La littérature africaine en bande dessinée : une voie à explorer

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Si l’adaptation d’œuvres littéraires en bande dessinée est fréquente en Occident, cela n’est pas le cas sur le continent africain où nombre de dessinateurs pourraient pourtant s’emparer avec talent d’un patrimoine littéraire en mal de diffusion.

Au Nord, on ne compte plus les albums tirés de romans célèbres, faisant partie du patrimoine mondial. De Victor Hugo à Conan Doyle, jusqu’à la sortie, en septembre 2008, du Petit prince de Saint-Exupéry, mis en image et découpé par Joan Sfar, la liste est longue. Certaines œuvres sont même essentiellement connues par la jeunesse grâce à ces adaptations.
Quelques auteurs du Sud travaillant en Europe se sont déjà aventurés sur ce terrain. Ce fut le cas du marocain Youcef Daoudi qui a adapté La trilogie noire de Léo Malet en trois albums entre 2005 et 2007. Sur le continent africain, les adaptions d’œuvres littéraires en bande dessiné sont peu nombreuses et privilégient essentiellement les textes religieux et les thèmes historiques ou issus de la tradition.
Au tout début des années 80 (1), dans l’ex-Zaïre, des passages de la Bible avaient été adaptés par les Éditions Saint Paul et diffusés en français et dans les langues locales (en particulier le malgache (2)), dans plusieurs pays de la francophonie. Dans certains pays, d’autres séries d’albums rendant hommage à des personnages de l’Église, saints ou béatifiés, se sont parfois inspirées d’œuvres déjà éditées (3).
En RDC, toujours, Les Éditions Saint Paul ont adapté plusieurs ouvrages issus de Contes et légendes de la tradition. Ce fut le cas pour des textes de Zamenga Batukezenga : Mami-wata à Lodja et Lata l’orpheline (4) ainsi que Les deux crânes et L’échelle de confusion (5). Zamenga scénarisera lui-même deux de ses romans les plus célèbres : Un croco à Luozi (6), Bandoki (7), véritables best-sellers locaux, vendus à des dizaines de milliers d’exemplaires aussi bien sous forme de roman que d’album BD (8). À la fin de sa vie, il sera d’ailleurs l’auteur d’une dizaine de scénarios originaux dessinés par Pat Masioni et Al’Mata, dont Le mariage des singes à Yambi (1987), Pourquoi tout pourrit chez nous (1992), Belle est aussi ma peau (1995), L’Enterrement d’un chien à Kimpese (1996), Un paysan devient riche (1998), etc.
Autre écrivain congolais, Charles Djungu Simba a également vu plusieurs contes tirés de son ouvrage Autour du feu (1984), adaptés en bande dessinée dans le cadre de cette même collection : La belle aux dents taillées (1986), Kipenda roho, le démon-vampire et autres contes (1987) avec le dessinateur Lepa Mabila Saye.
Enfin, Sambu Kondi a adapté, en 1985, un ouvrage local de l’auteur Akambu, La vie de Disasi Makulo, qui raconte les aventures du premier clerc congolais à l’époque de la colonisation, depuis sa capture par des esclavagistes jusqu’à son baptême et sa vie religieuse irréprochable.
À l’Île Maurice, l’histoire de la bande dessinée locale a débuté par une adaptation littéraire dans un contexte bien particulier. En 1976, Rafik Gulbul parodie le milieu politique mauricien dans un ouvrage entièrement en créole, Repiblik z’animo, inspirée par la ferme des animaux de Georges Orwell, où la plupart des membres de la classe politique locale pouvaient se reconnaître parmi les protagonistes animaliers. Cet album, aujourd’hui introuvable, était en réalité une critique du parti travailliste mauricien assimilé, avec beaucoup d’humour, par l’auteur au communisme.
Plus proche de nous, Jean Claude de L’estrac, directeur de L’express, le journal le plus populaire de l’île, édite en 1999, un livre pour enfants, L’histoire de Maurice racontée aux enfants, superbement illustré par Éric Koo Sin Lin. Il s’agissait, juste après les émeutes de février 1999, de faire passer le message de la diversité des origines au sein de la population mauricienne auprès de la jeunesse du pays. Du fait des conflits mémoriels entre les populations indiennes, africaines, européennes et chinoises, de la difficulté à faire émerger une histoire commune acceptée par tous sans occultations ni mensonges, l’histoire du pays n’est pas une discipline enseignée à l’école. Cet ouvrage cherchait donc à véhiculer un discours apaisant et réconciliateur et insistait sur le passé commun et la longue marche de la nation vers l’indépendance.
En novembre 2008, sort sa version BD, à l’initiative de De L’estrac qui y voit l’occasion de toucher un nouveau public et permettre une meilleure appropriation de son message par l’image. L’album est dessiné par le malgache Pov, l’un des caricaturistes vedettes du pays et employé du journal L’express.
