Le nom qui dérange

Comme un conte douloureux et sensible, l’itinéraire d’une Diallo en Côte d’Ivoire.

Si l’on m’avait dit que le monde dans lequel je vivais serait un jour la proie de tant de haine, je crois que je ne l’aurais jamais cru. Très tôt mes parents m’ont nourrie de leurs passions. Ma mère-parole m’a entraînée dans les flots bouillonnants de sa littérature et mon père–silence m’a ouvert son livre d’images des lignes de sa main. J’ai grandi au milieu de Cendrillon et de Peau d’âne, chaussée par le chat botté, aimée du vilain petit canard. A l’époque nous n’avions pas encore d’écrivain pour la jeunesse en Côte d’Ivoire. Mais qu’importe, le monde du conte est semble-t-il universel : car devant mes yeux brillants d’enfant les frontières n’existaient pas, et la magie de chaque mot, de chaque image, m’enivrait toute entière. Les soirs, je m’installais, moi l’Africaine, corps et âme dans cet univers hivernal ou printanier peuplé de dragons, de personnages mythiques, amoureux transis de belles princesses aux cheveux blonds assis sous des saules pleureurs. Comment était-ce possible ? Mes cheveux crépus emplis des nuits bruyantes d’Afrique détonnaient dans le paysage. Et mes amis imaginaires ne s’en apercevaient même pas. Peut-être qu’ils me prenaient pour la sœur du petit bonhomme de pain d’épices si brun de peau. Au petit matin, le vent sec et froid de l’harmattan, le ciel rouge d’avant la pluie, la poussière d’argile, les masques portés par les esprits du Poro… effaçaient la fatigue des long...

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