La caricature face à la dictature en RDC

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Après l’indépendance du Congo, le crayon affûté de certains artistes devint une arme stratégique pour stigmatiser dans la presse naissante les abus du nouveau pouvoir qui se mettait en place. Les censeurs patentés eurent beau se mettre à l’œuvre avec leurs grands ciseaux castrateurs, les rumeurs de « radio trottoir » et des caricatures que les journaux n’osèrent alors plus publier parvinrent à circuler malgré tout dans les quartiers populaires de Kinshasa, de Lubumbashi ou de Kisangani, sous forme de fascicules rapidement imprimés. Même sous le joug impitoyable du mobutisme, personne ne parvint jamais à bâillonner totalement les irréductibles caricaturistes congolais qui faisaient circuler leurs dessins en risquant les foudres du régime pour oser dénoncer, avec un humour souvent féroce, les injustices que le gouvernement et ses sbires mandatés imposaient cyniquement aux populations…

Un des meilleurs analystes de la caricature et de la bande dessinée en RDC est certainement Hilaire Mbiye Lumbala, professeur de communication à la Faculté catholique de Kinshasa. Dans son introduction à un article très documenté, « La caricature politique et sociale dans la presse congolaise », il écrit : « Analyser la caricature, c’est étudier les événements (les situations) à travers le regard des hommes de l’époque, c’est aussi accéder aux mentalités d’une époque donnée. En tant que miroir d’une époque, elle présente, à sa façon, tous les événements petits ou grands, elle exprime (reproduit) toutes les péripéties de l’aventure humaine, et ce dans tous les domaines. »
Cette très juste constatation, concernant le rôle attribué à la caricature dans la presse congolaise, est également valable pour l’ensemble de la presse du monde entier, celle qui a le courage de publier des caricatures politiques dans ses pages, au risque de s’attirer les foudres de la censure gouvernementale dans les pays où la démocratie affichée reste encore à géométrie variable. La satire politique et sociale qui s’est courageusement exprimée dans la presse congolaise depuis l’indépendance a certes connu, à travers les manifestations d’une censure peu perméable à l’humour, des hauts et des bas au cours de ce demi-siècle, mais elle n’a jamais disparu, y compris dans les périodes les plus sombres de la dictature mobutiste, ou durant les dix dernières années de guerres qui ont ravagé cet immense pays.
L’accession à l’indépendance et les troubles qui s’en suivirent
Volontairement, nous ne remonterons pas à la période coloniale pour évoquer les dessins de certains précurseurs, dans la mesure où la presse officielle de l’époque était l’émanation exclusive des missionnaires et des représentants gouvernementaux de la métropole belge. Cette presse « aux ordres » ne représentait en aucune façon l’émergence d’une conscience politique purement congolaise qui va finir par se manifester au grand jour, et avec virulence, à la veille de l’indépendance.
C’est alors que la satire sociale et la caricature politique, sous toutes leurs formes, vont jouer leur rôle dans le combat livré par une nouvelle presse non officielle afin d’accélérer la fin du pouvoir colonial et l’accession à cette indépendance que chacun sent toute proche. On peut citer les parutions de Congo, de Mathieu Ekakou et Philippe Kanza, ainsi que le magazine Quinze, parmi un certain nombre de publications éphémères où les dessins de caricaturistes, tels que Pap’Azo, apparaissent dès lors en première page.
La période de troubles politiques qui a suivi l’indépendance de la nouvelle République proclamée se terminera, dans le sang et la trahison, par l’assassinat du premier ministre élu, Patrice Lumumba. C’est à cette même époque que dans Congo Magazine seront publiés Nsolo et Kiula, des strips satiriques de Lucien Lema Kusa, futur directeur de l’Institut national des Arts de Kinshasa – institut qui jouera, nous le verrons par la suite, un grand rôle dans la floraison d’un nombre très important de dessinateurs, peintres, illustrateurs, bédéistes et caricaturistes qui, sur la place même de Kinshasa, représentent encore aujourd’hui, dans le domaine de la création d’images, un potentiel artistique unique en Afrique.
Sous la dictature de Mobutu
