La production audiovisuelle dans la région des Grands Lacs

Ateliers internationaux au 10ème Afrika Filmfestival Leuven 2005

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Lors de sa 10ème édition, le Afrika Filmfestival a organisé, du 22 avril au 7 mai 2005 à Leuven (Brabant Flamand) trois ateliers qui se sont concentrés sur le développement récent de la production audiovisuelle (films, documentaires, vidéo-clips) en République Démocratique du Congo, au Rwanda et au Burundi. Ce rapport a été présenté par Guido Huysmans & Dr. Guido Convents, en présence de Guy Bomanyama Zandu, Lydia Lydia Ngaruko et introduit par le Sous-secrétaire Général a.i. de l’ACP Mr. Sekou-Condé lors de la Conférence de Presse aux bureaux ACP, Avenue Georges Henri 451 – 1200 Bruxelles, le mercredi 15 juin 2005.

Grâce à ses contacts avec le monde audiovisuel de cette région, le festival s’est aperçu que même dans ces pays, la révolution digitale avait provoqué une première vague de dynamisme inconnue jusqu’alors auprès des jeunes. Ils produisent à l’aide de caméras digitales, montent leurs films sur place à l’aide d’ordinateurs, et sortent ainsi des films dans un délai très court. Certains produisent pour des chaînes de télévisions locales ou vendent ces productions sous forme de DVD’s ou de cassettes vidéos à leurs compatriotes ou à l’étranger.
Depuis la deuxième moitié des années nonante, des maisons et des centres de production ont vu le jour un peu partout dans cette région. Leurs activités sont souvent liées à l’industrie de la musique, pour laquelle ils produisent des vidéo-clips, ou aux groupes de théâtre, pour lesquels ils filment les pièces.
Les trois ateliers ont été conçus de la même façon : programmer des productions récentes et représentatives des réalisateurs congolais, rwandais et burundais. Chaque film a été présenté dans son contexte, puis chaque atelier a été clôturé par une table ronde avec des experts locaux ou actifs dans ces pays, en interaction avec le public, dont un nombre important de spécialistes et de réalisateurs actifs de la région.
En total, plus de 150 personnes ont assisté aux ateliers.
REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
L’atelier consacré à la République Démocratique du Congo a eu lieu le 23 avril. Douze films ont été programmés non-stop, de 10 heures du matin à 17 heures. Une première constatation est l’existence d’une production active d’œuvres audiovisuelles à Kinshasa, mais aussi dans d’autres villes ou régions.
Vidéographie à Goma
Au Congo, le Centre Culturel d’Études et de Production Vidéographique (CEPV), à Goma, est organisé par les jeunes eux-mêmes. Ce centre est un lieu de rencontre entre des artistes, des réalisateurs, des producteurs et des cinéphiles et est conçu comme un département audiovisuel de la Yole ! Africa à Kampala (Ouganda). Cette structure veut promouvoir et développer l’art de vidéo dans la région des Grands lacs via l’échange des expériences, des techniques et des productions des vidéos. Au tout au long de l’année, le CEPV organise des séminaires et des sessions de formation qui couvrent tout le processus pour réaliser des films de fiction et des documentaires avec des études de technique de caméra, de photographie, de montage, d’écriture de scénario et de comédien. Ces séminaires sont dirigés par des spécialistes locaux et internationaux. Le CEPV a des fonctions bien définies. Il y a le studio, destiné pour les membres, avec l’achat en commun du matériel d’audiovisuelle (des caméras, des tables de montages, des ordinateurs qui se trouve dans les bâtiments du centre. Ainsi le centre dispose du matériel technique pour la formation des étudiants et pour exécuter leurs propres projets. Ensuite, le CEPV contient aussi un ciné-club hebdomadaire, organisé par ses membres ou ils projettent et discutent des films qui sont sélectionnés dans le cadre de la formation et ou ils présentent au groupe les productions en vidéo, réalisées par des membres Ces rencontres sont en fait une sorte de formation continuelle de tous les membres ou associés. Le centre est aussi une des seules structures dans la région qui investie dans une vidéothèque et une bibliothèque, consacrée à des publications sur entre autre la production des films et des documentaires en vidéo, pellicule et en digital. Le centre dispose aussi d’une salle de lecture pour consulter surplace des livres et des magazines concernant le monde audiovisuel. D’autres jeunes peuvent y trouver une formation