L’écrivain face à l’exil

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C’est dans le cadre de Lire en Fête et en partenariat avec le Salon de la Plume Noire qu’a eu lieu le 17 octobre dernier la première rencontre littéraire organisée par Africultures au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. Un débat sur les rapports complexes qu’entretiennent les écrivains avec la notion d’exil. L’intitulé exact de ce débat préparait ce numéro spécial consacré à l’exil : «  forcé ou volontaire, l’exil est en général vécu de façon négative par les écrivains. Il les dépossède de leur espace natal et de leur lectorat originel. Ce traumatisme fait de l’exilé une proie facile de la mélancolie et de la nostalgie. Il résonne en un lointain écho aux affres de la traite négrière. Mais une distance et une ouverture à un ailleurs ne débouchent-ils pas sur un regard critique sur sa société et sur soi-même ? « .
Animé par notre collègue Boniface Mongo-Mboussa, avec la participation des écrivains Anne Tiddis, Kossi Efoui, Koffi Kwahulé, Jean-Roger Essomba, Jean-Luc Raharimanana et du chanteur Gam-Gam, cette rencontre fut l’occasion pour nous de lancer l’idée d’un espace, situé au-delà des écrits de la revue, qui puisse prolonger bien sûr le travail de défense et de promotion des cultures africaines et du monde noir que nous défendons depuis exactement… quinze numéros. Cet espace se veut un lieu d’échanges, aussi bien entre les créateurs eux-mêmes qu’entre eux et le public. Nous ne sommes en réalité que des médiateurs, des passeurs. Cette première rencontre a été organisée grâce au soutien du Centre Wallonie-Bruxelles. Elle a pu trouver son prolongement à l’écrit avec l’appui du CNL et de la DRAC Ile-de-France. Il nous reste maintenant la nécessité et le devoir de la renouveler.
En attendant… que de choses échangées lors de cette première rencontre. On se souviendra encore des interventions passionnées des uns et des autres. On se souviendra également de l’interrogation de fin exprimée par l’écrivain congolais Alain Mabanckou (« les écrivains sont-ils fait pour dire ou pour écrire… »), qui insistait pour que l’on ne confonde pas « exil » et « dépaysement ». Avoir la nostalgie du pays dans une écriture ne signifie pas qu’on est dans l’incapacité de rentrer chez soi. « La plupart des écrivains ont leur passeport, a-t-il ajouté. Ils peuvent rentrer chez eux quand ils veulent ». Mais certains, selon lui, n’auraient peut-être jamais écrit s’ils n’avaient pas dû quitter leurs pays d’origine. S’ils n’avaient pas subi ce dépaysement… Cela dit, l’auteur de Bleu Blanc Rouge reconnaît qu’il existe des phénomènes d’écrivain exilé. A preuve, la situation vécue aujourd’hui par les auteurs algériens menacés de mort ou à une époque passée par Hugo lorsqu’il a écrit Les Châtiments loin des grandes folies de « Napoléon le petit ». Disons en fait que Mabanckou a souhaité nous éviter l’amalgame inutile mais fréquent qui est fait entre l’acte d’écrire librement depuis une terre étrangère et celui de produire une littérature dite d’exil au sens strict du terme. Un vaste débat sur lequel nous revenons avec ce numéro d’Africultures.

///Article N° : 660

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