L’avènement de la Seconde République du Congo indépendant, suite au coup d’Etat fomenté par Mobutu le 24 novembre 1965, va engager la presse congolaise dans une de ses périodes les plus difficiles : le chef de l’Etat, nomme des hommes à lui à la tête des médias et instaure une censure draconienne interdisant dans les journaux la moindre caricature politique qui est remplacée par des dessins de complaisance illustrant vertus et bienfaits du « Guide suprême ». La télévision devient un instrument de propagande sans la moindre liberté d’expression et la population est ainsi conduite, à partir de 1972, sur la glorieuse voie de l’Authenticité retrouvée pendant que le Congo devient Zaïre, alors que tous les noms du pays sont « zaïrisés » par décret. À la suite de cette décision, des journaux disparaissent et d’autres perdent une grande partie de leurs lecteurs en changeant de nom. (1)
Les caricaturistes, qui se voient ainsi privés de leur maigre moyen d’expression, se reconvertissent dans le dessin sportif, les portraits de musiciens et, quand ils le peuvent, dans une satire sociale peu dérangeante pour les caciques du régime, afin de répondre, malgré tout, à la demande des lecteurs. Ce fut le cas de Liande Walala, le premier dessinateur embauché par le quotidien Elima, anciennement Le Courrier d’Afrique. Il rejoignit par la suite, fin 1990, l’ex-journal Le Progrès, devenu Salongo, où vinrent s’ajouter, à l’époque de la « démocratisation », lorsque Mobutu dut se résoudre à autoriser le multipartisme, deux jeunes dessinateurs de presse dont les talents se confirmèrent au fil du temps : Djemba Djeis et Asimba Bathy (2), ce dernier devenant chef de la rubrique culture. On peut dire que, peu à peu, le quotidien Salongo et son prolongement hebdomadaire Salongo Sélection réussirent à contourner les interdictions de la toute puissante censure mobutiste en publiant des caricatures et des dessins de presse évoquant certains travers de la société kinoise par le biais de personnages populaires confrontés, avec humour, aux difficultés de la vie quotidienne. Ces « tranches de vie » ne pouvaient subir les foudres des censeurs car elles ne visaient pas directement les « éminentes personnalités » du pouvoir en place. Ainsi, au cours des années 80, une rubrique intitulée « La caricature du lundi » fit son apparition dans Salongo sous le crayon de Kianda Vibila qui illustrait déjà en dernière page les chroniques sportives ou musicales du quotidien.
Peu à peu, l’esprit satirique exprimé dans la caricature du lundi devint plus mordant, avec des personnages humoristiques allant jusqu’à interpeller le pouvoir dans leurs dialogues en lingala sur des problèmes de société, d’une façon encore plus ou moins détournée, mais suffisamment explicite pour les lecteurs (3).
Alors que la presse étrangère s’en donnait à cœur joie pour critiquer les extravagances du Guide suprême, durant toute cette période, personne, dans la presse locale ne se risqua à caricaturer Mobutu. Il fallut attendre la fin du régime pour voir les caricaturistes se déchaîner à l’encontre du vieux Maréchal-Président déchu. Le sommet sera atteint par le peintre bédéiste Mfumu’Eto, diplômé de l’Institut des Beaux-arts de Kinshasa. Il obtiendra une fantastique notoriété auprès de la population kinoise des quartiers populaires grâce à ses fascicules de BD, auto-publiés sur du mauvais papier, qu’il distribuera lui-même sur les marchés et dans les rues de la capitale. Une de ses plus fameuses séries sera consacrée à ridiculiser l’ancien dictateur qu’il fit apparaître comme un personnage satanique dans Satan Aboyi Mobutu !, Mobutu alingi asala Satan coup d’État ? et Mobutu a ceinter mwasi na 2e monde.
Si, au cours du long règne de Mobutu, les caricatures des hauts dirigeants étaient formellement interdites sous peine de graves sanctions, l’irréductible malice kinoise trouva un exutoire dans la parodie des sigles et des slogans officiels dont le gouvernement abreuvait la population par le biais d’une propagande effrénée déversée dans les médias. Ce détournement du sens des messages officiels fut bientôt le sport favori des habitants des quartiers populaires pour brocarder le régime (4). Ainsi, les rumeurs véhiculées par « Radio-Trottoir » devinrent rapidement un moyen savoureux et incontrôlable de ridiculiser oralement la dictature en place. Pendant ce temps, quelques dessinateurs changèrent leur fusil d’épaule et choisirent délibérément une autre voie que la caricature de presse pour échapper à la censure : dans la revue Jeunes pour Jeunes, Denis Boyau et son alter ego Sima Lukombo imaginèrent une quantité invraisemblable de personnages plus ou moins délirants embarqués dans des histoires en BD où les méchants étaient toujours punis ou ridiculisés à la fin de chacune de leurs aventures relatées avec énormément d’humour. Jeunes pour Jeunes, créé par Achille N’Goye et son compère Freddy Mulongo, connut rapidement auprès du public branché et de la jeunesse de l’époque un succès considérable durant plusieurs années, grâce à ces inoubliables héros de papier. Nombreux sont les Kinois qui se souviennent encore avec nostalgie des facéties d’Apolosa, Kikwata, Coco, Didi, Wabuza, Molok, Durango, Sinatra, le Brigadier Mongala, Errol, autant de personnages populaires confrontés aux multiples tracas de la vie au jour le jour, à l’image de ce que la population devait résoudre en pratiquant le fameux « article 15 », ou l’art de la débrouille systématique. Après avoir changé de nom pour raison d’authenticité et pris celui de Kaké (L’Eclair), la revue finit par péricliter, perdant une grande partie de ses lecteurs jusqu’à cesser de paraître, en raison du marasme économique et de la censure renforcée. En rejoignant Salongo, Boyau créera encore quelques personnages caricaturaux dignes des précédents, tels Mukomboso, puis le fameux Tonton Skol qui popularisa la bière locale du même nom, mais il décidera par la suite d’abandonner le dessin pendant de nombreuses années, avant qu’Asimba Bathy ne le pousse à reprendre son crayon pour le plus grand plaisir des lecteurs de Kin Label.
Malgré le fait qu’il n’ait jamais existé à l’Institut des Beaux-Arts de Kinshasa un cycle de formation réservé au dessin de presse et à la bande dessinée, peu de temps après la création de l’Institut, un nombre très important de jeunes artistes en herbe se lancèrent, diplôme en main et à leurs risques et périls, à la conquête des journaux et revues de la place pour tenter de faire carrière dans la presse en tant que caricaturistes, illustrateurs ou bédéistes. Carrières parfois aussi éphémères que la faible durée de vie de certaines revues incapables de passer le cap du troisième ou quatrième numéro. D’autres jeunes diplômés ne se découragèrent pas pour autant et finirent par faire reconnaître leurs talents. Ce fut, par exemple, le cas de Berry Malundamene dont les dessins satiriques sur la vie quotidienne dans les quartiers et les nombreuses illustrations consacrées aux événements musicaux ou aux manifestations culturelles firent les beaux jours du magazine L’As des As. Ses dessins et ses caricatures constituent désormais un témoignage irremplaçable sur la vie culturelle et sociale de l’époque.
Le grand tournant
Le 24 avril 1990, le Maréchal Président annonce, poussé dans ses derniers retranchements, l’ouverture démocratique par laquelle il autorise le multipartisme. C’est la fin du pouvoir absolu et le commencement d’une ère nouvelle pour la presse muselée depuis tant d’années.
Les journaux satiriques qui naissent aussitôt, dans cet environnement politique où le privé a enfin son mot à dire, vont constituer le fer de lance d’une opposition bouillonnante d’ambitions frustrées par 25 années de dictature : on va enfin pouvoir dire ce que l’on pense des dirigeants, exprimer sa colère, dénoncer tous ceux qui se sont enrichi impunément sur le dos du peuple. Chaque nouveau journal, la moindre feuille de choux qui sort des presses, font appel aux talents des caricaturistes qui n’hésitent plus à commenter l’actualité politique et sociale à coups de crayons rageurs. Les titres parlent d’eux-mêmes : Le Grognon, Pili-Pili, Pot Pourri, Le Phare, Vite fait, L’Intrus, Caricatures de la semaine, etc. Les deux plus virulents à l’égard du gouvernement sont sans conteste Le Grognon et Pot Pourri où la caricature prend systématiquement le pas sur l’information écrite. Les quotidiens d’informations, pour leur part, réservent leur dernière page aux caricatures et au traitement satirique de l’actualité vue par des dessinateurs de presse déchaînés qui trempent leur plume dans le vitriol et s’en donnent à cœur joie. Des noms deviennent rapidement célèbres, chaque lecteur a son champion et vente ses mérites sur les places publiques transformées en forum : Thembo Kash, Asimba Bathy, Djemba Djeis, Lepa Saye, Emmany Makonga, Fifi Mukuna, Pat Masioni, Trebal, Hemen, Luba Ntotila, Beketch, Philma, Zoblazo…