d’acteur ou de technicien de cinéma. La production de CEPV est très variée (e.a. « Stokyo », film de fiction basé sur la vie quotidienne des jeunes à Goma de Modogo Mutembwi – 2004 ; 45 min. ou encore « Barua Lako » (Le volcan), un docudrame sur la situation d’une jeune femme face à l’éruption du volcan et à la destruction de la ville de Goma). Petna Ndaliko Katondolo, qui a créé le centre CEPV et qui vit entre Kampala et Goma, explique que cette production est très importante, non seulement pour les habitants de la région, mais surtout pour les jeunes. Ces films démontrent que la région est vivante et que la vie quotidienne continue malgré les menaces de guerre ou d’éruption du volcan. Pour les jeunes, c’est un moyen d’expression au sein de leur communauté, mais aussi vers le monde extérieur.. Le financement de ce centre et la production audiovisuelle sont malheureusement hasardeux et l’argent provient d’ONGs (e.a. hollandaises) et de (petits) sponsors locaux. Il collabore également – ponctuellement et de façon non officielle- avec le RTNC à Goma, sur base d’échanges de matériel et de services. Il se voit comme un centre indépendant qui, sans faire de recours officiels auprès du gouvernement, essaie de développer une production audiovisuelle locale. Des films de ce centre ont déjà été sélectionnés par des festivals de cinéma en Ouganda, en France, en Inde et en Belgique
Le centre du CEPV existe, mais son infrastructure est quasi inexistante : pas de livres ou de manuels, pas de matériel, pas de structures de production, pas de financements, pas de formateurs adéquats. Petna Ndaliko, représentant du CEPV, est convaincu qu’une collaboration plus structurée pour mieux équiper son centre, afin d’organiser des ateliers de formation audiovisuelle, et aussi de distribuer les productions dans le pays et à l’étranger, pourrait favoriser de façon considérable le développement du centre, la production audiovisuelle et la distribution des films. Il souligne que des Congolais de Kinshasa sont aussi actifs dans la production audiovisuelle, mais que sa région est souvent oubliée et privée d’investissements ou d’aides. Il trouve saisissant que son court-mètrage  » Lamokowang « , une vision artistique sur la signification de la calebasse en Afrique, ait été programmé à des manifestations à New Dehli (Inde) avant même qu’il ne l’ait été vu au Congo (à Kinshasha par exemple), ou seulement pris en considération par des festivals de films en Belgique. (Lors de l’atelier, une réalisatrice / productrice belge, Sarah Vanagt, a parlé d’une collaboration possible, restreinte mais concrète, avec Ndaliko).
Documentaires à Lubumbashi
Richard Nawezi, installé à Munster, en Allemagne, dirige l’asbl MUTOTO et s’occupe de théâtre et de musique à Lubumbashi. Il reçoit des financements du Ministère du Développement d’Allemagne. En quelques jours Nawezi a produit avec des journalistes-cinéastes, et avec un financement minimum (quelques centaines de dollars), deux documentaires-reportages sur les enfants de la rue à Lubumbashi. À l’aide de son travail sur place, c’est à dire la production de pièces de théâtre avec des enfants, il planifie de développer ses productions audiovisuelles. Il a des contacts avec des journalistes et des  » cinéastes  » de Lubumbashi. Sa production « Survie, les enfants dans les rues de Lubumbashi  » (2003, 25 min.) a été programmée. La qualité technique n’était pas excellente, mais l’histoire racontée était inconnue du public local et international. Pour lui et les spécialistes de l’ atelier, un investissement dans l’équipement et surtout dans la formation pourrait jeter une première base au développement d’ une production de reportages de qualité pour la télévision. Il signale aussi qu’à Lubumbashi, quelques maisons de productions audiovisuelles sont actives et qu’il y a aussi une présence de la RTNC. Il existe une production importante de théâtre filmé, comme à Kinshasa.
Des Centres de production et des télévisions privées à Bukavu, Kabinda, Kisangani, Mbuji-Mayi etc.
