Le Djassa a pris feu, de Lonesome Solo

Tragédie chorale à Abidjan

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Alors que le cinéma a succombé dans les troubles du pays, on trouve en Côte d’Ivoire un fourmillement de jeunes réalisateurs et acteurs qui se saisissent des caméras numériques pour réaliser des films où ils relisent leur vécu. Pour eux, la modernité est synonyme d’action, ce qui les fait lorgner sur les modèles du genre. Le Djassa a pris feu en est à la fois issu et s’en distingue par sa coproduction et collaboration internationale : le producteur franco-ivoirien Philippe Lacôte qui amène la Française Delphine Jaquet, qui tient la caméra et fait le montage, et a coécrit le scénario avec Soumahoro Yacouba et Sanogo Ange Ali.
C’est ce scénario qui empêche d’adhérer pleinement à ce film tourné en trois semaines en 2009 avec 15 000 € de budget à Wassakara, quartier de Yopougon, au faubourg d’Abidjan : trop peu développé et prévisible, qui tourne en seulement 1 h 10 autour de quelques scènes-clefs mettant en scène le trio familial Mike-Ange-Tony. Un grand frère flic (Mike), une sœur qui se prostitue en cachette (Ange) et un petit frère entraîné vers la délinquance (Tony alias Dabagaou) : chacun voudrait protéger l’autre mais l’issue dramatique est vite là quand on a le couteau ou la gâchette facile. Mais si le film captive, c’est qu’il saisit sur le vif, dans une sorte d’improvisation documentaire filmée en plans séquences et caméra portée très mouvante, au plus près des corps, l’énergie des jeunes du ghetto (le djassa). Leur langue est le nouchi, cet argot très vivant qui se décline en joutes verbales, que l’on entendait déjà dans Bronx-Barbès d’Eliane Delatour (2000), film culte qui a donné à beaucoup l’envie de faire du cinéma.
Alors que Bronx-Barbès théâtralisait par trop les guerriers du ghetto dans son envahissante mise-en-scène, Le Djassa a pris feu leur permet d’exister comme sujets, acteurs de leur mode d’être. Un narrateur reprend par étapes, comme le chœur d’une tragédie grecque, la morale de l’histoire en une sorte de slam qui donne son rythme et son style au film. Toujours en mouvement, toujours à l’affût, ces jeunes vivent dans ce tempo, celui d’un cœur qui bat, celui du peuple de la nuit, des rejetés de la société.
Le sort tragique de Tony augure mal de l’espoir de s’en sortir que voudrait transmettre le film aux jeunes du ghetto. Mais l’épaisseur de ce personnage, ses discussions avec sa sœur et la protection qu’il cherche à lui apporter, nous encourage à dépasser les clichés pour valoriser la force humaine de ces jeunes avec qui nous partageons ainsi les failles et les espoirs, une tranche de vie.

///Article N° : 11496

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Les images de l'article
Adelaide Ouattara (Ange)
Abdoul Karim Konate (Tony)




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