La Médiathèque des diasporas à Cotonou, espace de liberté et d’échanges

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La Médiathèque des diasporas apparaît comme un lieu incontournable d’intense foisonnement intellectuel en marge de tout conformisme. Comme en témoigne ce rapide survol de ses activités, elle est un vrai baromètre des nouvelles tendances de l’art contemporain sécrété par l’imagination des Béninois.

Logée dans les entrailles d’un des monuments les plus emblématiques du Bénin, la Médiathèque des diasporas est ouverte du lundi au samedi à tout venant. Il suffit, en descendant à Cotonou de demander la route de l’aéroport ou l’avenue Jean Paul II et de s’arrêter à la Place des Martyrs. Deux grandes bâtisses situées aux pieds du monument vous accueillent. L’aile gauche vaste de 320 m² constitue la plus grande galerie d’art du pays tandis qu’à l’Ouest, la galerie des Médias grâce à sa superficie de 250 m² est un foyer bouillonnant de la vie culturelle et intellectuelle.
Mis en service en 1998 après de grands travaux de remise à neuf des lieux laissés à l’abandon, la galerie des arts a abrité des expositions de peinture, d’art plastique, de photographie et de livres dont l’audience dépasse les limites du Bénin. Des oeuvres d’artistes locaux comme expatriés peuvent se côtoyer ou se relayer.
Inaugurée en mars 1999, l’aile Ouest qui constitue la galerie des Médias est le siège de toutes les ébullitions. Dans cet espace qui abrite la bibliothèque Sylvain Bemba riche d’un fonds documentaire de plus de trois mille ouvrages, la salle de lecture de la presse quotidienne et la vidéothèque, on note également le bouillant coin des jeudis bleus : une rencontre hebdomadaire entre créateurs, intellectuels et communicateurs. Il s’agit d’une tribune de lancement d’une oeuvre, d’une création ou d’un débat sans complaisance autour d’une idée.
Le forum, rencontres semestrielles entre personnalités du monde scientifique, culturel ou politique pour discuter, anticiper et présenter des projets est une autre invention de la Médiathèque des diasporas. Le fruit de ces réflexions est consigné dans la Lettre des diasporas devenue la Nouvelle lettre des diasporas, et dans la presse béninoise.
L’idée de départ de Camille Amouro, directeur de la Médiathèque des diasporas, lors de sa création en 1993 :  » créer un lieu où l’on puisse déposer ou obtenir des informations sur le folklore du Bénin, ses sites, ses créations contemporaines, sa technologie « , est largement dépassée. Aujourd’hui, on réfléchit à la Médiathèque des diasporas, mais on s’y détend aussi sur sa terrasse grâce à l’escale des diasporas, un bus de restauration rapide.
L’idée que toute culture est en devenir, qu’il n’y a pas de tradition sans apports successifs des modernités remarquables et que la modernité est toujours le fait d’hommes qui la pensent, fait son petit bonhomme de chemin. Ainsi, la culture semble indissociable de la communication. Celle-ci est perçue comme les pieds de celle-là. Voilà pourquoi, loin d’être une simple exposition, la Médiathèque des Diasporas accorde une place de choix à la parole et au regard. Tout ce qui s’y passe est prétexte au débat sur notre modernité. Et il n’y a pas de sujet tabou.
Plusieurs personnalités de la littérature et des arts, du monde entier, y ont laissé une empreinte dont la presse est un relais incontournable. Mme Alioune Diop de Présence Africaine, Paul Dakeyo, Tierno Monénembo, Nouréini Tidjani-Serpos, etc., tous écrivains, mais aussi, Sébastian Lopez de la Gate Foundation, à Amsterdam, Monique Blin du Festival international des Francophonies, Mr Imagination, artiste noir américain ou le directeur des Beaux-arts d’Abidjan, Mr Coulibaly. Certains ont donné une conférence, d’autres ont fait des démonstrations ou inauguré un volet particulier de l’espace.
Ce qu’il faut noter, c’est le lien particulier que La Médiathèque des Diasporas fait entre médias et arts, à chaque événement. Ainsi, l’inauguration de la Cité des Diasporas, annexe de la Médiathèque, s’est faite sur le site d’une radio communautaire, à deux cents kilomètres de Cotonou, avec la présence de Monique Blin, de son remplaçant, du directeur du bureau des échanges internationaux du ministère français de la culture, mais aussi, de la presse béninoise qui ne s’explique toujours pas pourquoi la structure devrait fonctionner avec zéro franc de subvention. Ce lien entre l’art et les médias ne fonctionne pas en terme de couverture d’événements, mais en terme d’implications réciproques. La presse participe directement aux activités. En retour, la médiathèque met à disposition des ouvrages de formation, offre des excursions pour la connaissance du Bénin, met à jour un répertoire d’artistes et d’événements, et met en contact les artistes et les journalistes.
Pour l’écrivain Camille Amouro, en Afrique et peut-être ailleurs, l’observation d’une culture conduit inévitablement à l’observation de ses médias. Et les rêves que portent les peuples à travers l’expression de leurs artistes et de leurs intellectuels ne peuvent se concrétiser que par la détermination d’individus capables de se jeter au feu pour sauver la cité de l’incendie. Les média sont le témoin et le réceptacle de ces rêves.
Son rêve à lui – exprimé à l’occasion d’un débat télévisé que j’organisais en 1993 avec Barnabé Laye, Paulin Jachim, Christiane Diop et Paul Dakeyo – c’est la création en Afrique par les Africains d’un établissement culturel public ouvert sur le monde pour tous : locaux et expatriés au Bénin. Et ceci sans compter sur l’aide occidentale et sans s’en remettre à l’assistance des missions de coopération en tout genre. Ainsi, longtemps rêvée et ruminée, la Médiathèque des diasporas devenait, dès la même année, réelle, physique et surtout visitable.
D’abord érigée dans la propre maison de l’auteur, elle a transité par une cohabitation avec une ONG internationale avant de s’installer définitivement à la Place des Martyrs. Contrairement aux apparences, l’Etat ne lui est d’aucun secours. Et parfois fatigué, il aurait eu des tendances au découragement sans l’oeil vigilant du public. 

Bonaventure Assogba est réalisateur TV – ORTB
La Médiathèque des Diasporas
04 B.P. 792 Cotonou
Tél. (229) 90 66 69///Article N° : 1532

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