Une journaliste de Liège, travaillant pour la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) s’est excusée de ne pas être présente. Elle a indiqué qu’elle travaillait toujours avec un centre audiovisuel de Bukavu quand elle était en mission dans cette région. Elle a également affirmé qu’il y avait au Congo un grand nombre de télévisions privées qui désiraient aussi produire sur place ou émettre des productions locales… Il y a plus de 25 chaînes à Kinshasa et en dehors de la capitale, il y a des télévisions privées dans presque toutes les grandes villes, comme, par exemple la Radio Télévision d’Idiofa, la Radio Télévision Amani (Kisangi), la Radio Télévision Zenith (Lubumbashi), la Radio Télévision à Kabinda ou la Radio Télévision Fraternité (Mbuji-Mayi). Puis, dans chaque province, la RTNC est présente avec une unité de production et de diffusion. Le grand problème de ces chaînes est une bonne production locale et de disposer d’un personnel bien formé dans tous les domaines de la production audiovisuelle.
Producteurs et réalisateurs à Kinshasa
À Kinshasa, une nouvelle génération de réalisateurs voudrait faire autre chose que l’enregistrement (rudimentaire) de pièces de théâtres, activité pourtant très lucrative.
La Maison Zandu à Kinshasa / Bruxelles co-produit avec la télévision nationale (RTNC) des courts métrages documentaires traitant de la problématique du cinéma dans le pays. M. Guy Bomanyama Zandu indique qu’il fait tout pour travailler formellement avec la RTNC. Il essaie aussi d’obtenir de l’État, via les responsables pour la production audiovisuelle, qu’ils investissent et co-produisent ses projets, et ceux de ses collègues producteurs. Que les budgets soumis à ces structures qui existent dans les gouvernements soient respectés et octroyés comme il se doit. C’est le seul moyen de garantir une production régulière et d’obtenir des collaborations officielles des instances internationales comme le Cirtef. Un producteur congolais qui veut obtenir des financements à travers le Cirtef, ou d’autres organisations qui soutiennent la production, doit s’assurer que ses œuvres sont aussi co-produites par le pays même ou par la télévision nationale, souvent membre officiel de ces structures qui co-financent des œuvres. C’est une des raisons pour lesquelles M. Bomanyama fait tout pour que le gouvernement congolais lance une politique audiovisuelle. Il s’est déjà engagé dans la production et surtout la co-production avec la RTNC où ces films-documentaires passent avec une grande régularité.
M. Bomanyama s’est aussi lancé dans le sauvetage et la valorisation de l’héritage audiovisuel du Congo, non seulement spécifique aux Congolais, mais aussi aux Africains et non-africains en général. Il a déjà produit trois courts métrages – documentaires sur cet héritage. Il est conscient que le cinéma, les cinéastes et les maisons de production au Congo et issu des congolais vivant à l’étranger sont inconnus. Pour lui, comme pour une maison belge ou européenne que veut co-produire avec une autre maison de production située au Congo même, la difficulté est le manque d’informations. Il affirme aussi qu’il travaille avec d’autres cinéastes au Congo. Ainsi il a revu en 2005 le montage du film « Musuamba, le destin brisé »(2002/2005), film de Guy Kabeya Muya.
La conclusion de cette table ronde concernant la production audiovisuelle dans la RDCongo a été formulée par Petna Ndaliko, Richard Nawezi, Guy Bomanyama Zandu :
D’abord, il est urgent que tout qui est au Congo ou que les Congolais travaillant dans l’audiovisuel soient répertoriés. Bref, ils soutiennent la publication des informations sur le cinéma congolais, sur ses activités et œuvres, ses centres et ses maisons de production. Ils ont également décidé de collaborer avec des publications prévues sur le cinéma des Congolais.
En général : Ils souhaitent
-Que la nécessité du développement de l’audiovisuel soit reconnue par le gouvernement congolais, mais aussi par ceux qui s’occupent du développement du pays. Pour les producteurs et cinéastes, le secteur audiovisuel doit être considéré comme aussi important que l’enseignement ou l’infrastructure routière.
-Des investissements dans la production, la formation, la distribution, la postproduction et la fortification des structures de production existantes.
Concrètement : Ils souhaitent
-Connaître des instances au Congo, en
Afrique et en Europe à qui soumettre leurs projets.
-Également que leurs productions soient vues au Congo via des télévisions et les circuits d’exploitation de salles de vidéo / dvd et ailleurs (via des festivals, vidéo / dvd etc.) – mais en tenant compte de leurs droits d’auteurs.
Parmi leurs suggestions, il y a celle d’éditer un DVD avec une sélection de leurs productions et une brochure à envoyer à des télévisions, festivals et maisons de production.
Films présentés à l’atelier
Stokyo
de Modogo Mutembwi (Goma / Cepv 2004, 45 min.

