Le Prix du pardon

De Mansour Sora Wade

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Mansour Sora Wade a choisi pour son premier long métrage d’adapter librement le roman éponyme de Mbissane Ngom (ed. NEAS), d’origine Lebu comme lui. La mer est omniprésente dans cette histoire dramatique où Yatma (Hubert Koundé, doublé en wolof) tue son meilleur ami Mbanick qui était en train de lui ravir à la fois la gloire locale et la belle Maxoye. Si elle accepte quand même de l’épouser, c’est pour lui faire élever l’enfant qu’elle porte de Mbanick : ce sera le prix du pardon.
Construit sur le récit d’un griot, traversé d’amour, de jalousie, de meurtre, de souffrance et de haine, le film se rattache directement au mythe. Histoire bien sûr de donner force à son message qui se veut clair et actuel, face aux conflits qui déchirent notre époque : rien n’est figé et si l’on veut bien y mettre le prix, le pardon peut succéder à la vengeance, mais attention, car le requin lui ne pardonne pas. Volontairement épuré pour accéder à l’essentiel, il élimine tout détail inutile : les décors sont réduits au minimum, la mer est le principal horizon, les sentiments s’expriment par des regards plutôt que par des mots, les pagnes sont de couleurs unies, les lumières tamisées, la caméra souvent centrée sur les visages. Et atteint ainsi une incontestable beauté plastique : on retrouve dans certaines scènes soulignées par la forte musique de Wasis Diop la qualité d’image et d’évocation de Picc Mi, court métrage du même réalisateur qui avait marqué en 1992.
Mais c’est sans doute aussi là que se situe le problème de ce film trop beau et prévisible pour déclencher une véritable émotion : comment restaurer dans une image si picturale les failles qui font la vie ? Comment trouver dans une histoire si léchée l’inquiétude et l’incertitude qui motiverait l’adhésion ? Alors que Picc Mi réussissait ses évocations symbolisées, Le Prix du pardon propose une élégante chorégraphie mais les danses et les jeux de corps restent extatiques. Le drame qui se joue a du mal à pénétrer une image très construite et on en vient à regretter de pas voir davantage le village se rassembler sur la plage et les pêcheurs pêcher, c’est-à-dire ce qui aurait pu conférer à l’histoire le poids de la vie.

2001, 35 mm, 90 mn, scénario : Mansour Sora Wade et Nar Sene, image : Pierre-Olivier Larrieu, musique : Wasis Diop et Loy Ehrlich, Prod. Films du Safran/Kaany Prod., avec Hubert Koundé (Yatma), Rokhaya Niang (Maxoye), Gora Seck (Mbanick), Alioune Ndiaye (Amul Yaakaar), Nar Sene (Peer), Thierno Ndiaye Doss (Adu Seck), James Campbell (Baay Sogi), Dieneba Niang (Yaay Rama). Sortie France le 6 mars 2002. ///Article N° : 2132

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