L’Océan Indien, une exception dans la BD francophone du Sud

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Ce texte écrit pour le programme de  » La Réunion des livres « , 6ème festival international du livre et de la bande dessinée de Saint Denis de La Réunion (9-13 décembre 2009), témoigne de la vitalité de la BD dans l’Océan Indien.

La forte présence d’auteurs de bandes dessinées à ce festival peut surprendre le visiteur non averti. Elle n’est pourtant que le résultat logique de la forte effervescence en la matière que l’on peut constater dans la région. La liste des invités montre bien que la BD india-océanique est en pleine croissance. Depuis le dernier salon de la BD de 2007, la production n’a en effet pas cessé de se développer. À Maurice, Titane Laurent a sorti la version française de son God’s stuff, Dieu kiladi, version personnelle et très humoristique de versets tirés du nouveau testament. Laval NG, après avoir bouclé les quatre volumes de La balade au bout du monde, a sorti en 2008, une biographie illustrée du poète libanais, Khalil Gibran. La même année, le malgache Pov, déjà connu comme caricaturiste, a pu publier son premier vrai album, L’Île Maurice racontée à mes petits enfants, dans son île mauricienne d’adoption. Le Seychellois Peter Marc Lalande a continué son parcours, avec le tome 2 de sa série Zak et une série pour les enfants, Little  » b « .
À La Réunion, les éditeurs régionaux ont bien compris le potentiel du 9ème art et n’hésitent plus à investir ce créneau. C’est le cas d’Orphie qui, après avoir publié plusieurs séries au cours de ces dernières années (Ella, À l’abri du volcan, La dodo lé pa la dont la publication du tome 3 est prévue fin 2009, Ti niko, Goyave de France), continue à proposer de nouveaux titres (Long Ben, cap au sud dessiné par Olivier Giraud, Alexandre Dumas, le diable noir, Le tome 2 de Goyave de France…) pour cette édition 2009. C’est également le cas d’Epsilon, qui a lancé en 2008 la série Nèfsètkat du jeune Fabrice Urbatro (dont le tome 2 sort en cette fin d’année), ainsi que L’île au temps suspendu (de Romain-M et Lou Lubie), tout en démarrant un programme de traduction en créole réunionnais de grands classiques du 9ème art français (Tintin, Lucky Luke, Astérix, Spirou) mais aussi en créole mauricien (Le secret de la licorne) avec un succès indéniable. La cerise sur le gâteau est la sortie du prochain Boule et Bill (le N°32) à la fois en français et en créole réunionnais.
Les auteurs réunionnais installés en métropole se manifestent également par la sortie régulière de productions de qualité. C’est le cas de Tehem (avec le tome 5 de Zap collège et le tome 3 de Root), de Li-An (et sa très belle adaptation de Boule de suif), de Charles Masson (avec le très courageux Droit d’asile) et de quelques autres…. Enfin, du côté anglophone, les Sud-Africains du groupe Bitterkomix (représentés au salon par Conrad Bottes, Joe Daly et Karlien de Villiers), après avoir été les invités d’honneur du salon de la BD d’Angoulême 2009, ont vu plusieurs de leurs œuvres publiées par L’association, dont une magnifique compilation en février 2009 mais aussi trois albums de Joe Daly, dont le dernier sorti en octobre.
Cette profusion peut paraître surprenante pour une région passant pour être à l’écart des grandes influences culturelles. Car, si les talents étaient là et les volontés aussi, tout cela, bien que fortement nécessaire, n’était pas suffisant. Il manquait un réel support suffisamment porteur pour permettre une forme quelconque de reconnaissance et l’adhésion du public. Ce coup de pouce est arrivé par le biais de l’activisme réunionnais en faveur de la BD. Le cocktail salon / revue (Le margouillat) / éditeurs a eu incontestablement un apport très positif pour la carrière de nombreux auteurs de la région et pour le développement de cet art.
En effet, une grande partie de ces auteurs a déjà été invitée lors des précédentes éditions du salon de Saint Denis. D’autres ont déjà été publiés à La Réunion (Lalande par ARS terres créoles en 2006 ou le malgache Anselme en 2002), en particulier par le défunt et très regretté magazine Le cri du margouillat, comme ce fut le cas de Laval NG en 2000 mais aussi d’autres mauriciens ou de nombreux Malgaches. C’est dans cette île que les auteurs réunionnais ont fait leurs premières armes (on pense à Tehem, devenu auteur fétiche chez Glénat, et sa série péi, Tiburce) avant de partir réussir en métropole. Enfin, pour les Sud-Africains, ce fut par le biais de contacts et d’échanges avec des auteurs réunionnais, d’apparitions dans Le cri du margouillat (toujours !), qu’ils purent se faire remarquer auprès de l’éditeur L’association.
Alors, La Réunion, moteur du 9ème art dans la région ? On peut en effet l’avancer sans trop de risques de se tromper, et ce salon n’en est qu’une démonstration de plus… Au grand bénéfice des îles environnantes…

///Article N° : 9046

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