Lamokowang
de Petna Ndaliko Katondolo (Goma / Kampala, 2004, 15 min.)

Musuamba
De Guy Kabeya, Congo, 2005, 25min.)

Mayasi, Taximan en Kinshasa
de Guy Bomanyama Zandu (Congo)
2003, 52 min.

Barua Lako (Le volcan) de Sekombi Katondolo et Sperantia Sikuli (Goma / Cepv, 29004, 25 min.)

Kinshasha Ville de mon Enfance
De Adamo Kiangebeni
(Congo / Belgique, 2004, 18 min)

Sorcière La vie
de Monique Mbeka Phoba (Congo, Benin, 2004, 52 min.

Kabamba
de Nolda Massamba
(Congo / France, 2004, 13 min.

La Mémoire du Congo en Péril
de Guy Bomanyama Zanduy
(Congo / Belgique, 2005, 6 min)

Le Congo : Quel Cinéma
de Guy Bomanyama-Zandu
(Dongo / Belgique, 2005, 8 min.)

Survie : Les enfants dans la rue de Lubumbashi
De Patrick Kambala & Josue Mwamabha (Congo, 2003, 25min.)

Bukavu, Injuste Faim
De Djo Munga (Congo, 26 min 2004)
RWANDA
Ce 30 mai 2005 se tenait l’atelier sur la production audiovisuelle au Rwanda.
Plusieurs films, réalisés entre autres par des Rwandais, étaient programmés. Lors de la table ronde, il est apparu, à la surprise de certains, que le Rwanda, comme la grande majorité des pays d’Afrique, possède une télévision nationale. Télévision qui produit non seulement des programmes d’information, des débats politiques et autres, mais aussi des clips, des spots publicitaires ainsi que des captations d’événements culturels et religieux, etc.
Le Rwanda, à la différence de la R.D.C., compte un très petit nombre de maisons de production privées : elles sont actuellement au nombre de trois :
1. KEMIT, qui non seulement produit des films, mais forme aussi des jeunes à la réalisation, au montage et à l’écriture de scénarii. Kemit est une association sans but lucratif qui travaille à la construction d’un regard personnel sur la réalité et à la transmission de son message au moyen de l’outil audiovisuel. Cela se justifie par le fait que l’histoire du cinéma au Rwanda reste balbutiante. Quelques timides tentatives ça et là ne suffisent pas à créer une véritable dynamique de production, seule capable d’installer dans la durée une véritable création cinématographique nationale. Cette association est consciente que les jeunes talents, en dépit de leur inébranlable volonté de créer et de produire, manquent d’espace d’expression et de cadre de formation. Or, les arts et plus particulièrement ceux du spectacle, sont l’expression de la culture des peuples. Il est fondamental – surtout dans le contexte du Rwanda post-génocide, de faire émerger des talents maîtrisant les outils techniques et artistiques leur permettant de faire partager au monde leurs visions du monde d’hier, d’aujourd’hui et pourquoi pas une projection de celui de demain. Kemit, qui existe depuis 4 ans déjà, répond à la nécessité de mettre sur pied un cadre de travail qui offre la possibilité à ceux qui le souhaitent, de se former sur place, tout en ayant accès à un outil de production professionnel, moderne et répondant aux normes internationales.
C’est dans cet espace que sont nés les films  » Isugi « , une fiction de 25 minutes et  » Goretti « , un documentaire de 15 minutes.. Dans une interview, la scénariste Melle Diane Girimbabazi explique que la production est destinée à la population rwandaise, qui est majoritairement analphabète, et qu’avec le son et l’image du cinéma, elle est ses collaborateurs veulent conscientiser et éduquer. Pour elle, il est clair qu’il faudrait plus de soutien aux artistes. « Leur rôle est primordial » dit-elle..
Kemit dispose d’une salle de formation qui peut accueillir 15 à 20 personnes et les informations sont structurées en modules et peuvent être adaptées à la demande. Jusqu’en 2005, plus de 125 personnes ont déjà bénéficié d’un stage de formation au sein de Kemit dans différents domaines.