Mais cette ivresse démocratique ne va malheureusement durer qu’un temps, celui que le régime mettra à réagir pour y mettre un terme, en jetant les journalistes et des caricaturistes en prison et en interdisant la parution de certains journaux jugés responsables du désordre social.
C’est dans ce contexte redevenu ultra-répressif que se crée en 1991 « l’Association des dessinateurs de presse » pour tenter de défendre la libre expression et les droits des caricaturistes (5). Par la suite, l’Adepress deviendra le « Centre Africain de la Caricature », CAC asbl et, tout en poursuivant la défense des droits des caricaturistes congolais, elle élargira ses compétences dans les domaines de la recherche sur la caricature ainsi que dans l’organisation d’expositions et de festivals thématiques sur la caricature et l’image satirique.
Après la chute de Mobutu
Lorsque Désiré Kabila prend le pouvoir et s’installe à Kinshasa le 17 mai 1997, même la presse d’opposition lui réserve un accueil relativement favorable, malgré certaines caricatures qui ne ménagent pas son image. Mais très rapidement, les relations se dégradent avec la presse privée qui subit à plusieurs reprises les foudres du nouveau gouvernement, certains journaux réussissant à conserver leur ligne éditoriale, alors que d’autres sont amenés à en changer et que de nouveaux titres naissent pour soutenir la politique que souhaite instaurer le président.
Durant cette période, la caricature a toujours sa place dans la presse, mais elle a perdu sa virulence humoristique et se réduit souvent à une ou deux vignettes par publication. Elles résument un moment précis de l’actualité en RDC avec, apparaissant sous des traits facilement reconnaissables, les principaux personnages de la vie politique, mis en scène par les caricaturistes.
Dans les journaux pro-gouvernementaux, tel Le Palmarès, c’est très souvent l’aspect manichéen du dessin de commande qui donne le ton en mettant en scène la bonne parole du président que l’on doit suivre pour mieux lutter contre l’idéologie néfaste de l’opposition politique. Un des ennemis irréductibles de Désiré Kabila, le Rwandais Kagamé est le plus souvent caricaturé et diabolisé par les médias du nouveau pouvoir : c’est un voleur et un menteur qui manipule les institutions internationales. Il ne mérite donc que le plus profond mépris du chef de l’Etat.
Parmi les nombreuses chaînes de télévision privée qui prolifèrent depuis une dizaine d’années, on voit alors apparaître sur les écrans une satire politique renforcée par des caricatures présentées jusque dans les journaux télévisés. Par exemple, la chaîne de télévision Tropicana TV diffusera ainsi régulièrement les dessins satiriques et les caricatures d’un des membres du CAC asbl, Emmanuel Assily. Des chaînes concurrentes présenteront, entre autres, des caricatures et dessins de Barly Baruti à Kinshasa et de Tetshim à Lubumbashi.

