ancêtres. Il fait partie de ces personnes que j’ai connues dans ma vie qui ont eu une grande expérience, non seulement pour sa propre vie, mais pour le Ghana également. Ce que j’ai compris, quand nous avons recommencé à communiquer mutuellement, a été la vie immensément glorieuse qu’il a menée ; le fait qu’il fut l’une des personnes les plus proches de Nkrumah Kwame, l’a « transformé » en une personne très spéciale à mes yeux. Pas seulement parce qu’il était mon père, mais aussi parce qu’il a été un grand personnage historique du Ghana et automatiquement en termes de l’histoire de l’Afrique, parce que les deux vont ensemble. Il était fascinant de l’écouter parler de sa relation avec Nkrumah, de ses conceptions. Il me racontait comment Nkrumah vint au CPP (2) : mon père travaillait dans la section de propagande, allant de communauté en communauté pour faire connaître la parole du parti. Nkrumah fut vraiment impressionné par le niveau de compétences de cette organisation.
Il reçut une visite surprise à la maison quand Kwame Nkrumah vint pour demander à mes grands-parents s’il pouvait adopter mon père, essentiellement pour l’aider dans la mission de l’Indépendance. Dans les années 1950, mon père était un jeune homme et il tenait Nkrumah dans une très haute estime, il était une sorte de figure de père aussi. De son point de vue, il avait été adopté en tant que jeune homme par un monsieur plus âgé pour le guider dans la vie. Tant qu’ils furent dans le pays ensemble, ils jouèrent au tennis chaque matin, c’est comme cela qu’ils commençaient leur journée de travail.
Ils avaient une relation très proche, la confiance entre eux fut quelque chose qui grandit. En joignant le chemin pour nous amener au point de l’Indépendance, ils passèrent une année ensemble en prison : ils étaient dans la même cellule. Si l’on regarde en arrière maintenant, il fut crucial d’avoir passé cette année-là en prison. Ce temps leur a donné le moyen d’organiser leurs esprits, ils n’avaient pas de personnes avec qui traiter, aucune distraction, mais ils furent capables d’utiliser les services de la prison pour faire acheminer des messages au parti, ou à l’international. Ils avaient leur propre système, ce qui était très intéressant à entendre.
Ils furent attrapés dans le secteur près duquel mon père avait grandi : l’un des l’officiers de la prison, qui était lié à la famille de mon père, travailla avec eux pour faire passer des lettres, des informations, leur apportant de la nourriture ou des ressources dont ils avaient besoin… J’ai vu la cellule de la prison récemment pour la première fois, parce que le gouvernement vient d’en changer le statut : ce n’est plus une prison, c’est désormais une propriété du Ghana National Museum (3).
Cet espace est-il ouvert au public ?
Je ne pense pas que ce soit officiellement ouvert au public. Un groupe d’entre nous va l’utiliser pour une exposition appelée Meet Me Half Way (4) qui va avoir lieu prochainement et dont le commissaire est l’architecte et auteure Lesley Lokko. L’exposition portera sur la dualité dans notre culture, par rapport aux représentations sociopolitiques dans les arts : être une personne multiculturelle… Au début de l’année, quand j’ai visité la prison pour la première fois, j’ai trouvé un endroit lugubre et désespérant. Cela m’a choqué, la prison et l’idée de la prison de confiner un esprit humain. Quelqu’un nous a montré la cellule de Kwame Nkrumah et j’ai pensé : « Oh mon Dieu, mon père était là-dedans… ». Ça a été un moment important pour moi. C’était un espace minuscule, on nous a dit que les prisonniers avaient vingt-deux minutes de lumière par jour à cause de l’emplacement de la cellule. Il y avait un minuscule trou dans le mur qui laissait entrer la lumière. Ainsi, lorsqu’ils étaient dans la cellule, pendant toute la journée il n’y avait aucune lumière, sauf quand le soleil passait, pendant vingt-deux minutes, par ce petit trou. Les êtres humains sont vraiment fousles uns envers les autres…
Quel travail exposerez-vous là-bas exactement ?
Dans un sens, c’est proche du travail que je montre à Brest, qui porte sur le legs de l’Indépendance : où en sommes-nous d’un point de vue environnemental, d’un point de vue de la mémoire, en termes de dialogue, de maintien culturel, de maintien de certaines icônes provenant de l’aire politique… Les gouvernements changent et les informations ou les monuments sont détruits, de manière à ne pas devoir avoir affaire avec le passé. Mais le passé n’a pas disparu, notre legs est juste devant nous, nous pouvons l’ignorer autant que nous voulons mais il est toujours là. De la même façon que Guy Tillim regarde le legs de l’œuvre de Patrice Lumumba partout en Afrique… J’ai travaillé d’une façon semblable, en portant mon attention sur notre mémoire structurante.
