La voix intérieure d’Anissa Mohammedi

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La poésie d’Anissa Mohammedi exprime un regard intérieur sur le monde invisible et secret de la vie. Née à Alger en 1967 mais originaire de Kabylie et biologiste de formation, elle fait son entrée dans la poésie algérienne de langue française en 1996 avec Soupirs, qu’elle fait publier en Algérie à compte d’auteur. La mémoire du combat de son père, un ancien de la guerre d’indépendance, lui offre un modèle dans sa bataille à elle. Ainsi, ayant raison de ses adversités, la poétesse berbère remporte le prix national du festival de poésie de Bejaia en 1995 et 1998. Citant Kateb Yacine, elle déclare être  » possédée  » par la poésie sans laquelle elle ne pourrait pas vivre.
Jugeant qu’elle n’arriverait pas à exprimer pleinement elle-même et souffrant déjà d’un exil intérieur dans son pays natal, elle vit depuis 1999 en France où elle continue sa quête existentielle. D’autres vers consacrés au monde impalpable et à la dimension abstraite de la réalité voient le jour avec La voix du silence en 2001 (Librairie-Galérie Racine, Paris) et Au Nom de ma parole (Ecrits des Forges, Québec) en 2003. Après le premier refuge parisien, voulant en quelque sorte se rapprocher de son Algérie natale, elle quitte la capitale pour déménager à Montpellier. Réservée et n’aimant pas s’afficher en public, Anissa Mohamedi travaille maintenant comme formatrice et consultante en communication. Elle anime aussi des ateliers d’écriture.
Dans sa préface à Soupirs Djemal Benmerad rappelle ainsi sa rencontre avec la poétesse :  » au cœur des ruines berbéro-romaines de Djemila, j’ai observé une autre expression de la nature : une pousse de figuier obstiné s’est frayé un passage entre deux lourdes pierres enracinées depuis des siècles et les a déplacées pour émerger.  » Armée de plusieurs copies de ce premier recueil qui regroupe ses écrits d’adolescence, Anissa Mohammedi essaye de les diffuser en faisant du porte à porte auprès des libraires de Tizi-Ouzou. Avec des vers qui résonnent comme un cri d’espérance ardent du fond de l’Algérie des années noires, elle montre au lecteur son propre chemin vers la poésie :  » Prenez-moi la main, je vous invite en mon jardin, car les jardins de la poésie sont faits pour la promenade amicale, où les pas ne pénètrent pas, où seuls les regards sont admis. Venez, voyez en ce jardin mes flammes, mes meurtrissures, mes joies et mes espérances arrangées en forme de florilèges, sans autre souci que celui de l’être fidèle à ce qui brûle au plus profond de mon âme, à ce qui est le plus ancré en ma mémoire. Si les mots ont un sens, j’aimerais que vous donniez aux miens un sens propre, pur, tels que je les ai semés en ce jardin où je vous souhaite la bienvenue « .
Quel est donc le rapport entre la biologie et l’écriture dans l’œuvre d’une artiste au parcours aussi atypique ? Anissa Mohammedi arrive à conjuguer la science de la vie avec celle de l’âme, le regard du poète qui renvoie à l’analyse microscopique du scientifique. Car au fond les deux connaissances ne sont pas trop éloignées l’une de l’autre car elles s’intéressent toutes deux aux choses invisibles, qui existent sans nécessairement surgir à l’extérieur. D’ailleurs les trois recueils de poèmes reflètent une évolution imagée de la création poétique. Celle-ci dans un premier temps ne s’exprime que par des  » soupirs « , puis par la  » voix du silence  » et finalement par une  » parole « .

© Alessio Loreti 2006
[email protected]///Article N° : 4281

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