On ne saurait citer dans cet article tous les dessinateurs qui ont acquis une certaine notoriété en publiant ces dernières années des caricatures dans la presse de la RDC ! Parmi eux, on retiendra, entre autres : Thembo Kashauri (dont un choix de caricatures, associées à celles de deux dessinateurs belges Pierre Kroll et Royer, ont fait l’objet d’une publication en Belgique sous forme d’album aux éditions Luc Pire, Congo, vingt ans de caricatures, avec des textes de la journaliste du Soir Colette Braeckman), Hallain Paluku (après avoir fait les beaux jours de la presse kinoise avec des satires féroces de la vie sociopolitique, il réside à présent en Belgique où il s’adonne à la BD et au dessin animé), Alain Kojelé Makani (très grand caricaturiste et bédéiste dont un de ses dessins, L’Europe à tout prix, publié dans le journal satirique africain Pili-Pili, a été primé Meilleur dessin de presse lors de l’édition 2005 du concours « Prix RFI-Reporters sans frontières »), Emmanuel Makonga, Beketch Luyeye Londi, Jean Guy Mavitidi (qui signe ses dessins sous le pseudo de Guisto), Gaston Bulawe Sebe, Yves Hemedi Tshianzi, Thierry Vahwere, Dodi Lobela, Séraphin Kajibwani (de Bukavu), Pierre Binangamene Maleso, Emmanuel Nzongo, Mira Mikanza, Picha Massamba, Albert Luba Ntotila, Michaël Maloji Shambuyi, Mazebo, Berry Malundamene, Bruno Luya, Flor Nzala, Désiré Limeso, Dieudonné Mandjiba, Franc Matadi, Patou Bomenga, Patou Kanzi, Obi, Wabalonzo, Alain Mushabah’ Massumboko, Tantine Tangu, une des seules représentantes féminines avec Fifi Mukuna (cette dernière finira par choisir l’exil en France où elle se consacre à la BD). Alain Mata Mamengi (Al’Mata a lui aussi quitté la RDC pour la France et vient de publier un album de BD en 2008 d’après un scénario du Camerounais Christophe Ngale Edimo, Le Retour au pays d’Alphonse Madiba, dit Daudet aux éditions Sary 92). Albert Tshitshi, qui dut s’exiler en Belgique à cause d’un dessin resté fameux, publié dans Forum des As en 1996 (6). Le talentueux Pat Masioni, après avoir dessiné pour Le Palmarès, vit désormais à Paris. Il poursuit sa carrière de caricaturiste dans des journaux satiriques africains tel Le Gri-Gri International, parallèlement à la publication d’albums de BD, dont les deux volumes de Rwanda 94 chez Albin Michel, qui lui valent désormais une renommée internationale.
Il faut aussi mentionner des dessinateurs de Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga : David Mas, Sammy Baloji, Michel Kabangu, Tommy Hill, Théo… Certains de ces artistes, malgré les difficultés auxquelles ils doivent faire face, manifestent leurs talents dans la presse régionale depuis de nombreuses années, entraînant à leur suite de nouveaux caricaturistes et bédéistes tels le jeune Trésor Tshamala (dont le pseudonyme avec lequel il signe ses savoureuses caricatures, Tetshim, commence à être connu jusqu’en France et en Belgique où il a déjà participé à des expositions à Lyon et à Bruxelles).