La visite de la prison est venue plus tard, tout à fait récemment. Ça a été une surprise « agréable » pour moi de voir qu’il y avait une relation entre l’espace où je voudrais exposer et le travail que je fais… Mais je me demande si je suis vraiment prêt à investir cet espace, peut-être dois-je travailler un peu plus, cherchant quelque chose de plus spécifique et plus en profondeur. Je veux dire : si vous ne savez pas d’où vous venez, vous ne pouvez pas vous mouvoir : c’est important pour nous de maîtriser d’où nous venons d’un point de vue historique et de nous demander : « qui sommes-nous ? où sommes-nous ? où allons-nous ? »
Après ce voyage photographique à travers le Ghana, avez-vous trouvé quelques pistes de réponse ?
Je pense que beaucoup de personnes sont concentrées sur le côté matériel de la vie : que ce soit du côté politique ou économique, et cela est problématique pour moi, parce que je ne vois pas vraiment la sorte de progrès que les Pères des Indépendances, leur vision, recommandaient. Je ne nous vois pas dans cet espace-là : nous sommes fragmentés, nous sommes tribalisés, nous pensons en termes d’Ashanti, de Yoruba, de Ga… Cela arrive trop souvent dans le versant politique. Il y a un discours de Kwame Nkrumah dans lequel il demande aux combattants pour la liberté de l’Afrique (5) de ne pas tomber dans les mains du tribalisme, parce que c’est l’arme de l’oppresseur : diviser pour mieux régner…
Une fois que c’est arrivé, nous avons perdu. Nous le faisons à nous-même, c’est une chose épouvantable. Regardez les portraits que j’ai faits. Je ne vous dis pas d’où vient chacun d’entre eux : tant que je pense en termes de Ghana, ils sont tous Ghanéens, ils viennent juste des différentes parties du pays et, pour moi, ils me racontent tous de grandes histoires. Voilà ce qui m’intéresse. Souvent les gens me demandent : « d’où viens-tu ? », je sais ce qu’ils veulent dire, ils veulent savoir à quelle ethnie j’appartiens.
Est-ce parce que les gens ne peuvent pas immédiatement vous reconnaître en termes ethniques ?
Oui, les gens pensent que je suis un peu… bizarre !
Ainsi, que répondez-vous à cette sorte de question ?
Parfois je dis : « peu importe », parfois je dis d’où je viens, parfois je dis juste : « je suis Ghanéen, comme toi ». En général, il devient fatigant d’avoir ce type de dialogue.
Des portraits, des paysages, une série sur mineurs, une autre sur un hôtel jadis célèbre et aujourd’hui à l’abandon, l’Atlantic à Takoradi. Des formats 6x6cm, 35mm, des photographies panoramiques… Le travail que vous exposez à Brest est très riche.
Oui, il y a beaucoup de choses, mais, dans la vie, c’est pareil : il y a des tas de choses qui se passent… Je regarde des choses différentes à partir de perspectives différentes et en utilisant des formes différentes. Je ne comprends pas pourquoi je dois rester dans un seul espace. J’aime explorer. Chaque chose a sa propre saveur, son propre moyen d’expression. L’énergie que je partage avec vous diffère de l’énergie que je partage avec quelqu’un d’autre, donc je ne peux pas dire que ceci est la voie.
Il a été de même avec les photographies et ce voyage. Je suis parti avec de multiples appareils photo et pellicules… C’était l’esprit du travail qui m’appelait à avoir des voix multiples. C’était très confus pour moi au début : « Pourquoi j’amène tant d’appareils photo, qu’est-ce que je cherche ? ». Pendant le voyage, je disais à Bruno (Boudjelal), mon compagnon de route : « Je ne sais pas ce que je cherche « . Après, cela est devenu quelque chose de spirituel : au lieu de lutter contre cela, j’ai décidé de ne faire aucun plan, d’être ouvert à ce qui pouvait arriver : tout ce que je devais faire alors était de choisir l’appareil photo à utiliser à un moment donné et je saurai alors que faire. Les résultats, l’esthétique de ce travail ont été un effort spirituel : je me suis abandonné à l’intuition et aux forces de l’invisible pour me guider dans la création de ce travail.
Auparavant, vous disiez que vous devriez peut-être aller plus en profondeur dans ce travail. Savez-vous dans quelle direction il vous faut travailler maintenant ?
