Lionel Hampton, le premier Africain-Américain qui défia la ségrégation

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Il y a des dates qui suffisent à faire une vie, et même « la » vie : Lionel Hampton, 1908-2002… que dire de plus ?
Il y a trois ans, à 91 ans, « Hamp » continuait de tintinnabuler sur son vibraphone, dans ce club qui porte son nom à l’Hôtel Méridien de Paris. Le vibraphone, il l’a pratiquement inventé, le 16 octobre 1930, jour où Louis Armstrong lui demanda par une de ses intuitions géniales de quitter la batterie pour s’emparer de ce jouet, qui traînait dans le studio et dont personne auparavant n’avait envisagé les formidables potentialités… Milt Jackson, Bobby Hutcherson, Gary Burton, tous les autres depuis auront été avant tout ses héritiers…
Six ans après, en 1936 Lionel Hampton est le premier « Africain-Américain » qui affronte la ségrégation en jouant dans des orchestres « mixtes » imposés par le clarinettiste Benny Goodman. Ce n’est pas évident : les tournées dans le Sud sont un vrai calvaire pour ce musicien très « foncé » du Kentucky. Aux côtés de Goodman, du pianiste Teddy Wilson et du batteur Gene Krupa, Hampton devient un fantastique soliste.
En 1940 il forme à Los Angeles un big-band qui deviendra dix ans après le plus populaire des USA, forçant même Count Basie à dissoudre le sien. Mieux, Hampton sera le vrai pionnier du rhythm’n’blues et du rock’n’roll : son talent de chanteur, très sous-estimé, y est pour beaucoup. En même temps, « Hamp » s’impose comme un authentique virtuose, croisant le fer avec les plus grands improvisateurs, Stan Getz ou Art Tatum… Il est aussi le premier musicien Noir reçu à la Maison-Blanche (en 1946 par le Démocrate Harry Truman), puis anime les campagnes du Parti Républicain – ce qu’on lui reprochera beaucoup – mais soit-dit en passant, les Démocrates de son Sud natal étaient alors les pires défenseurs de la ségrégation !
Hampton était un type extrêmement sympathique, et même irrésistible. Profondément religieux aussi, toujours la Bible à la main et prêt à vous faire la morale, c’était son côté agaçant. Mais son énorme sourire n’était pas de façade. Il incarnait idéalement ce que nous les jazzmen appelons le « swing » : transparence communicative et mystère de la vie, énergie farouche et infinie délicatesse…
Il suffit d’écouter une note de Lionel Hampton pour percevoir tout cela en même temps.

///Article N° : 2514

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