Avec quatre autres étudiants de l’École de journalisme de l’Université du Rwanda, Diane Girimbabazi, a déjà créé en 2004 le  » Cinema For Development  » (CFD,) avec pour objectif de former, informer et divertir la population avec le cinéma. Grâce à l’École de Journalisme qui accepte de mettre son matériel à la disposition des étudiants, le CFD essaie de produire ses propres films en commençant par les films éducatifs. Le CFD cherche des soutiens.
2. Kabera production (LinkMedia : www.linkmedia.co.rw)
3. Albert Brion production
Une nouvelle télévision privée devrait également débuter dès la fin de 2005. Mais les co-productions de télévision nationale avec le secteur privé ne sont malheureusement que trop rares. Depuis cette année, un festival de cinéma prend place à Kigali, celui-ci est organisé par le producteur privé, Eric Kabera (Rwanda), dont le documentaire  » Les Gardiens de la Mémoire  » a été projeté (52 min, 2004) à Louvain, tout comme ceux d’Anne Aghion (France) : »Gacaca, vivre ensemble au Rwanda »(2002) et « Au Rwanda on dit » (2004) qui traitent tous deux des dix années qui ont suivi le génocide. Ces films ont reçu un appui important des instances internationales.
Des histoires ne sont pas toujours l’Histoire !
Carole Karemera (comédienne rwandaise vivant en Belgique) porte à notre attention que trop régulièrement, les instances internationales qui financent la production audiovisuelle dans son pays ne s’intéressent malheureusement qu’aux productions dont les thèmes principaux sont : réconciliation et paix, gacaca, droits de l’homme, etc. Ce qui influence directement, inconsciemment ou non les choix de sujets d’un réalisateur, puisqu’il sait que si son projet cadre avec cette volonté, il est plus ou moins certain d’obtenir les fonds nécessaires à la réalisation de son oeuvre, c’est en quelque sorte une forme de dictat, une atteinte à la liberté d’expression dans une oeuvre de création. En fait, avec cette politique de financement quelque peu dirigée, on contribue à la falsification de l’image du Rwanda à l’extérieur.
Mais il existe un autre Rwanda que celui du génocide et d’autres histoires de la vie quotidienne, traditionnelle, contemporaine rwandaise, qui méritent d’être mises sur pellicule, d’être racontées en images. Et ce désir-là est présent chez les jeunes apprentis réalisateurs rwandais. Ces deux dernières années, de grosses productions internationales : « Sometimes in April » de Raoul Peck et « Shooting dogs » de Michaël Caton-Jones se sont tournées au Rwanda, révélant ainsi qu’ il y a dans ce pays des moyens humains, techniques et logistiques minimums, mais surtout qu’il existe de nombreux jeunes qui s’intéressent au septième art et qui, au cours de ces différents tournages, ont acquis une expérience, qu’ils souhaiteraient aujourd’hui enrichir, mais il n’existe pas de véritables structures qu’ils leur permettront de réaliser leur rêve, d’en faire leur métier.
Cet atelier a été clôturé par la présentation du film « Sometimes in April » (2005) devant une salle comble et en présence du réalisateur Raoul Peck et Carole Karemera.
Conclusion de la rencontre avec des protagonistes du monde audiovisuel au Rwanda :
Organiser une rencontre avec les maisons de production, la télévision nationale et la télévision privée (dont le lancement est prévu à la fin de l’année), des représentants du gouvernement rwandais et éventuellement des responsables du Fonds Sud, de la Commission Européenne, et autres instances subventionnant le cinéma d’Afrique.
