Les producteurs français sont blasés

Entretien de Samy Nja Kwa avec Coco Mbassi

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En 1996, la chanteuse camerounaise Coco Mbassi remportait le prix Découverte RFI. Elle a longtemps chanté aux côtés d’illustres artistes. « Sépia » est son premier album, elle raconte.

De quand date ton intérêt pour la musique ?
De la petite enfance, car j’ai été bercée par des musiques aussi diverses que Händel, le jazz des big bands, le disco, le funk, le makossa (musique urbaine camerounaise) ou encore la musique traditionnelle de mon village, Dibombari. Je chantais déjà tout le temps avant même de savoir parler correctement. Vers l’âge de sept ans, j’ai commençai à chanter en public lors de concours qui avaient lieu avant les films dans les salles de cinéma de Yaoundé, la ville où j’ai grandi.
Et tes débuts dans la profession ?
Comme bien des chanteurs, j’ai débuté comme choriste, en 1989. Un arrangeur camerounais, Toto Guillaume, m’avait proposé un essai de chœurs sur un album, et j’ai continué. En 1990, je suis entrée comme choriste, puis soliste, dans la célèbre chorale franco-africaine Les Chérubins. Dès lors, j’ai accompagné différents artistes comme Sixun, Salif Keita, Touré Kunda, Ray Lema, Jocelyne Beroard (du groupe Kassav), Oumou Sangare, Dee Dee Bridgewater, Maurane…
Ces débuts dans une chorale ont-ils marqué ta façon de chanter?
Cela m’a sans doute aidé pour le travail des chœurs parce dans les chorales, on s’emploie à mêler sa voix de façon harmonieuse à celle des autres. Et c’est au sein de la chorale que j’ai commencé à chanter comme soliste devant un public nombreux dans des conditions professionnelles.
Par la suite, as-tu pris des cours de chant ?
Oui, et je continue d’en prendre ! Au début, j’avais besoin d’approfondir la technique du chant, et cela me paraissait indispensable pour mener à bien une carrière de chanteuse. Cet apprentissage continue à me servir et me permet toujours de m’améliorer.
Et tu as travaillé avec différents artistes comme choriste.
Les chœurs, c’est un véritable travail de précision rythmique et de justesse musicale. Cela m’a aidé à perfectionner le chant et l’écoute. Et puis certains artistes ont rempli ma tête de belles musiques et toutes ces collaborations n’ont pu que m’influencer. Cependant, mon propre passé musical (notamment celui de l’enfance) a joué un rôle primordial dans la construction de mon album.
Et c’est pour cela que ce premier album s’intitule « Sépia » ?
Cet album, c’est mon premier mais sans doute le plus important. C’est pourquoi j’ai longtemps cherché un titre susceptible de correspondre à ce que j’y exprime. Le sépia symbolise les vieilles photos, les souvenirs… Ce sont mes souvenirs qui font de moi ce que je suis ! Mais si mes chansons s’inspirent toujours un peu de choses vécues, ce n’est pas un album autobiographique.
Tu chantes l’amour, la foi en Dieu, la famille, le social. Ton engagement chrétien est-il réel ?
Je suis chrétienne et ma foi en Jésus-Christ est primordiale. Elle conditionne ma vie de tous les instants. Quant aux thèmes de la vie (l’amour, la famille, etc.), ils sont importants pour moi comme pour tous, voilà pourquoi je les choisis.
Tu vis en France et ta maison de distribution est en Allemagne. Est-ce difficile de trouver une maison de disques en France ?
Pour les artistes qui font ce qu’on désigne couramment « musiques du monde », il est en effet plus difficile de trouver une maison de disques en France. Elle a eu la chance d’avoir accès depuis longtemps à des musiques d’artistes venus des anciennes colonies, si bien que les décideurs des grosses compagnies musicales ont tendance à vouloir que tous les artistes d’origine étrangère entrent dans des classifications pré-établies par eux. Lorsqu’un artiste fait une musique qu’ils ne connaissent pas, ils paniquent et rejettent bien souvent d’excellents produits sous prétexte que ce genre de musique est difficile à vendre. De toutes les façons, ils ne se donnent jamais la peine d’essayer. Par contre, ils prennent plaisir à fabriquer des pseudo produits africains, de préférence à vil coût, et les imposent au public à grand renfort de matraquage télévisuel, jusqu’au moment où ils décident d’en imposer d’autres. L’artiste n’a pratiquement pas d’importance. En France, il est arrivé que l’on rejette ma musique sans l’avoir écouté. En Allemagne, j’ai rencontré une plus grande disponibilité et une écoute plus attentive. Je pense que les Allemands sont moins blasés.
Tu as gagné le concours Découvertes RFI en 1996. La route fut longue, par rapport à d’autres lauréats du concours des Découvertes de RFI ?
Bien souvent, les lauréats du concours des Découvertes de RFI avaient déjà un album sur le marché ou étaient sur le point d’en sortir un lorsqu’ils ont remporté le prix. Lorsque j’ai gagné ce concours, j’avais un projet musical et des chansons, et j’ai ainsi fait des tournées avec mon groupe pendant deux ans. Apres ces tournées, aucun producteur ne s’est proposé pour me permettre de réaliser un album. Deux musiciens qui croyaient en cette musique ont donc décidé de se joindre à moi pour le produire, et nous avons dû le réaliser en tenant compte de nos disponibilités respectives.

///Article N° : 1858

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