En 2006, un projet soutenu par l’Union Européenne a également permis la rencontre entre des œuvres littéraires et le talent de dessinateurs africains. Ce projet, intitulé Valeurs communes (9) avait pour objectif d’évoquer les points communs entre les religions et la pensée laïque : tolérance, partage, respect de l’autre… Il se composait d’un guide didactique et de cinq albums publiés par les éditions italiennes Lai-Momo. Ceux-ci étaient le fruit d’adaptations de nouvelles d’auteurs européens par le franco-camerounais Christophe Ngalle Edimo, et dessinés par des bédéistes du Sud : les Ivoiriens Chrisany (L’exposé de Abdourahman Waberi) et Faustin titi (La réserve de Thomas Gunzig), les Congolais Fifi Mukuna (Si tu me suis autour du monde de Carl Norac) et Pat Masioni (L’appel de Pascale Fonteneau) et le Camerounais Simon Pierre Mbumbo (Hicham et Yseult de Carl Norac).
Enfin, en 2000, à Mayotte, Nassur Attoumani adaptait en bande dessinée, Le turban et la capote, une pièce de théâtre dont il était l’auteur, publié aux éditions réunionnaises Grand Océan en 1997. Les dessins étaient du malgache Luc Razakarivony.
La poupée Ashanti de Francis Bebey fit également l’objet d’une adaptation BD dans les années 70, mais ses auteurs n’étaient pas africains.
Ces adaptations éparses ne constituent pas un corpus bien consistant. Les écrivains africains s’intéressent très peu à la bande dessinée qui n’a pas bonne presse sur le continent et les projets communs entre les bédéistes et les auteurs originaires du continent sont rarissimes. La seule exception est le Béninois Florent Couao-Zotti qui a scénarisé Les couleurs de la mémoire avec Hector Sonon. Cette très rare incursion d’un écrivain africain de renom dans le scénario (et non dans l’adaptation scénaristique d’une œuvre existante comme c’était le cas avec Zamenga) a permis de faire revivre la belle figure du 18ème siècle de la princesse yoruba Adéfèmi.
Au-delà du peu de relation entre auteurs et bédéistes, se pose aussi le problème des droits. L’essentiel des œuvres remarquables des écrivains d’Afrique est édité à l’étranger – notamment à Paris pour les auteurs francophones. Les petits éditeurs africains ou dessinateurs désireux de s’auto-éditer n’ont que rarement la capacité financière de racheter les droits d’adaptation de ces titres à des éditeurs français.
Dans ce contexte, deux œuvres éditées en octobre 2008 marquent une étape importante dans les relations entre la bande dessinée et la littérature en Afrique.
La première se situe en Algérie où Lazhéri Labter (Lazhari Labter Éditions, Alger) publie Le dingue au bistouri : Commissaire Llob, septième roman de Yasmina Khadra (10), auteur prolifique dont le vingt-deuxième roman, Ce que le jour doit à la nuit,est sorti en août 2008.
L’histoire de ce roman policier – publié à Alger par les Éditions Laphomic, aujourd’hui disparues – se situe en 1990, année oùl’Algérie rentrait dans un cycle de violence qui allait durer presque dix ans. Il fut réédité dans la collection « J’ai lu » du groupe Flammarion en 2001. Le roman était signé du même nom que son principal protagoniste, le commissaire Llob. Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Mousselhoul, militaire de carrière, avait préféré garder l’anonymat pour des raisons liées au devoir de réserve de l’institution et aussi pour se préserver des représailles des terroristes islamistes.
Par la suite, le commissaire Llob fera l’objet d’une trilogie parue entre 1997 et 1998 : Morituri, L’automne des chimères et Double blanc. Écrite au comble de la guerre civile algérienne, elle décrypte de l’intérieur les tenants et les aboutissants de l’horreur en cours. Dans Le dingue au bistouri, l’intrigue met en scène un serial killer, tueur de femmes, qui prend contact avec le commissaire chargé de l’enquête et entame avec lui un dialogue morbide où il lui annonce ses prochains meurtres. Comme l’écrit Patrick Galmel le 30 septembre 2005 sur le site Pol’art noir : « L’intérêt de ce roman tient plus à l’étude sociologique de l’Algérie qu’à l’intrigue elle-même où on relèvera quelques faiblesses. Yasmina Khadra décrit un pays qui se recroqueville sur lui-même et qui va bientôt sombrer dans une violence aveugle. Placé au cœur du système (même si on ne le sait pas encore, pas même au moment de la réédition française), l’auteur aborde de l’intérieur les transformations qu’il vit au quotidien : « Il y a des jours où je me dis, honnêtement, que les trente années d’indépendance nous ont fait plus de tort que les cent-trente-deux années de joug et d’obscurantisme« . (11) »
Tiré à 2500 exemplaires, vendu 10 euros, l’album a déjà été pré-acquis à 2000 exemplaires par le ministère de la Culture. Il a été lancé dans le cadre du 1er Festival international de la bande dessinée d’Alger où une centaine d’albums se sont écoulés. Le reste sera vendu en librairie. Cette adaptation a rencontré l’assentiment total de l’auteur qui a encouragé l’éditeur dans son entreprise.
