Les enfants de Zombi

D'après Georges Desportes

Mise en scène de Benjamin Jules-Rosette
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Un spectacle qui démasque le carnaval des Antilles
Après avoir créé en 1975 sa propre Compagnie, Benjamin Jules-Rosette fonde quatre ans plus tard le Théâtre Noir, premier espace d’expression culturelle et artistique de la communauté noire en Europe. L’événement est historique. Malheureusement, en 1989, les subventions ne suivent plus et Benjamin Jules-Rosette est contraint de fermer le lieu. L’aventure aura tenu dix ans et ne connaît toujours pas d’équivalent aujourd’hui.
Le metteur en scène martiniquais n’a pas pour autant déposé le flambeau. Il s’est consacré à la réalisation d’une série de films courts métrages destinés à faire connaître les écrivains des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Depuis 1996, sa Compagnie  » Théâtre Noir  » a repris des activités exclusivement théâtrales avec des spectacles itinérants en France, au Burkina Faso, au Sénégal, au Canada… Les Enfants de Zombi, sa dernière création est une adaptation du roman de Georges Desportes : Cette île qui est la nôtre. Le spectacle a été présenté en février dernier au Kremlin-Bicêtre (Espace André Malraux) avant de partir en tournée dans les Caraïbes.
Les enfants de Zombi, ce sont les descendants du fils que Zombi, diable masqué, a eu avec la première négresse des îles, ce fils maudit parce qu’il a osé soulever le masque diabolique de son père et en découvrir la couleur. Cependant, loin de nous emporter dans les séductions d’un récit mythique, Benjamin Jules-Rosette nous ramène aux contradictions qui écartèlent la Martinique actuelle et nous assistons à un spectacle composite où, sur fond de carnaval, se mêlent imprécations de sorcellerie, propagande touristique, discours électoral, prêche et sermon…
La succession des tableaux manque malheureusement de rythme et de liant, mais certains parviennent avec bonheur à faire basculer les frontières de la fiction théâtrale, comme cette campagne publicitaire qui cherche par tous les diables à nous  » vendre  » l’île à grand renfort de clichés exotiques et s’achève sur une vraie dégustation de rhum.
De quel côté est donc le théâtre et la fiction ? Moins sur scène que dans les médias, les agences touristiques ou les cabinets politiques. Tout se passe comme si la Martinique était une grande île que l’on cherche constamment à travestir. On la pare des plus beaux atours, on camoufle ses plaies sous les strass du carnaval, on lui tend un masque de sourire rigolard pour ne pas voir les vrais problèmes et des grelots de réjouissance pour ne pas entendre ses revendications. Aux Antilles, la pantalonnade est quotidienne et c’est bien là la tragédie. Quand la France parviendra-t-elle à regarder ses départements d’Outre-mer en face, sans masque, sans les affubler du travestissement qui arrange ses affaires commerciales et politiques ? Telle est la question que pose Benjamin Jules-Rosette.

Compagnie  » Théâtre Noir  »
Avec Laure Moutoussamy, Paul Lambert, Victor Legrand, Huguette Daliphard, Alexis Desseaux, Yves Péron, Daniély Francisque, Mylène Larochelle, Théo Légitimus, Catherine Savart, Ardiouma Sirima.///Article N° : 360

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