Reconnaiître le secteur audiovisuel !
Amener le gouvernement rwandais et la communauté internationale (dans le cadre de la coopération au développement) à reconnaître que l’audiovisuel est un secteur important à développer au même titre que l’éducation, l’infrastructure, etc.
Organiser des ateliers de formation et de rencontres avec des acteurs reconnus dans le domaine du cinéma (réalisation, montage, écriture, son) de la région des Grands-Lacs, mais également d’Europe.
Encourager les productions locales en créant et développant un espace de diffusion et de promotion plus large, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays
BURUNDI
Il y a 25 ans, Jean-Michel Hussi Nyamusimba réalisele premier film burundais, le court métrage « NiNi ». Ce n’est qu’en 1992 que le cinéaste Léonce N’Gabo réalise le premier long métrage burundais, la comédie « Gito l’Ingrat », (grâce à une coproduction suisse)
Pour l’atelier concernant la production audiovisuelle au Burundi du 7 mai 2005, quatre films ont été rassemblés.
Deux productions de Joseph Bitamba Buyenzi, « L’Unité dans la diversité » et « Maggy, Mure des orphelins », ont pu être réalisées grâce à une aide des ONGs et de la Radio-Télévision Nationale du Burundi.
Le premier film « Buyenzi, l’unité dans la diversité » démontrera qu’un des ingrédients essentiels de la paix est l’acceptation de la différence, en d’autres termes : la tolérance. Rachid est taxi-vélo dans le quartier cosmopolite de Buyenzi, à Bujumbura. Il nous fait découvrir le seul quartier de la capitale qui n’ait pas connu les violences de 1993-94. Les deux autres films ont été très différents : « Bulaya, Qu’as-tu fait de mon enfant « (2005) de Lydia Ngaruko et « Pour mieux s’entendre » (2002) de Jean-Charles l’Ami.
« Bulaya, qu’as-tu fait de mon enfant ? » est le titre du film documentaire réalisé par Ngaruko en 2004 et qui fut présenté au Fespaco 2005. Le film met en exergue le rapt d’enfants qui s’est produit au Burundi (ancien Rwanda-Urundi) avant 1962, année d’accession à l’indépendance de ces deux pays.
« Pour mieux s’entendre » montre la force d’une série écrite pour la radio qui met en avant des histoires du quotidien. Des idées pour transposer de telles histoires dans une série télévisée ont été envisagées. Des producteurs de programmes de TV et de cinéma sont aussi actifs au Rwanda.
Lydia Ngaruko a traité le phénomène des mulâtres burundais en Belgique. Elle a réalisé le premier volet de cette histoire au Burundi. Elle cherche maintenant des moyens pour produire le deuxième volet. Il s’agit d’une histoire très importante pour le Burundi, mais aussi pour la Belgique, car liée au passé colonial. D’origine burundaise et rwandaise, Ngaruko est une jeune réalisatrice, installée à Namur qui, grâce au cinéma voudrait contribuer à la valorisation du patrimoine socio culturelle de l’Afrique des Grands Lacs. Elle a suivi ses études à l’université de Liège dans la section Cinéma et Arts audiovisuels. « Bulaya, qu’as-tu fait de mon enfant ? » est son premier documentaire d’investigation.
Des participants à l’atelier signalent qu’un projet a été lancé à la télévision nationale par le Belge dr. Samuel Tilman. Il part en juillet 2005 à Bujumbura pour réaliser un court métrage. Comme l’atelier a prévu une suite, des démarches seront faites pour l’inviter lors d’une prochaine rencontre.
Conclusion de la rencontre avec des protagonistes du monde audiovisuel au Burundi :
.Reconnaître que le Burundi a besoin d’une production audiovisuelle propre