Bien que le nom de Khadra soit présent sur la couverture, l’adaptation du roman est surtout due à Mohamed Bouslah, dessinateur de plusieurs séries à succès pour la presse algérienne et auteur de trois albums personnels : Quand résonnent les tam-tams (1982), La Ballade du proscrit (1989) et Pour que vive l’Algérie !
L’éditeur Lazhari Labter (lazharilabtereditions@mail.com) qui en est à sa première production d’album de bandes dessinées sous son nom, avait réédité en 2004 les trois albums de Mohamed Bouslah alors épuisés.
L’autre ouvrage inspiré par un roman africain est un classique de la littérature centrafricaine, L’odyssée de Mongou de Pierre Sammy-Mackfoy, actuellement au catalogue de l’éditeur français Sepia. Ancien instituteur, plusieurs fois Ministre de l’Éducation Nationale, cofondateur de l’Association des écrivains centrafricains, Chevalier de la Légion d’Honneur, il est actuellement le président du Haut Conseil de la Communication de Centrafrique et accessoirement le président de l’Alliance française de Bangui. Mais Sammy-Mackfoy est surtout l’un des plus grands hommes de lettre du pays, avec Étienne Goyémidé (12).
Né en 1935 à Bangassou dans l’Est du pays, Mackfoy a également une longue carrière dans l’éducation nationale, au cours de laquelle il a rédigé de nombreux manuels scolaires pour les écoles centrafricaines. Il a par ailleurs publié cinq romans : Mongou, fils de Bandia (Armand Colin – 1970), L’odyssée de Mongou (Hatier – 1982), Papillon bleu (ACCT – 1985), Les illusions de Mongou (Sépia – 2002) et son dernier, De l’Oubangui à La rochelle (L’Harmattan – 2003).
L’histoire de L’odyssée de Mongou se déroule à l’époque coloniale. Mongou assiste à l’arrivée des Européens dans son village. Cette rencontre lui ouvre de nouveaux horizons et lui permet de partir à son tour à la découverte de l’Europe. L’adaptation BD a été éditée par Les rapides, unique structure éditoriale centrafricaine de droit privé. Créée en novembre 2007 avec l’appui de l’Alliance française de Bangui, Les rapides travaillent dans la microédition (tirages autour de 250 exemplaires) et sont venus combler un vide durement ressenti par le milieu littéraire local. On peut d’ailleurs souligner les efforts de l’Alliance française dans son soutien à la renaissance d’une littérature centrafricaine.
Le dessinateur de cette adaptation est Didier Kassaï, auteur émergent du 9ème art local (13), qui voit une chance de publier enfin son premier album individuel après plus de dix années de carrière. Kassaï a reçu, pour son travail, un petit soutien financier : « j’ai tout juste bénéficié d’une aide à la création à hauteur de 550 euros (matériel et prise en charge pour trois mois) octroyé par l’Alliance française, car les éditions Les rapides ne disposent d’aucun fond pour la publication ni pour payer le travail. Je toucherai par la suite 6 % sur chaque album vendu (14) ». Il a également bénéficié de l’aide technique de Vincent Carrière, médiathécaire de l’Alliance française, coauteur du scénario : « Je me suis documenté grâce à la médiathèque de l’Alliance française, j’ai aussi bénéficié de l’aide de Vincent qui me fournissait certaines images des années 1914-1920 tirées d’Internet ; J’ai collaboré avec lui sur le découpage et c’est lui encore qui a fait la correction des textes, échangé des coups de fil avec l’auteur pour régler certains petits détails (habillement, traits des personnages, les cases de l’époque pré – coloniale…) (15) »
L’album est vendu 12 000 Fcfa (environ 18,50 €), ce qui ne le destine pas au grand public. Les ventes se feront à la demande et les exemplaires seront tirés sur l’imprimante de l’Alliance.
