La Mosquée

De Daoud Aoulad Syad

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Il est des films qu’on oublie si vite que même si on retombe dessus, on se demande si on l’a seulement vu. Et puis il y a ceux qui restent en tête comme si c’était hier, ceux qui se sont imposés par une émotion, une pertinence, une simplicité, une sincérité qui nous ont marqués. Vous me voyez venir : La Mosquée est de ceux-là. Pourquoi ? Parce que son épure sert complètement son récit, que ses plans séquences inscrivent un temps parfaitement tendu par une histoire à suspense mais qui laisse le temps de vibrer, que sa façon de jouer avec le hors-champ puise dans une cinéphilie assumée (que confirme notre entretien avec le réalisateur [ici]) et une sensibilité de l’image (qui remonte au métier de départ de Daoud : la photographie). Mais aussi parce que tous les acteurs sont justement choisis et jouent juste, parce que cette histoire bourrée d’humour nous parle des grands problèmes du temps présent, parce que ce village pris dans le jeu du cinéma entre décor et réalité est un microcosme des tremblements de notre monde.
L’histoire : toute simple, au point qu’elle est issue d’une histoire vraie. Sur le tournage du dernier film de Daoud, En attendant Pasolini, qui justement portait sur un tournage dans un village où Pasolini avait lui-même autrefois tourné, une mosquée-décor avait été montée pour les besoins du film. En l’absence de mosquée, les gens du village l’avaient adoptée, bien qu’elle ne réponde aucunement aux normes. Fantastique histoire ! Et voilà La Mosquée. Le propriétaire du terrain voudrait faire démolir le décor mais se trouve confronté aux intérêts, aux pouvoirs, aux dogmes, et à ses propres contradictions. C’est drôle et émouvant à la fois, et si c’est émouvant c’est que la vie peut être drôle si l’on veut bien la voir avec du recul. C’est ce que fait merveilleusement Daoud Aoulad Syad qui confirme là son talent dans une veine qui lui réussit d’autant mieux qu’il a une fibre pour les petites choses qui font la poésie de la vie. Un caméléon passe et tout est dit. Un regard désarçonné soutenu par une perspective évite un épanchement de paroles. Une situation (par exemple le dialogue avec un homme qui ne sortira d’un puit qu’en fin de séquence) dit bien plus que ce qui n’est dit. Daoud met en scène sans oublier Chaplin : une structure chorégraphiée avec une grande précision, une grande attention au cadre et aux objets, un humour vu de dos, subtil car sans insistance et jouant sur l’inattendu, une critique sociale généralisée qui ne renie pas la psychologie des personnages, et finalement toute une métaphysique humaine dans l’espace réduit d’un village.
Ce petit théâtre humain est tout simplement du cinéma.

///Article N° : 9894

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