Kongomani

De Marc Hoogsteyns-Boniface

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Le réalisateur se définit dès le départ comme un « aventurier ayant filmé toutes les horreurs du monde » : un de ces paparazi de l’horreur qui fournissent aux télévisions du monde les sensations dont se repaissent les spectateurs à l’heure du repas. S’étant marié au Rwanda et ayant des enfants avec une femme tutsi engagée dans le FPR, le génocide lui apparaît comme la limite du supportable. Il filme l’attaque tutsi sur les extrémistes hutus sur l’île d’Iwawa du Lac Kivu en 1995, mais ce scoop n’intéresse pas ses clients. Il comprend alors que ses jours d’aventurier insouciant étaient comptés : « Pour la première fois de ma vie, j’étais effrayé. N’étant plus un reporter insensible, je commençais à faire partie de l’histoire. De plus en plus, je devenais frustré par la façon dont mes clients abusaient des images que je leur envoyais. La valeur de nos images étaient mesurées par le nombre de corps qu’elles contenaient. »
C’est bien sûr cette mise en abyme qui nous captive, tant l’image misérabiliste que ramènent ces chasseurs de désespoir encombrent les écrans du monde entier, perpétuant l’image d’une Afrique encore engluée dans d’obscurs instincts sauvages, et lui refusant une place adulte dans le monde contemporain.
Fin 1998, Hoogsteyns décide d’arrêter ce travail, mais le passé ne le laisse pas en paix, les images du Congo, du Rwanda et du Burundi continuant de l’obséder. Ce film sera dès lors comme une réconciliation avec l’humanité : en accompagnant Boniface, un Tutsi congolais réfugié au Rwanda et qui décide de retourner au Congo, il tente de trouver une alternative à la façon de raconter l’histoire : « Nous étions arrogants et égoïstes, moi et mes collègues, et c’était vrai aussi de mes clients ». Alternant les images d’horreur de ses souvenirs avec les images d’espoir de cet homme qui décide de partir, de reconstruire sa maison, d’acheter la première vache de ce qui sera à nouveau son troupeau, il erre à la recherche de la positivité, non sans zoomer encore, vieille habitude, sur la douleur lorsque Boniface pleure.
Ambiguïté d’un film qui a du mal à trouver son rythme dans les scènes personnelles et retourne encore les tripes dans les scènes d’horreur… Car au cinéma, l’espoir, la relation et la rencontre sont bien plus difficiles à rendre que le malheur… Mais c’est ici la démarche qui fait le film et l’exercice est difficile : les Kongomani, Tutsi congolais revenant au Congo, ont été à nouveau touchés par l’éruption volcanique de Goma et ne sont soutenus par aucune ONG, ces dernières voulant qu’ils restent au Rwanda.

52 min, 2001, prod : Periscope productions NV, Lichtpunkt, RTBF Bruxelles.///Article N° : 2426


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