Ces deux derniers cas, même s’ils restent isolés, ont une importance symbolique très forte. Les sorties BD de L’odyssée de Mongou et Le dingue au bistouri s’apparentent à une valorisation du patrimoine littéraire du continent et constituent une forme de reconnaissance pour les auteurs et leurs œuvres. Le passage par l’image et le dialogue en bulles permettent de toucher un autre public, en favorisant une meilleure appropriation de l’œuvre par des lecteurs non francophones ou rebutés par le genre romanesque, même si le prix des albums reste onéreux pour la moyenne des bourses algériennes et centrafricaines. Ces deux albums rapprochent symboliquement leurs auteurs d’un public local qui n’a pas accès à leurs œuvres éditées à l’étranger. Dans ces publications, la bande dessinée n’est pas utilisée comme un média astucieux pour diffuser des messages de tolérance ou de respect (c’est le cas du projet Valeurs communes ou de L’histoire de Maurice racontée aux enfants, etc.), parler de politique (Repiblik z’animo) ou faire de la propagande religieuse (Contes et légendes de la tradition). Cette fois, l’œuvre est une réelle déclinaison graphique du roman. La littérature du Sud y gagne en visibilité et la bande dessinée africaine sort, pour une fois, des traditionnels albums didactiques et des recueils de dessins de presse.

1. Saint Paul Kinshasa a sorti deux collections d’albums religieux : Biographies en bandes dessinées, La bible en bandes dessinées, principalement dessinée (mais pas uniquement) par les congolais Sima Lukombo et Mayo Nke. Ils ont été diffusés en RDC en français, lingala, tshiluba, swahili et kikongo (les 4 langues ntionales).
2. La collection Ny Baiboly vita tantara an-tsary publiée par Edisiona MD. Paoly (Maison d’édition Saint Paul) avec les 12 titres suivants : Abrahama, Moizy, Josefa, Davida, Samsona, Tobita, Paoly, Daniela, Josoe, Rota, Estera et Jodita sont une adaptation de la série des éditions Saint Paul – Kinshasa.
3. La collection Vavolombelona, éditée entre 1989 et 1991, raconte la vie de saints, de béatifiés et d’hommes de bonne volonté. Elle compte 12 titres en malgache : Ny papa Joany Paoly faha 2, Izy telo dahy tany fatima, MB. Bernadette, MB. Agnès, MD. Tarcisius, Robert Naoussi, Gandhi, Martin Luther King (ces 8 ouvrages adaptés d’œuvres préexistantes et dessinés par Martin Rasolofo), Victoire Rasoamanarivo, Jacques Berthieu, Rasalama (ces trois ouvrages scénarisés et dessinés par Alban Ramiandrisoa Ratsivalaka), Jacques Alberione (dessiné par Alban Ramiandrisoa Ratsivalaka, scénarisé par Les Filles de Saint Paul). Certains albums étaient adaptés de Bd préexistantes de Bayard.
4. Lepa Mabila Saye, Mami-wata à Lodja et autres contes. – Kinshasa : Saint Paul Afrique, 1982. – 31p. : ill., couv. ill. en coul. ; 28cm. -(Coll. Contes et légendes de la tradition ; 8)
5. Kipenda roho, le démon-vampire et autres contes. – Kinshasa : Saint Paul Afrique, 1987. -31p. : ill., couv. ill. en coul. ; 21cm. -(Coll. Contes et légendes de la tradition ; 6).
6. Zamenga Batukezanga et Lepa-Mabila Saye, Un croco à Luozi. – Kinshasa : Saint Paul Afrique, 1983. -31p. : ill., Couv. ill. en coul. ; 27cm. -(Coll. Contes et légendes de la tradition ; 3)
7. Zamenga Batukezanga & Sambu Kondi, Bandoki. -Kinshasa : Saint Paul Afrique, 1984. -64p. : ill., couv. ill. en coul. ; 29cm. -(Coll. Contes et légendes de la tradition ; 1)
8. A titre d’exemples, Un croco à Luozi version BD en était à huit réimpressions ou rééditions en 2005.
9. http://www.valeurscommunes.org/home.php
10. Site officiel : http://www.yasmina-khadra.com/
11. http://www.polarnoir.fr/livre.php?livre=liv173
12. Décédé en 1997, Goyémidé est l’auteur de Le dernier survivant de la caravane, Au nom de la loi et Le silence de la forêt (cette dernière œuvre adaptée au cinéma en 2003) ainsi que de plusieurs nouvelles et pièces de théâtre. Il a également été directeur de la troupe nationale de Centrafrique et ministre de l’enseignement et de la recherche.
13. Pour en savoir plus, lire son interview (http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=8123), un article sur l’histoire de la Bd en Centrafrique où il est cité (http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=6882) et la critique d’un de ces albums (http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=7492)
14. Echange de courriel avec l’auteur, le 01/11/2008
15. Echange de courriel avec l’auteur, le 01/11/2008
Rose Hill
Île Maurice///Article N° : 8184

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Les images de l'article
Le dingue au bistouri (version roman)




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