Dans ce travail, je me pose clairement quelques questions et également aux autres Africains, en particulier aux Ghanéens : « qui suis-je ? qui sommes-nous ? allons-nous répéter les mêmes choses ? continuerons-nous continuellement à détruire notre histoire ou allons-nous l’utiliser pour ses objectifs, afin de nous donner une aide, un guide pour le futur ? ». C’est ce à quoi l’histoire devrait servir, cela ne devrait pas servir comme quelque chose à laquelle l’on s’accroche, mais comme une aide pour guider nos enfants. « Regardez ! C’est de là que nous venons » et s’ils veulent prendre des décisions, nos enfants pourront dire : « ok, nous pouvons aller par cette route ou par là… », mais si nous détruisons notre passé, ils ne peuvent pas avoir des informations sur lesquelles travailler. Et parce qu’ils sont culturellement liés à nous – ce sont nos enfants – ils répéteront les mêmes erreurs que nous répétons et c’est ce qui se passe actuellement. Ainsi, j’ai posé des questions. Les réponses auxquelles je suis arrivé sont : « Regardez ce qui m’entoure : en tant qu’Africains, sommes-nous intéressés à prendre soin de cette belle terre glorieuse qui nous a été donnée en cadeau ? Qu’y faisons-nous ? »
J’estime que nous n’explorons pas trop ces questions, il y a beaucoup de destruction et je pense que nous devons la regarder : nous perdons nos forêts, les rivières ont été polluées… Ce qui est difficile, c’est que beaucoup de personnes ne veulent pas regarder ces côtés négatifs pour les transformer à travers un exercice introspectif, ils veulent juste chercher les bonnes choses qui arrivent. Nous devons utiliser notre mémoire de manière judicieuse et je crois que la photographie peut nous assister en cela. Elle a une grande valeur. Je pense que le nouveau travail à faire, pour moi, sera de regarder le paysage : comment sommes-nous liés à l’esthétique du paysage, que signifie-t-il pour nous ? Je veux être capable de produire cette perspective et peut-être d’autres personnes répondront. Je voudrais trouver le moyen de faire voyager davantage ce travail en Afrique. Tant Who knows tomorrow que ce qui suivra. De vraies questions y sont mêlées : notre passé, historique et politique, la destruction de la terre, le soulèvement des forces de l’âme et le dur travail par lequel les gens doivent passer pour survivre. Je cherche les Africains qui sont en train d’accomplir un changement imposant et substantiel sur nos sociétés. Les « rêveurs ».
Allez-vous joindre un texte à votre travail photographique ?
Je devrais écrire quelque chose. Je pense qu’il est important de documenter nos pensées et accomplissements. Je dois trouver le courage d’écrire afin d’ajouter une autre dimension à la valeur de ce travail. Comme passer de la bi dimension à la tri dimension.
Pouvez-vous dire quelques mots de l’esthétique de votre travail ? Vous avez dit chercher la « juste » esthétique permettant à vos images d’être reçues, que ce soit en Europe ou en Afrique…
J’attire autour de moi des gens créatifs, et la discussion que j’ai avec eux, que je pousse de plus en plus, est : « quelle est notre esthétique ? ». Si vous regardez la culture chinoise, par exemple, ils ont une esthétique précise et ils la poussent. À l’heure actuelle, nous sommes si inondés par une imagerie occidentale, mais aussi indienne : Bollywwood, les films chinois… Nous avons également Nollywood, mais je me demande : « Nollywwod est-il une vraie représentation de nous-mêmes, ce à quoi nous aspirons vraiment ? Parce que la plupart de ces films, ce sont absolument des ordures ! Regardez l’architecture moderne en Afrique : c’est dégoûtant ! C’est concret, sans la culture qui va avec. La plupart du temps vous voyez des gens qui prennent un magazine américain, y voient un bâtiment en Floride et ils le copient. Il n’y a pas d’application d’une esthétique africaine, parce que cela ne vient pas de nous. Donc nous nous retrouvons avec ces constructions qui sont vraiment laides : je suis fatigué de les voir autour de moi. J’aime alors prendre les photographies de maisons en terre, j’aime les amener dans mes images parce que je veux que les gens voient qu’il y a de la beauté dans ces maisons, qu’il y a de la beauté dans la terre. Avec cela, vous pouvez construire des monuments qui peuvent perdurer pendant des siècles. Cela a déjà été fait et ça existe toujours. Mais il n’y a rien dans l’architecture concrète que je puisse comparer à la beauté de ce que la terre nous a donnés. Et je pense que personne ne pourrait me défier là-dessus. Et nos peuples ont été de grands bâtisseurs d’édifices en terre.