.Mettre autour de la table les maisons de production, la télévision nationale et la télévision commerciale (dont le lancement est prévu à la fin de l’année)
.Reconnaître que le développement de l’audiovisuel doit se faire par le gouvernement burundais et par la communauté internationale, en investissant pour le développement du pays. Pour les producteurs et cinéastes, le secteur audiovisuel doit être considéré comme aussi important que l’enseignement ou l’infrastructure routière.
CONCLUSIONS GENERALES
Des Congolais, Rwandais et Burundais travaillant dans la production audiovisuelle de leur pays et à l’étranger réalisant des documentaires, des reportages, des clips et des fictions (longues et courtes) soulignent que cette production reflète non seulement l’histoire récente de leur pays, mais aussi et surtout la société dans laquelle ils vivent.
Ils souhaitent :
.S’exprimer d’une manière artistique dans leur production audiovisuelle..
.Que leurs oeuvres soient vues dans leur propre pays, mais aussi à l’étranger.
Ils demandent
.Que l’héritage audiovisuel de leur pays soit respecté, conservé et accessible aux générations futures.
.Des formations et un enseignement adéquat dans le domaine des médias en général et dans celui du cinéma en particulier.
.Que la production audiovisuelle soit prise en compte et que des investissements locaux et internationaux dans le secteur culturel, mais aussi l’établissement des structures pour promouvoir et développer le secteur de l’audiovisuel (e.a. écoles, aide à la production et distribution nationale et internationale) soient plus que jamais considérés comme prioritaires
.Que des équipes étrangères, qui viennent tourner des films, documentaires, reportages ou des fictions, dans leur pays, fassent aussi recours à des techniciens, acteurs et maisons de productions locaux.
Bref : ils soulignent que le développement de la production audiovisuelle est essentiel au développement général du pays. Comme leurs pays sont inondés par des images émanant de l’étranger, ils pensent que leur gouvernement et la communauté internationale ont l’obligation de promouvoir la production locale, essentielle pour l’identité culturelle du pays. Ils voient la production audiovisuelle comme un droit élémentaire d’expression pour leur population. Ils lancent un appel pour que leurs efforts dans ce domaine soient reconnus dans le pays même et à l’étranger.
L’AFF s’engage à
– Soutenir les souhaits et les demandes du monde audiovisuel de la région des Grands Lacs.
– Offrir au monde audiovisuel de la région des Grands Lacs une plate-forme de rencontre, en organisant des ateliers et des projections des dernières productions.
– Publier un livre en collaboration avec le festival du cinéma d’Amiens sur le cinéma et les Congolais (1944-2005). Des publications concernant la production audiovisuelle du Rwanda et du Burundi sont également envisagées.
– Rassembler et diffuser des informations sur le monde audiovisuel (producteurs / acteurs / techniciens) de cette région pour promouvoir une collaboration nationale et internationale.
-. Produire un (ou plusieurs) DVD (s) présentant des productions audiovisuelles congolaises, rwandaises et burundaises.

L’AFF remercie le grand nombre de participants à ces ateliers et spécialement
Guy Bomanyama-Zandu, Richard Nawezi, Petna Ndaliko, Carole Karemera, Adamo Kiangebeni, Djo Munga, Lydia Ngaruko, Patrick Kambala & Josue Mwamabha, Monique Mbeka Phoba, Raoul Peck, Nadine Uwampayizina, Guy Kabeya, Patrick Lefebvre, Sekombi Katondolo et Sperantia Sikuli Sara Vanagt, Ann Mulders, Jean Michel Kibushi, Nolda Massamba.///Article N° : 3882

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