Après ce trop bref tour d’horizon, il nous faut souligner également les rôles joués, depuis le début de cette décennie, par le Centre Africain de la Caricature (7) à Kinshasa et le Festival Karika’Fête pour la promotion de la caricature congolaise dont l’impact social, malgré les avatars de la censure, n’a cessé de réveiller les consciences en incitant les lecteurs à plus de vigilance démocratique, y compris dans les périodes où le talon de fer de la dictature piétinait leurs droits les plus élémentaires.

1. Citation du professeur Hilaire Mbiyé Lumbala : « Le Courrier d’Afrique devint Elima, Le Progrès devint Salongo, L’Essor du Congo (Katanga) devint Taïfa, etc. Ainsi, en 1972, la RDC ne disposait que de huit quotidiens et huit hebdomadaires. Au début des années 80, le pays ne comptait plus que quatre quotidiens dont Salongo et Elima à Kinshasa, Taïfa à Lubumbashi et Mambenga à Kisangani. »

2. Asimba Bathy, dessinateur, journaliste, metteur en page, partenaire d’AfriBD, le futur portail interactif de la BD africaine, est actuellement le coordonnateur et l’animateur de l’excellent magazine de BD Kin Label.
Djemba Djeis, dessinateur de grand talent, est une des « chevilles ouvrières » du magazine qui souhaite prendre le relais du mythique Jeunes pour Jeunes où s’étaient affirmés de talentueux artistes tels le célèbre Denis Boyau qui a d’ailleurs rejoint l’équipe de Kin Label depuis plusieurs numéros, en compagnie d’autres grands anciens : Mfumu’Eto, Cap, Maître Ekundé, Lepa Saye, Hissa Nsoli, Luba Ntotila et des jeunes de la nouvelle génération : Jason Kibishwa, Charly Tshimpaka, Didier Kawende, Jules Baisolé, Luc Mayemba, Fati Kabuika, Abelle Bowala, Séraphin Kajibwami, Tetshim…Et Hallain Paluku, depuis la Belgique, dans les prochains numéros

3. « En lingala, et à la une, tout est fait pour que ce court récit en image soit vu et lu même par le passant. Sans mettre directement en cause le président, on critique ceux qui représentent ce pouvoir. Mais nulle part aucune autorité n’est caricaturée. On joue plus sur l’anonymat, on présente une foule anonyme et des personnages non identifiables en situation de communication. » (Hilaire Mbiyé Lumbala)

4. Exemples cités par Hilaire Mbiye Lumbala : « M.P.R. (Mouvement Populaire de la Révolution) transformé en Mourir Pour Rien; Président Fondateur en Président fécondateur ; Programme Agricole Minimum (PAM) en Peuple Akolia Matiti (le peuple mangera des herbes) ou Peuple Aboyi Mobutu (le peuple ne veut plus de Mobutu) ». On peut également citer : « Ici tout le monde a le SIDA » (Salaire Impayé depuis Des Années)…

5. « La caricature politique apparaît aujourd’hui, sur le plan formel comme la plus grande innovation de la presse écrite au Zaïre. Les années démocratie ont en effet tiré de l’ombre une catégorie méconnue d’artistes qui, sous la deuxième République, avaient du mal à s’imposer en dehors de leur sacro-sainte Académie des Beaux-arts : les dessinateurs humoristes. Ceux-ci se sont résolus, depuis le 1er novembre dernier, à se serrer les coudes, au sein d’une seule et même association, afin de défendre leurs droits et de réhabiliter leur profession… » (Didi Mitovelli, Les dessinateurs humoristes s’organisent, in La Tempête des Tropiques décembre 1992.)

6. Alors que les salaires des fonctionnaires étaient impayés depuis des années et que l’Etat n’avait pas d’autres alternatives que de faire tourner la planche à billets, Tshitshi avait osé représenter le premier ministre de l’époque en train de tourner une manivelle qui faisait voler des billets de banque pendant que des jeunes gens s’écriaient : Ici tout le monde a le SIDA ! (Salaire Impayé depuis Des Années)… (Anecdote relatée dans une interview accordée à Christophe Cassiau-Haurie, Itinéraire d’un bédéiste exilé, publiée sur le site d’Africultures le 11/08/2008)

7. Les activités du C.A.C. s’articulent autour de quatre grands axes :
– Traitement et diffusion de l’information par la caricature ;
– Gestion de la documentation sur la caricature ;
– Travaux pratiques et ateliers spécialisés ;
– Expositions et exposés scientifiques sur l’histoire et l’avenir de la caricature en RDC et dans le monde.
Depuis 2001, le CAC organise chaque année « Karika’Fête », un festival de la caricature à Kinshasa, ouvert à tous les caricaturistes de RDC et d’ailleurs.
Le CAC asbl publie depuis mars 2007 un journal mensuel Actukatur, l’actualité en caricatures, dans lequel on peut voir de nombreux dessins satiriques et des caricatures politiques de Massele, Yves Hemedi, Patou Kanzi, Liande Walala, Dick Esalé, Thembo Kash, Mushabah’ Massumboko, Dieudonné Mandjiba…
///Article N° : 9063

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