Aussi, il y a une esthétique en termes de symbolisme : au Ghana, nous avons les symboles Adinkra : « cela est juste une tradition ou c’est quelque chose que nous allons transformer en une nouvelle langue, en une nouvelle forme d’art ? Vont-ils se développer, ou vont-ils rester là où ils en sont, comme les chefferies ? » À bien des égards, des institutions inutiles. Je questionne l’esthétique des chefferies et des traditions. Je ne suis pas d’accord avec ce système. Celles-là sont les institutions qui n’ont pas servi le peuple. Ils ne leur ont pas donné le pouvoir de se défendre de l’intervention de l’Islam, du Christianisme, des Européens, des Arabes, d’où qu’ils soient venus. Cela est supposé être l’espace où la puissance du peuple serait suprême, ultime, irréfutable. Comment avons-nous perdu notre culture si vite ? Comment avons-nous perdu notre peuple pour devenir des esclaves ? Nos chefferies et spiritualité devraient avoir de l’emprise sur l’esthétique culturelle afin d’influencer, de manière positive, nos sociétés et le monde extérieur. Comment se fait-il que le Christianisme ait pénétré l’Afrique si notre spiritualité était si forte ? Parce que parfois nous entendons des Africains vanter la spiritualité africaine… Mais, dans mon pays, 90 % des femmes crient et s’agitent dans les églises, des maisons en béton, donnant tout leur argent et étant baisées par le prêtre en même temps. Ainsi, qu’est-ce qui est arrivé à la science spirituelle africaine aidant les gens, les guidant, leur donnant ce qu’ils comprennent, l’esthétique de la vie. En leur disant : « Voilà qui nous sommes : nous sommes un peuple fort, je crois en moi, je crois en qui je suis. Est-ce que notre culture a le pouvoir de me donner les moyens d’être un être humain à part entière, rempli d’émotions, satisfait, confiant et contribuant à l’humanité dans un sens positif ? Celles-ci sont les questions que je me pose.
Vous sentez-vous seul ?
Non, je ne pense que je suis seul. Il y a toute une génération qui se pose ces questions. En partie, cela vient du fait que nous avons dû voyager, nous éloigner de notre culture, par choix ou pas : pour moi ce ne fut pas par choix. J’étais un enfant quand j’ai été amené hors d’Afrique, j’ai donc dû réconcilier mon existence multiculturelle et me chercher. Maintenant je sais que j’ai une fondation, qui est l’Afrique. L’autre partie de moi, que je bénis, est que j’ai grandi dans un environnement complètement différent. Cela m’a fait évoluer d’une façon très différente. Dans ces cas, il faut être un explorateur pour survivre.
Dans un sens, dans mes années d’adolescence, j’étais une personne en colère parce que je ne comprenais pas ce que je faisais en Angleterre et la relation entre l’Angleterre et Ghana, et ce que je devais faire de cela. J’étais à un endroit où, parfois, je devais me battre pour ma vie, pour être une personne, pour exister comme personne. Souvent, lorsque vous êtes enfant, l’ignorance vous confond. Elle vient de vos enseignants, de vos camarades, des inconnus et aussi des institutions. Donc j’ai dû me battre contre cela, mais maintenant je regarde derrière moi : si je n’avais pas vécu cette expérience, je ne serais pas assis ici aujourd’hui, je ne réfléchirais pas aux choses auxquelles je réfléchis et je ne rêverais pas les rêves que je rêve. J’estime ainsi qu’une grand-chose m’est arrivée, parce que cela m’a permis de trouver la façon d’ouvrir mon esprit. Cela m’a aidé à aiguiser ma conscience.

(1) Dans la version anglaise de l’entretien est utilisée l’expression
« talk-parties ».

(2) Convention Peoples Party.

(3) Les châteaux coloniaux et les deux prisons d’Accra appartiennent
également au Musée.

(4) Voici un extrait du propos de la commissaire : « An exhibition of the
work of twenty-four artists of multiple origins whose work in some way
engages the tensions between Africa and the outside world, between tradition and modernity, between self and other. Seeks to show how, despite popular perception, Africa’s long history of movement and exchange has unwittingly provided astonishingly fertile ground – for artists and audience alike. »

(5) Dans la version anglaise de l’entretien est utilisée l’expression
« freedom fighters of Africa ».
Seconde partie de l’entretien avec le photographe Ghanéen Ni Obodai, [ici]///Article N° : 8965

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Les images de l'article
French Man's Forest - Mud house Wall, Série Who knows tomorrow 2009 © Francis Nii Obodai Provencal
Widnaba Man, Série Who knows tomorrow 2009 © Francis Nii Obodai Provencal





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